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Politique . L'opposition réclame à nouveau l'amendement de la Constitution, qu'elle juge en décalage avec la société égyptienne contemporaine. Le gouvernement, lui, continue à faire la sourde oreille.
La Constitution au centre des débats

La modification de la Constitution est depuis quelques semaines au centre d'un débat politique. L'opposition, qui vient de lancer une campagne réclamant la modification du texte de 1971, qu'elle juge « non conforme à l'esprit de l'époque », se heurte toujours à un refus catégorique du gouvernement. Le ministre de l'Information et secrétaire général du PND, Safouat Al-Chérif, a relancé le débat lors d'une récente réunion du secrétariat général du parti. Pour lui, une réforme de la Constitution n'est pas envisageable. « Une telle modification peut avoir des répercussions négatives sur la stabilité du pays et l'unité nationale », a-t-il ainsi déclaré.

Les propos du ministre de l'Information ont sonné comme un coup de semonce en direction des partis de l'opposition qui espéraient un assouplissement de la position gouvernementale sur ce dossier. « L'opposition réclame une modification de la Constitution depuis 1980. Au milieu des années 1990, les partis d’opposition ont commencé à coordonner leur action pour faire pression sur le gouvernement, dans l'espoir qu'il change sa position et amende la Constitution. Hélas, il continue à faire la sourde oreille. Certains intellectuels se sont joints à nous, mais le gouvernement ne s'intéresse ni à nous ni aux intellectuels », déplore Réfaat Al-Saïd, secrétaire général du Parti du rassemblement unioniste progressiste (UPR, gauche).

Les partis d'opposition se basent dans leurs réclamations sur des considérations d'ordre économiques et politiques. Certains partis, notamment le néo-Wafd de tendance libérale, avancent que la Constitution ne convient plus à l'esprit de libéralisme économique qui caractérise notre époque. Selon eux, la Constitution égyptienne a été fondée à l'époque socialiste dans un contexte politique et historique très particulier. Les clauses de la Constitution se retrouvent donc selon eux en contradiction avec la réalité, du moins sur le plan économique. Résultat : un grand nombre de lois promulguées par le gouvernement pour soutenir le programme de réforme économique ont été jugées anticonstitutionnelles par la justice. Il existe donc une grande différence entre la Constitution qui appelle à la construction d'un pays socialiste, et la politique de libéralisme économique adoptée par le gouvernement, soutient l'opposition.

En effet, la Constitution stipule toujours que l'Egypte est une République socialiste et que les outils de production doivent être contrôlés par le peuple et que le secteur public doit diriger le développement.

Sur le plan politique, les partis d'opposition réclament l'amendement de certaines clauses de la Constitution ayant trait à l'exercice des droits civiques. La Constitution ne permet pas au peuple de choisir le président de la République par suffrage direct parmi plusieurs candidats, mais par référendum. En outre, l'ancien président Anouar Al-Sadate avait modifié certaines clauses en 1981 pour donner au président de la République le droit de renouveler son mandat plus de deux fois. Les partis d'opposition réclament également la modification de cet article. Ahmad Nasser, secrétaire général adjoint du néo-Wafd, explique : « La Constitution de 1971 est totalitariste. Elle donne au président de la République tous les droits, y compris celui de prendre des décisions qui ont valeur de loi. La Constitution donne au président l'opportunité de rester tout le temps au pouvoir, ce qui ne laisse aucune chance au changement dans le pays. Le gouvernement refuse la modification de la Constitution parce qu'il a peur. Il n'existe aucun pays au monde ou le président et les ministres conservent leurs postes pendant près de 25 ans », martèle-t-il.


Texte déjà modifié

Réfaat Al-Saïd s'étonne, lui, que l'Egypte, qui a modifié à plusieurs reprises la Constitution par le passé, ne puisse procéder à une telle mesure malgré tous les changements politiques, économiques et sociaux qui ont eu lieu au cours des vingt dernières années : « Lorsque l'on lit la Constitution de 1971, on a l’impression qu’elle ne concerne pas le pays dans lequel nous vivons. Celle-ci parle du socialisme, du secteur public alors que nous vivons dans une autre réalité. Il faut introduire de nouveaux articles qui organisent notre vie sans nuire aux principes d’égalité ni aux droits des ouvriers et des paysans ». Al-Saïd se demande à propos des déclarations de Safouat Al-Chérif : « Qui a donné le droit au gouvernement de refuser ou d'accepter la modification de la Constitution tout seul ? C'est la volonté du peuple qui doit décider d'une telle affaire. Comment peut-on dire qu'un amendement de la Constitution serait une source d'instabilité et menacerait l'unité nationale ? Il faut ouvrir un débat public sur cette question afin de décider quels sont les moyens appropriés pour modifier la Constitution. Il faut rédiger un projet et le soumettre à un référendum général, et je crois que c'est la seule solution démocratique ».

De l'autre côté, le gouvernement campe sur sa position. Les responsables du PND trouvent que les arguments de l'opposition ne tiennent pas. Mohamad Saïd Al-Daqak, député au conseil consultatif et membre du comité des politiques du PND, s'interroge : « La Constitution actuelle entrave-t-elle le développement du pays ? L'aspect socialiste inclus dans la Constitution est basé sur la dimension sociale, c'est-à-dire l'égalité entre les couches sociales, ce que le gouvernement essaie de faire. La Constitution est flexible et elle n'a pas été établie pour être changée tous les dix ans. Concernant l'élection du président, on n'a pas besoin là non plus d'opérer un changement puisque c'est le peuple qui choisit le président lors d’un référendum ».

Mahmoud Al-Maraghi, ancien rédacteur en chef du journal nassérien Al-Arabi, estime que le changement de la Constitution est un processus très difficile, d'autant plus qu'il n'existe pas d'accords entre les différents courants politiques : « Il faut changer la Constitution, mais on a besoin de beaucoup de patience surtout qu'il n'existe pas de projet commun entre les forces politiques sur ce sujet, et ce malgré tous les efforts consentis par les partis pour coordonner leurs positions. Un tel projet doit inclure une définition du rôle du gouvernement, celui des secteurs publics et privé, de même que la question de l'élection du président de la République. Je ne crois pas qu'il existe actuellement une force capable de faire pression sur le gouvernement pour qu'il modifie la Constitution. De plus, le peuple n'est pas prêt à exercer son droit à élire un président, surtout qu'il n’existe pas de figures politiques qui peuvent entrer dans ce jeu, car la vie politique en Egypte est quasi inexistante », souligne Al-Maraghi.

Quelles que soient les conditions, une éventuelle modification de la Constitution ne sera pas facile. Le gouvernement craint visiblement qu'un tel changement ne donne lieu à des conflits sur la scène nationale et ne renforce en même temps l'opposition. Car le gouvernement sait que toute réforme est susceptible de l'affaiblir. Et tant qu'il n'y aura pas de pression populaire pour modifier la Constitution, rien n'obligera le gouvernement à répondre favorablement aux appels de l'opposition.

May Atta

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