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Espionnage .
L'affaire
Azzam Azzam a resurgi, et avec elle tous les mythes
qui entourent le monde des services secrets. Mais,
à l'heure des nouvelles technologies de l'information
et des satellites de communication, que reste-t-il
des espions, et du renseignement à l'ancienne ?
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James
Bond à la retraite
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| Dans
un accès de mauvaise humeur à l'égard de l'Egypte,
le premier ministre israélien Ariel Sharon a déclaré
que Le Caire ne pourra pas être associé au processus
de paix tant qu'Azzam Azzam sera toujours en prison.
Azzam c'est ce druze israélien condamné en Egypte
pour espionnage au profit d'Israël, et qui purge
une peine de 15 ans de travaux forcés depuis août
1997 dans la prison de Tora (sud-est du Caire).
Au-delà de cette déclaration, c'est la question
de l'espionnage en temps de paix qui peut se poser.
L'affaire Azzam démontre qu'un traité de paix
et des relations diplomatiques n'excluent pas
des activités d'espionnage. De plus, en ces temps
où le flot d'information est continu, où les satellites
sillonnent l'espace, rendant compte de toutes
les activités et de tous les renseignements possibles
et imaginables, l'espion à l'ancienne a-t-il toujours
de l'importance ? Avec des instruments de
communication jugés aujourd'hui rudimentaires,
l'encre sympathique et autres prouesses qui semblent
désormais appartenir au domaine de l'Histoire
ou du cinéma, ces agents ont eu quand même leur
heure de gloire. Le contre-espionnage aussi. Et
on se souvient de ces noms qui font désormais
partie de la légende. Réfaat Al-Gammal, par exemple,
Egyptien infiltré en Israël jusqu'au point de
parvenir aux plus hautes sphères. (Lire encadré).
Dans les années 1950 et 60, les services égyptiens
ont enregistré beaucoup de succès dans des affaires
où des agents étrangers israéliens ou américains
et leurs complices ont été débusqués et présentés
devant la justice.
Aujourd'hui,
la situation a changé. On est passé de l'artisanal
à la plus grande sophistication. Cela s'applique
tant à la méthode qu'aux instruments et aux objectifs
eux-mêmes. La mission d'un agent n'est plus de
trouver des documents, mais d'avoir une influence
décisive au sein de la société. « Il n'est
plus question de connaître ce qui existe déjà,
mais d'imposer un courant de pensée ou une idéologie
impérialiste à travers des personnes influentes
et des contacts », estime Mohamad Al-Gawadi,
écrivain et spécialiste des affaires de sécurité
nationale, pointant du doigt les méthodes actuelles
de la CIA et autres services occidentaux.
« Il s'agit de polariser la masse et de
tenter de vaincre à travers la 5e colonne »,
ajoute-t-il. Al-Gawadi semble ainsi établir
un parallèle entre espionnage ou intelligence,
et invasion culturelle. C'est-à-dire tout ce qui
peut conditionner l'opinion. En ce qui concerne
un pays comme l'Egypte, il relève certaines difficultés
et assimilations. Ainsi, pour lui, « la
défense de l'instauration d'un Etat de droit,
peut, si elle n'est pas bien orientée, servir
des desseins étrangers. Il faut que l'on soit
conscient de ce qu'on veut et de ce que l'autre
veut de nous ». |
Contre l'espionnite
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Une
problématique qui touche à la notion de liberté
de recherche, de culture et de contacts entre
nations. Dans ce monde à cieux ouverts, où la
notion de communication s'enrichit des apports
réciproques, comment déterminer où commence et
où s'arrête l'espionnage. L'Egypte a connu l'affaire
du Centre Ibn Khaldoun, dont le directeur, Saadeddine
Ibrahim, de double nationalité égyptienne et américaine,
a été accusé d'espionnage avant d'être acquitté
suite à de longs procès qui ont eu un écho politique
évident. Au-delà de l'aspect purement juridique
de l'affaire, celle-ci correspond à ce que l'on
considère comme l'objectif actuel de l'intelligence,
c'est-à-dire la manipulation au sein de la société.
Celle-ci risque d'être montée et poussée à agir
dans une certaine direction. |
Du Venezuela à
l'Iraq |
Toutes
les armes sont bonnes dans ce contexte, souligne
Borham Atallah, spécialiste du renseignement.
En 1991, l'ancien dictateur iraqien Saddam Hussein
avait établi un véritable rideau de fer pour empêcher
que les Etats-Unis prennent connaissance de la
réalité de la situation à l'intérieur de l'Iraq.
« L'infiltration n'a pu avoir lieu par
la suite qu'avec le concours, même indirect, des
organisations humanitaires qui devaient se rendre
à l'intérieur du pays », souligne-t-il.
D'ailleurs, avant l'invasion américaine de l'Iraq,
les Etats-Unis ont tout fait pour mobiliser la
population contre un régime qui, certes, n'était
pas populaire. Ce fut donc l'un des grands jeux
de l'intelligence américaine, mais qui a montré
ses limites. Sans doute par méconnaissance de
la psychologie des peuples. « Savoir interpréter
les informations est plus important que les obtenir.
Les appareils modernes permettent de mettre tous
les foyers à l'écoute. Mais il faut analyser l'information
et la situer dans son contexte », ajoute
Borham Atallah. |
Manipuler et renverser
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La
CIA certes est passée maîtresse en cet
art. L'exemple le plus éloquent et le plus récent
est celui de l'Amérique latine, du Venezuela en
particulier. Diverses sources dans ce pays et
à Washington ont rapporté que la Central Intelligence
Agency et le Département d'Etat ont été mêlés,
chacun de leur côté, dans les événements qui se
sont produits à Caracas en avril 2002 qui ont
culminé dans le bref renversement du président
Hugo Chavez, et son retour au pouvoir. Les dirigeants
américains qui soutenaient les groupes visant
à chasser Chavez croyaient que leurs forces atteindraient
à coup sûr une masse critique pour contraindre
Chavez de modifier ses orientations ou même aboutir
à un changement de régime. Le gouvernement américain
a une longue histoire d'interférence face aux
régimes d'Amérique latine qu'il considère inamicaux
ou dangereux pour la sécurité nationale des Etats-Unis.
Il ne faut pas oublier comment la CIA,
avec la bénédiction de Kissinger, John Mitchell
et Richard Helmes, a réussi à renverser et tuer
Salvadore Allende au Chili le 11 septembre 1973.
Ironie de l'Histoire, Kissinger a obtenu le prix
Nobel de la paix la même année. |
La politique prend le dessus
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La
politisation des activités des services de renseignements
devient de plus en plus évidente. Alors que les
noms de leurs chefs restaient secrets, aujourd'hui
ils sont cités comme auteurs et responsables d'initiatives
politiques. Ainsi, on voit un George Tenet, chef
de la CIA, établir les plans de sécurité
pour une trêve entre Palestiniens et Israéliens.
On n'oublie non plus pas le rôle du chef des services
de renseignements égyptiens, Omar Suleiman, pour
convaincre les factions palestiniennes d'accepter
la trêve afin d'assurer le démarrage de la Feuille
de route.
Il
paraît évident que, même avec le progrès de la
technologie, les opérations d'espionnage et d'intelligence
comptent sur le facteur humain. Surtout qu'il
ne s'agit plus seulement d'une recherche d'informations,
mais aussi d'une action politique concertée à
l'intérieur de la société. Borham Atallah évoque
« la présence nécessaire d'éléments infiltrés
au sein de la société qui prévoient et analysent
les informations qui aident à réaliser un plan
donné ».
De
toute façon, l'espionnage, comme le dit l'avocat
Ragaï Attiya, ne « s'arrête pas aux pays
ennemis. L'histoire et l'actualité nous apprennent
que des pays amis s'espionnent entre eux pour
éviter toute surprise et déterminer quels sont
les points de force et de faiblesse. Tenter d'infiltrer
un pays ami reste une action hostile et suspecte ».
C'est dire que pour lui, l'espionnage se perpétuera
entre l'Egypte et Israël, en dépit du Traité de
paix. Et même entre Israël et les Etats-Unis en
dépit de leurs relations privilégiées. L'affaire
de Jonathan Pollard est à ce titre assez significative.
Le dernier jour de son mandat, le président américain
est habilité à faire usage de son droit de grâce
vis-à-vis des condamnés américains. A la fin du
mandat de Bill Clinton, une demande israélienne
avait donné pour nom à une demande de grâce celui
de Pollard.
Citoyen
américain sioniste, travaillant à la CIA,
Pollard avait contacté de son propre chef les
services de l'ambassade israélienne. Il avait
pris risques démesurés et sorti des documents
confidentiels le week-end, en contrevenant ainsi
à toutes les règles de sécurité qu'il avait accepté
de respecter. L'ambassade israélienne lui accorda
la nationalité israélienne, lui promit secours
et refuge en cas de problème, et lorsque le problème
se présenta, et que Pollard fut repéré et grillé
auprès de ses services, il se précipita à l'ambassade,
qui l'expulsa, le remettant de fait aux mains
des services de sécurité américains. Israël nia
au début tout en bloc, et sacrifia Pollard sur
l'autel des bonnes relations israëlo-américaines.
Pollard fut traduit en cours de justice spéciale
et fut condamné à la prison à perpétuité pour
haute trahison. On enterra dans un premier temps
l'affaire des deux côtés. Mais Bill Clinton faillit
bien gracier Pollard sous la pression d'Ehud Barak.
Il n'en fut empêché que par la commission de sécurité
nationale du Congrès.
L'Egypte
a rejeté catégoriquement la libération d'Azzam,
Washington celle de Pollard. Ce genre de cas sort
du circuit traditionnel, et avec la médiatisation
de ces affaires, la grâce devient presque impossible. |
Ahmed
Loutfi
Nada
Al-Hagrassy |
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Azzam
Azzam,
outil de Sharon |
L'affaire
Azzam Azzam refait surface, suite aux déclarations
d'Ariel Sharon qui réclame une nouvelle fois la
libération de ce citoyen israélien arrêté en Egypte.
Cette affaire dure depuis plus de 7 ans déjà.
Azzam Azzam, citoyen arabe israélien appartenant
à la minorité druze, a été arrêté en Egypte pour
une affaire d'espionnage. Elle n'avait rien de
sensationnelle par rapport à d'autres, et a suivi
son cours de manière normale. « Le procès
d'Azzam Azzam a suivi les procédures juridiques
normales propres à ce genre de cas »,
souligne Mohamad Bassiouni, ancien ambassadeur
d'Egypte en Israël. Il a été condamné à 15 ans
de prison. Malgré le caractère inébranlable, presque
tabou, de la question pour les autorités égyptiennes,
Israël persiste à déployer des efforts intenses
pour libérer son espion. Et le prestigieux avocat
égyptien Farid Al-Deeb a poursuivi en vain sa
bataille juridique. Depuis lors, toutes les initiatives
entreprises par cet avocat ont échoué en cours
de route. Sharon, en faisant cette demande, a
comme seul objectif de gagner le support de l'électorat
israélien de confession druze, et aussi de faire
croire que l'Etat hébreu ne laisse pas tomber
les siens.
Dans
ses propos, Sharon brandit la demande de libération
du prisonnier en échange d'une reconnaissance
du rôle égyptien dans le processus de paix. Ces
déclarations ont été interprétées par l'ensemble
des responsables égyptiens concernés comme une
tentative inutile d'ébranler le rôle égyptien
dans les négociations israélo-palestiniennes.
Ceci d'autant plus que l'affaire est pour eux
close depuis longtemps. « Il ne revient
pas à Sharon de préciser la nature du rôle égyptien
ou de le remettre en question, ni même d'exiger
ou de demander, la libération d'un prisonnier
condamné par une cour de justice égyptienne »,
a-t-on fait savoir de source officielle. « Ce
qui fixe le rôle égyptien, tout le monde le sait,
c'est sa position géographique et historique ainsi
que la propre situation sur le terrain »,
explique Mohamad Bassiouni, ancien ambassadeur
d'Egypte en Israël. « L'Egypte étant le
premier pays à avoir signé un traité de paix avec
Israël, ayant ainsi créé les possibilités pour
une paix globale dans la région ». Selon
lui, cette nouvelle tentative de faire libérer
l'espion israélien, en mélangeant les volets politiques
et judiciaires, n'a même pas irrité ou troublé
les autorités égyptiennes. « C'est une
affaire sur laquelle nous ne sommes même pas prêts
à discuter. Et ceci d'autant plus qu'on ne peut
pas lier une question politique comme le processus
de paix avec une question qui relève de la justice,
comme c'est l'affaire Azzam Azzam »,
poursuit-il. |
Randa
Achmawi |
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