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L'auteur
de l'attentat contre l'hôtel Marriott, qui a fait 14
morts et 147 blessés, mardi 5 août, à Jakarta, a été rapidement
désigné. Selon le ministre de la Défense, Matori Abdul Jalila,
il s'agit de la Jamaa Islamiya (JI), réseau terroriste
d'Asie du sud-est. Fortement soupçonné d'avoir des liens avec
Al-Qaëda, ce groupe « est derrière l'attentat
du Marriott, à la lumière des renseignements obtenus
après l'arrestation (le mois dernier) de neuf suspects
également membres de la JI », a déclaré le ministre
indonésien.
La police avait
en effet annoncé vendredi dernier qu'un crâne retrouvé sur
les lieux de l'attentat contre le Marriott, hôtel de
luxe fréquenté notamment par la communauté américaine de Jakarta,
était celui d'un membre de la JI. L'homme a été recruté par
deux autres membres de la Jamaa islamiya, qui avaient
été arrêtés avant l'attentat, a ajouté le chef des enquêteurs.
D'autre part,
la police indonésienne a établi que les composants de l'explosif
utilisé dans l'attentat contre le Marriott étaient
identiques à ceux utilisés dans l'attentat à Bali, renforçant
ainsi les soupçons qui pèsent sur l'organisation islamiste.
Or l'enquête sur le carnage de Bali, à laquelle a participé
notamment la police australienne, a mis en cause des membres
de la JI qui comparaissent en ce moment devant la justice
indonésienne. L'attentat de Bali, le 12 octobre 2002, avait
fait 202 morts, en majorité des touristes étrangers. Le premier
des accusés dans l'enquête sur les attentats de Bali, l'Indonésien
Amrozi, a été condamné à mort jeudi dernier. Il a décidé de
faire appel, une procédure qui peut prendre jusqu'à quatre
mois. Cette condamnation a renforcé en Indonésie les craintes
de nouveaux attentats de la JI.
Car entre celui
de Bali et le dernier à l'hôtel Marriott, plusieurs
attentats ont secoué la zone : le 27 avril, à l'aéroport
international de Jakarta, faisant 11 blessés, et le 14 juillet
contre le Parlement, qui n'avait fait que des dégâts légers.
Selon les autorités indonésiennes, ces attentats sont tous
l'œuvre de la JI. « Ces différents attentats sont
tous liés à la même organisation », indiquait le
ministère. Selon la presse indonésienne, les autorités estiment
que la JI, dont les principaux cadres sont indonésiens, pourrait
préparer d'autres attentats dans l'archipel. « Ces
attaques sont dirigées contre les ennemis de l'islam au
nom du djihad (guerre sainte) et visent clairement
à établir un Etat islamique en Indonésie », soulignent
les autorités.
Selon un militant
de la JI, cité mercredi par le quotidien singapourien Straits
Times, l'attentat devait servir d'avertissement à la présidente
indonésienne Megawati Sukarnoputri. « C'est un message
pour elle et tous nos ennemis : tant qu'ils exécutent
nos frères musulmans, nous poursuivrons cette campagne de
terreur en Indonésie et dans la région », a averti
ce militant anonyme. Il pourrait s'agir d'une allusion au
premier verdict de jeudi dans les procès contre Amrozi Nurhasyim,
qui risque la peine de mort.
L'attentat contre
le Marriott est en tout cas un coup très dur pour le
gouvernement de Jakarta, qui s'était efforcé de redorer l'image
du pays ternie par le carnage de Bali. Ainsi, la présidente
Megawati Sukarnoputri a appelé vendredi les Etats à s'unir
contre le terrorisme, car aucun pays, ou groupe de pays, ne
peut vaincre ce danger seul. Les pays de l'Asie du sud-est
sont d'ailleurs sur leurs gardes après cet attentat, et partout
la sécurité a été renforcée par crainte d'une nouvelle vague
d'attentats qui pourrait suivre la condamnation à mort prononcée
dans le procès de Bali. |
La JI est en
outre soupçonnée d'être directement liée au réseau terroriste
Al-Qaëda d’Ossama bin Laden. Le vieux dignitaire musulman
Abou-Bakar Bachir, considéré comme le chef spirituel ou « émir »
de la JI, est poursuivi par la justice indonésienne pour trahison.
Il est accusé d'avoir tenté de renverser le gouvernement indonésien
afin de mettre en place un Etat islamique. Selon l'acte d'accusation,
Bachir a été le co-fondateur de la Jamaa islamiya (communauté
islamique) en Malaisie, en 1993, en compagnie d'Abdullah Sungkar.
Il a pris la direction du mouvement en 1999 après le décès
de ce dernier.
Bachir considère
d'ailleurs Ossama bin Laden comme « un combattant
musulman authentique ». La JI s'appuie sur des militants
répartis dans toute l’Indonésie, mais également en Malaisie,
à Singapour, et dans le sud des Philippines. Elle a également
établi des liens avec des organisations musulmanes en Thaïlande
et en Birmanie, affirmait une étude de l'International
Crisis Group (ICG) publiée l'année dernière.
Cependant, la
guerre au terrorisme menée par les Etats-Unis a changé la
donne. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis,
des dizaines de membres présumés de la JI ont été arrêtés
et se trouvent en prison en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines
et à Singapour. Ces trois derniers mois, la Thaïlande et le
Cambodge ont également procédé à des arrestations de militants
de la JI. Mais les spécialistes soulignent que les membres
les plus dangereux de JI, ainsi que ses artificiers, sont
toujours en fuite. Au premier rang d'entre eux, figure Rioduan
Isamuddin, plus connu sous le nom de Hambali. Les services
de renseignements pensent que ce responsable est le chef suprême
de la JI, mais qu'il appartient également au groupe dirigeant
du réseau d’Al-Qaëda. Hambali est soupçonné d’avoir
dirigé les cellules de la JI en Malaisie et à Singapour, et
d'avoir ordonné à des membres de partir s'entraîner dans les
camps d'Al-Qaëda en Afghanistan, à l'époque où Bin Laden s'y
trouvait. De même, Azahari Husin, qui a également réussi à
échapper aux poursuites jusqu'à présent, est considéré comme
un expert de premier plan en matière d'organisation d'attentat.
Un autre, Fathur Rohman Al-Ghozi, ressortissant indonésien
qui purgeait la seconde année d'une peine de 17 ans de prison
prononcée par la justice philippine pour détention d'explosifs,
a réussi à s'évader le mois dernier. Il avait avoué être un
membre actif de la JI spécialisé dans la fabrication de bombes. |