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Liberia . Charles Taylor a cédé le pouvoir lundi à Moses Blah, devenu le nouveau président du pays. La population civile aussi bien que la classe politique craignent un éventuel regain de violence.
Un pas timide vers la paix

Un événement sans précédent au Liberia, où aucun chef d'Etat n'a jusqu'à présent quitté le pouvoir de son vivant : le président Charles Taylor a passé le pouvoir à son vice-président Moses Blah, lundi. Le président du Ghana, John Kufuor, également à la tête de la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), le président du Mozambique, Joachim Chissano, qui assure la présidence de l'Union africaine, et celui d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, ont notamment fait le déplacement pour assister à la cérémonie de passation de pouvoir au palais présidentiel de Monrovia.

Comme la paix au Liberia l'aura exigé, le président Charles Taylor a donc quitté le pouvoir sous la pression conjuguée des dirigeants d'Afrique de l'Ouest, des Etats-Unis, des Nations-Unies et des rebelles qui contrôlent plus des trois-quarts de son territoire. Quelques heures après, l'ex-président du Liberia se trouvait déjà à bord d'un Boeing officiel de la République fédérale du Nigeria dont le président lui a offert l'asile politique, malgré son inculpation pour crimes de guerre et contre l'humanité, par un tribunal spécial de Sierra Leone.

« Je quitte le pouvoir selon ma propre volonté, mais je suis forcé à l'exil (...). J'ai réalisé que je ne pouvais plus davantage voir couler en vain le sang de notre peuple », a déclaré le chef de l'Etat, tout en dénonçant une conspiration internationale menée par les Etats-Unis qu'il a accusés d'avoir soutenu les rebelles. Se présentant comme « l'agneau sacrificiel », il a estimé que « la présidence n'a pas d'importance : ce qui doit compter par dessus tout, c'est le peuple ». « Si Dieu le veut, je reviendrai », a-t-il également prévenu à l'issue d'un long discours.

Conformément à la Constitution, Moses Blah, jusqu'ici vice-président, a prêté serment lundi comme 22e président du Liberia. A l'issue de sa prestation de serment, le nouveau chef d'Etat du Liberia a appelé les rebelles à « travailler » avec lui au retour de la paix dans le pays et a souhaité que le reste de la force de paix ouest-africaine se déploie « immédiatement » au Liberia pour y assurer la sécurité. Il a enfin remercié le Nigeria pour l'envoi de ses troupes, premier contingent d'une force ouest-africaine de la paix à être arrivé à Monrovia, et a garanti qu'il était disposé à travailler étroitement avec ce pays.

L'ex-président Taylor avait officiellement informé jeudi les parlementaires libériens de son intention de quitter le pouvoir. Ces derniers ont validé cette proposition et le passage du pouvoir au vice-président Blah. Ce dernier devra diriger un gouvernement de transition jusqu'à la tenue d'élections nationales le 14 octobre.


Un calme précaire

Dans la capitale assiégée depuis deux mois par les forces du mouvement rebelle des Libériens unis pour la démocratie et la réconciliation (LURD), les deux parties, rebelle et gouvernementale, ont évoqué la menace de violences pour les jours qui viennent.

Devant la presse, le ministre de l'Economie de Taylor, Sam Jackson, a brandi le spectre de l'anarchie et du chaos dans ce petit pays d'Afrique de l'ouest.

De son côté, le LURD, qui contrôle le nord-ouest de Monrovia, dont son port, redoute en outre des « infiltrations ennemies » après le départ du président Charles Taylor. Les partisans de l'ex-chef de l'Etat, armés et indisciplinés, sont présents par milliers dans la capitale. Et il n'est pas certain que les 776 soldats de la force de maintien de la paix ouest-africaine (Ecomil), considérés par une majorité des habitants de Monrovia comme des sauveurs, soient en mesure de contenir une éventuelle flambée de violence.

Moses Blah devra alors prendre les rênes d'un pays dont le gouvernement ne contrôle plus qu'un cinquième environ.

Des pourparlers entre des représentants du régime en place et des mouvements rebelles qui le combattent sont toujours en cours au Ghana, pour tenter de mettre sur pied un gouvernement d'union nationale pour une période de transition.

Les responsables du LURD se disent prêts à accepter le résultat de ces négociations, mais le secrétaire général adjoint de la rébellion, Sékou Fofana, a affirmé vendredi qu'ils ne pouvaient accepter la présence de Moses Blah, « général de Charles Taylor », à la tête du Liberia. « Si Blah succède (à Charles Taylor), nous le combattrons. On ne peut pas laisser le peuple libérien à Moses Blah qui est un général de l'armée de Taylor », a affirmé Sékou Fofana. Il a souhaité « qu'un civil neutre » assure la transition du pouvoir après le départ du président Taylor.

Washington, qui écartait une intervention terrestre tant que Charles Taylor était encore au Liberia, a envoyé trois bâtiments militaires au large des côtes libériennes avec 2 500 hommes à bord et tout le matériel nécessaire à un débarquement. Une équipe militaire américaine restreinte, composée d'une dizaine d'hommes, se trouve à Monrovia en vue d'établir tous les contacts nécessaires à une éventuelle intervention.

Les affrontements entre les rebelles opposés à l'ex-président Charles Taylor ont fait au cours des deux derniers mois des milliers de morts, de blessés et de déplacés, pris au piège par les combats entre les rebelles du LURD et les forces loyalistes.

Les Nations-Unies, qui ont demandé mercredi 69 millions de dollars à la communauté internationale pour faire face à la crise humanitaire frappant un million de personnes au Liberia, réfléchissent à un plan ambitieux pour la reconstruction du pays. Le plan onusien prévoit notamment la création d'une force de 15 000 hommes pour désarmer les factions armées, affirme le Washington Post dans son édition de vendredi. Toutefois, l'un des principaux obstacles au projet est qu'avant toute opération majeure de l'Onu au Liberia, les pourvoyeurs potentiels de troupes et de fonds exigeront au préalable un accord de paix entre les factions armées.

Chérif Albert
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