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Palestine . Les incursions et les multiples arrestations menées par l'armée israélienne fragilisent à nouveau les espoirs de paix. Malgré les pressions américaines, l'Etat hébreu n'entend pas renoncer à la « clôture de sécurité ».
La trêve malmenée

Nouvelle éruption de violence, après le raid mené vendredi dernier par l'armée israélienne à Naplouse, en Cisjordanie. Cette incursion, au cours de laquelle quatre Palestiniens ont été tués, dont deux activistes du mouvement radical Hamas, et six autres Palestiniens blessés, a embrasé la situation dans les territoires occupés et provoqué la colère des Palestiniens. Dimanche, le premier ministre palestinien Mahmoud Abbass (Abou-Mazen) a rendu Israël responsable d'une éventuelle rupture de la trêve. La direction palestinienne avait déjà vivement appelé, samedi, le Quartette (Onu, Etats-Unis, Union européenne et Russie) et la communauté internationale à mettre rapidement un terme aux « agressions » israéliennes. Ce raid est en effet le plus grave en territoire palestinien depuis l'entrée en vigueur de la trêve de trois mois, unilatéralement décrétée fin juin par les groupes armés palestiniens.

Le dirigeant palestinien Yasser Arafat a estimé que les opérations d'Israël étaient « une violation de la trêve » et « visent à détruire le processus de paix ». Pour sa part, le ministre des Affaires gouvernementales, Yasser Abd Rabbo, a accusé le premier ministre israélien Ariel Sharon de « vouloir retourner à la politique de destruction et d'invasion, car il n'entend pas appliquer la Feuille de route », le plan de paix international qui prévoit notamment la création d'ici à 2005 d'un Etat palestinien.

En réaction à ce raid, le mouvement Fatah de M. Arafat a mis en garde « le gouvernement israélien de ne pas jouer avec le feu ». De leur côté, les Brigades Ezzeddine Al-Qassam ont menacé de riposter. L'un des chefs du Hamas, Abdelaziz Al-Rantissi, a cependant déclaré que « le Hamas est toujours engagé à respecter la trêve », mais il a déjà été annoncé dans de récents communiqués que « les violations sionistes ne resteraient pas sans réponse ».

En revanche, Avi Pazner, porte-parole du gouvernement israélien, a déclaré que l'opération de Naplouse n'avait « rien à voir avec la trêve ». « C'est une opération de légitime défense visant des terroristes qui préparaient des attentats terroristes, et nous respectons tous nos engagements pris envers l'Autorité palestinienne ». Peu avant, le ministre de la Défense israélien, Shaoul Mofaz, avait averti l'Autorité palestinienne qu'elle devrait montrer d'ici fin septembre sa volonté d'agir contre les groupes radicaux, sinon Israël le ferait à sa place.

Les attaques anti-israéliennes ont sensiblement baissé depuis l'annonce de la trêve, décrétée notamment par le Hamas et le Djihad islamique, mais l'Etat hébreu affirme craindre que ces groupes radicaux n'en profitent pour renforcer leur arsenal militaire.

Ce faisant, les forces israéliennes ont arrêté quatre activistes du mouvement radical palestinien Hamas dans la nuit de vendredi à samedi en Cisjordanie. Depuis la proclamation de la trêve, l'armée a arrêté pas moins de 105 Palestiniens. Jeudi, en moins de 24 heures, l'armée israélienne a arrêté à Jéricho et en Cisjordanie 26 Palestiniens, dont trois chefs locaux du mouvement radical Djihad islamique.


Les négociations au pied du mur

Parallèlement à ces actions de provocation israéliennes, le chef de la diplomatie de l'Etat hébreu a affirmé dimanche que son pays poursuivrait la construction de la clôture de sécurité — censée protéger Israël des infiltrations de kamikazes à partir de la Cisjordanie — malgré son différend avec Washington à ce sujet.

En effet, les dirigeants américains s'étaient élevés cette semaine contre la construction de cette clôture qui doit s'étirer sur plus de 400 km près de la « Ligne verte » séparant Israël de la Cisjordanie, et ont laissé entendre qu'ils pourraient prendre des sanctions économiques contre le projet. Ceci dit, un haut responsable israélien avait essayé vendredi de tempérer en soulignant que son pays examinait des alternatives au tracé des prochains tronçons de la ligne de sécurité en cours de construction, compte tenu des critiques américaines. « Il est possible de trouver des alternatives au tracé futur de la clôture, compte tenu des remarques américaines et de la volonté clairement exprimée par le premier ministre israélien Ariel Sharon de minimiser autant que possible les dommages infligés par sa construction aux Palestiniens », a déclaré ce haut responsable sous couvert d'anonymat.

Il a notamment évoqué la possibilité d'un nouveau tracé pour que le prochain tronçon de l'ouvrage ne s'enfonce pas d'une vingtaine de kilomètres en Cisjordanie, comme cela était initialement prévu pour protéger la colonie juive d'Ariel. Toutefois, il a tenu à souligner qu'« il n'est pas question de modifier le tracé de ce qui a été construit, mais aucune décision n'a été prise encore concernant la suite des travaux », a-t-il dit.

L'Etat hébreu avait annoncé le 31 juillet l'achèvement des travaux de construction du premier tronçon (140 km) de cette ligne destinée officiellement à empêcher ce qu'il nomme des « infiltrations terroristes » en Israël.

M. Powell avait déclaré jeudi craindre que cet ouvrage, qui en certains endroits empiète déjà de plusieurs kilomètres sur la Ligne verte de 1967 séparant Israël de la Cisjordanie, ne complique les négociations sur la délimitation des frontières d'un futur Etat palestinien.

Le président américain George W. Bush avait réaffirmé mercredi que la ligne de sécurité construite par les Israéliens en Cisjordanie était « un problème », alors que son administration étudie les moyens de faire pression sur Ariel Sharon.

Il avait déjà évoqué ce « problème » lorsqu'il a reçu le premier ministre palestinien Mahmoud Abbass, le 25 juillet à la Maison Blanche. Mais Washington a de toute évidence décidé d'intensifier les pressions sur Ariel Sharon pour le faire changer d'avis sur le sujet, l'un des principaux obstacles dans les discussions entre Palestiniens et Israéliens. Les Palestiniens estiment que la ligne de sécurité vise à délimiter les frontières de leur futur Etat avant même le début des discussions sur son tracé.

Rania Adel
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