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Festival . Courts métrages et expositions étaient au menu de la troisième édition du Festival culturel Assala, qui s'est tenu à Arich (dans le nord du Sinaï), du 2 au 8 août.
Les cultures en dialogue

Poussy, l'actrice égyptienne, et Klauss Maria Brandawar, le comédien autrichien, étaient les deux stars honorées par le Festival d'Assala, projection de leurs films à l'appui. Les films présentés n'étaient pas récents, mais c'était quand même une occasion pour le public d'Arich d'avoir droit à un menu artistique copieux et de rencontrer Poussy ainsi que l'acteur de Out of Africa, qui lui a valu l'Oscar du meilleur acteur dans les années 1980. Le public a découvert également durant le festival quelques courts métrages réalisés par de jeunes Egyptiens et par la Canadienne Isabelle Lafine. C'était la première fois qu'était présentés des courts métrages dans cette ville au million de palmiers. C'était en fait la grande nouveauté du festival ...

Dans le court métrage de 15 minutes, intitulé Wast Al-Balad, le jeune réalisateur, Amir Ramsis, brosse un tableau de la vie des jeunes flâneurs du centre-ville. Le film présente trois personnages : une fille (Azza Faddali) vient de faire une fugue il y a trois jours et passe la matinée dans les cafés et la nuit chez une copine. Un gigolo (Amr Saad) se marie avec une étrangère beaucoup plus âgée pour obtenir un visa et partir pour l'Europe. Un journaliste pigiste (Mohamad Ibrahim) n'est pas satisfait de son travail au point de ne plus croire en lui-même. La caméra d'Ahmad Gabr opère un perpétuel va-et-vient durant les 15 minutes du film, avec beaucoup de finesse, passant en revue les pubs et les cafés du centre-ville : After Eight, Al-Horriya et Zahrat Al-Bostan. Le film, qui a reçu le premier prix du Festival national du cinéma, se termine par le suicide du gigolo.

Chagaret al-tout (Le Mûrier) est le titre du film de Khaled Hammad, lauréat du Festival de l'enfant et du Festival national du cinéma. Simple mais riche en symboles, le film relate l'histoire d'une vieille femme qui habite une hutte aux abords d'un village. Les habitants ont tissé tout un mythe autour de cette femme prétendant qu'il s'agit d'une croqueuse d'enfants. Il ne faut guère s'approcher de sa maison. Or, un jour, trois enfants s'égarent et se trouvent juste en face de cette habitation « maudite ». La panique des enfants s'évanouit progressivement en faisant connaissance avec la femme. Celle-ci les hospitalise et leur offre les fruits du mûrier. Vers la fin, on voit ces enfants devenus père et mère, racontant à leur propre progéniture l'histoire de la vieille sauvage.

Talat waraqat (Le Jeu des trois cartes), d'Akram Farid, raconte l'histoire d'un vieil homme qui souffre de la solitude après la mort de sa femme. Tout d'un coup, il reçoit un coup de fil, et les événements se poursuivent. Le vieux est pris dans une série d'aventures à travers lesquelles il réalise tous ses vœux : rouler en moto, se promener en barque, etc. Or, en rentrant chez lui, il découvre que sa maison a été volée et réalise que le téléphone qu'il a reçu n'était qu'une astuce de la part des pilleurs.

La Canadienne Isabelle Lavigne a participé au festival avec 4 125 rue Parthenais , un court métrage de 50 minutes. Il s'agit de portraits de marginaux qui habitent tous le même immeuble et vivent d'allocations sociales. On y retrouve un banlieusard déchu, un concierge qui se prend pour un comte, un homosexuel farfelu penché sur la doctrine des témoins de Jéhovah, une orpheline hantée par le mystère de ses origines, etc. Malgré les préjugés et l'absence de reconnaissance sociale, on découvre des êtres qui ont réussi à faire fi de la société, en érigeant leur propre univers à travers de petites joies arrachées au quotidien.


Négligences

Le festival était également l'occasion d'exposer les peintures les plus diverses. L'Autrichienne, Luta Zayrel, a présenté une série de tableaux qu'elle a achevés spécialement pour le festival. Avant d'arriver en Egypte, l'artiste a demandé à l'attaché culturel égyptien à Vienne de lui montrer quelques films arabes. Elle a alors choisi plusieurs scènes afin de les imprimer sur toile et de les retoucher à l'aquarelle. Elle avait surtout choisi des scènes de femmes entre elles, car c'est surtout un monde au féminin qu'elle présente à travers l'ensemble de ces œuvres intitulées la série orientale. « Les films que j'ai vus ont suscité ma curiosité, je n'ai pas compris beaucoup de scènes mais j'espère comprendre davantage tout au long de mon séjour en Egypte », dit Lutta, qui a mélangé dans ses toiles le réalisme de la photographie à la technique de la peinture.

Ragai Karass, peintre égyptien, immigré au Canada, a exposé une série d'aquarelles sous le titre ici et là-bas, où il s'agit de séquences de la vie quotidienne au Caire et à Montréal. Ragai revient dans cette exposition à un réalisme largement négligé par les peintres égyptiens contemporains. Il excelle à donner vie aux quartiers populaires, avec ses personnages : le couturier, le vendeur de gaz, la marchande de légumes, etc.

En outre, des peintres originaires d'Arich, dont Moustapha Bakir, Chebl Barakat, Dahabiya Charabi, Farouq Nagui, Abdel-Zaher Abou-Zekr et Fawziya Al-Barrawi ont exposé leurs œuvres qui traitent le plus souvent de la nature de leur ville. Toutefois, aucun d'entre eux n'a créé quelque chose spécialement pour le festival, les organisateurs ne les ayant pas prévenus assez tôt. La même remarque est applicable aux courts métrages, pour lesquels l'organisation a également fait preuve de négligence : les réalisateurs de ces films n'ont pas été invités par le festival ... On ne les a même pas prévenus que leurs films seraient projetés ! Dommage car ces créateurs auraient donné une autre dimension au débat soulevé cette année par le festival autour de la mondialisation et de l'identité culturelle. Les principales personnalités à animer ce débat étaient Sayed Yassine, ancien président du Centre d'études politiques et stratégiques d'Al-Ahram, l'ambassadeur autrichien Ferdinand Trauttmansdorff, le deuxième secrétaire de l'ambassade du Canada Jean Philippe, et Chérif Al-Choubachi, premier sous-secrétaire du ministère de la Culture, chargé des relations extérieures. Un débat qui a mis l'accent sur le fait que le conflit actuel se déroule entre plusieurs fondamentalismes et non entre des civilisations ou des cultures. Car en fait, durant le festival, ces dernières étaient en parfaite harmonie.

Hayssam Khachaba

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« Je ne suis pas sûr qu'il y aura un festival l'année prochaine »
Dossouqi Saïd, journaliste et critique de cinéma, est le directeur du Festival d'Assala. Il évoque l'esprit de cette manifestation, et ses difficultés financières.

Al-Ahram Hebdo : D'où est venue l'idée du festival ?

Dossouqi Saïd : J'ai séjourné en Allemagne pour étudier puis pour enseigner depuis 1974 ... Là bas, j'ai organisé plusieurs festivals pour les jeunes artistes. J'ai pensé faire quelque chose de semblable à Arich, un site merveilleux. J'étais de plus en plus encouragé pour organiser ce festival après une conférence tenue par la Ligue arabe qui souhaitait promouvoir l'image des Arabes et des musulmans en Occident.

— Pourquoi n'avez-vous pas cherché à donner une spécificité artistique à ce festival ?

— Je n'ai pas voulu donner une spécificité au festival étant donné qu'on n'y décerne pas de prix. Il vise plutôt à animer une semaine culturelle dans la ville d'Arich, à y inviter des stars et y organiser des rencontres. Ainsi, il vise à améliorer l'image de l'Egypte devant la presse internationale.

 Un festival international, qui se déroule si près des territoires occupés de la bande de Gaza où les Israéliens commettent des atrocités, ne devait-il pas comporter un volet consacré à la Palestine ?

— Je ne veux pas parler de politique, de manière directe, mais il est évident que le festival porte un message de paix en favorisant le dialogue entre les cultures et les civilisations.

 Quel sera le thème du prochain festival ?

— Malheureusement, je ne suis pas sûr qu'il y aura un festival l'année prochaine. Assala souffre d'un manque de ressources financières. Les aides fournies par les ministères de la Culture et du Tourisme, ainsi que par le gouvernorat et les ambassades d'Autriche et du Canada ne suffisent pas à maintenir le festival.

H. Kh.
 

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