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Kiosque
. La publication des photos des cadavres des deux fils de
l'ancien président iraqien a suscité de nombreux commentaires
dans la presse arabe. |
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Une
victoire provisoire |
« Les
photos des cadavres des fils de Saddam et la politique occidentale
de deux poids, deux mesures » ; « Qossaï
et Odaï Saddam ... Nouveaux et anciens crimes » ;
« Pourquoi les a-t-on tués ? » ;
« Il pleut des cadavres au-dessus des palmiers ».
C'est ainsi que la presse égyptienne et arabe a titré ses
articles, à l'annonce de la mort des deux fils de l'ancien
président iraqien Saddam Hussein. Les éditorialistes ont analysé
l'assassinat de Odaï et Qossaï comme une tentative de l'Administration
américaine de réaliser une victoire médiatique pour contenir
la colère de l'opinion publique et enlever des esprits l'effet
du scandale des armes de destruction massive. « L'assassinat
des deux fils de Saddam Hussein représente pour le président
Bush une bouée de sauvetage pour sortir de la série d'échecs
politiques et militaires internes et externes qui menaçait
son avenir politique, à savoir le scandale des armes de destruction
massive en Iraq, les échecs militaires des forces américaines
face à la résistance iraqienne ; la perte de tout soutien
des alliés et de la communauté internationale et la régression
de l'économie américaine », a donc écrit Salwa Habib
dans un éditorial intitulé « Des rêves éveillés »
dans le quotidien Al-Ahram. Selon la journaliste, Bush
ne profitera de cette évolution que sur le très court terme.
« L'euphorie de la victoire passera vite comme un
rêve éveillé et Washington réalisera que rien n'a changé »,
affirme-t-elle. Et d'ajouter : « C'est ce qu'a
réalisé l'administrateur civil de l'Iraq, Bremer, qui a été
plus réaliste et a constaté que ni la mort de Qossaï et Odaï
ni celle de Saddam lui-même ne mettra fin aux défis auxquels
est confrontée l'armée américaine ».
Soutenant
la même idée, Ossama Saraya, rédacteur en chef d'Al-Ahram
Al-Arabi, affirme dans un éditorial : « La
mort de Qossaï et Odaï dans une bataille militaire injustifiée
a laissé l'impression chez l'opinion publique que les Américains
ne veulent pas dévoiler certaines informations en présentant
Saddam et ses deux fils à la justice ». Une conclusion
qui a été faite aussi par le journal syrien Al-Thawra
qui dit : « L'assassinat des deux fils de Saddam
vise à éviter qu'ils puissent prouver qu'il n'y avait pas
d'armes de destruction massive en Iraq ». Saraya
rejette aussi les justifications présentées par les Américains
selon lesquelles il aurait été inévitable que l'opération
du 22 juillet s'achève sans la mort des deux frères. « Que
pouvaient bien faire deux, quatre ou même dix personnes assiégés
dans un appartement ? Il n'y avait aucun besoin pour
les Américains de les tuer sauf s'ils cherchaient une victoire
médiatique », insiste-t-il. Les deux journalistes
sont arrivés à la même conclusion. Cette « dite victoire »
ne changera rien pour l'Administration américaine. Selon eux,
Washington se trouvera obligé de demander l'aide de la communauté
internationale et des Nations-Unies.
La
presse égyptienne a dénoncé également la politique de deux
poids, deux mesures adoptée par les Etats-Unis. « Comment
est-ce qu'un empire qui prône les valeurs morales et humaines
ait besoin de distribuer de telles photos au moment où lui-même
avait dénoncé cette attitude lorsqu'il s'est agi de cadavres
de ses propres soldats ? », écrit Ghassan Charbel,
rapportant les propos d'un de ses amis iraqiens, dans son
éditorial dans le journal Al-Hayat. L'éditorialiste
continue à rapporter les propos de son ami iraqien qui affirme
que l'histoire de ce pays a tout le temps témoigné de ce genre
de massacres. Et Charbel de conclure : « Pauvre
peuple iraqien. Il a subi longtemps le joug des hommes cruels.
Le fleuve des cadavres s'apprête à affluer. Rumsfeld a publié
la photo de deux cadavres. L'Administration a fait tomber
un dirigeant autoritaire, mais a provoqué un incendie qui
annonce beaucoup d'autres cadavres. C'est la leçon de l'Histoire ». |
Yolande
Youssef |
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Air
du temps |
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Les
élections sont des événements plus ou moins rares dans notre
pays. Et s'il y en a, elles sont loin d'être chaudes. Là,
une première : le 30 juillet, les élections du Syndicat
des journalistes promettent un vent de changement.
Pour
la première fois, aucun des candidats pour le siège du bâtonnier
n'est président d'une des fondations de presse publiques.
Ces présidents, souvent « préférés » par
le gouvernement, avaient toujours réussi à occuper cette position.
C'était bien Cramer versus Cramer : (d'après le
nom du film interprété par Dustin Hoffmann) : Le chef
du syndicat — qui devait exercer des pressions sur les
fondations pour améliorer les conditions de travail des journalistes —
n'est autre que le président d'une de ces entreprises. Et
donc, pendant une trentaine d'années, les salaires des journalistes
n'ont cessé de baisser. Aujourd'hui, tous les journalistes
égyptiens qui ont choisi de rester fidèles à leur profession
— et leur profession seulement — vivent sous le
seuil de la pauvreté, fixé par la Banque mondiale, soit deux
dollars par jour !
De
même, puisque le chef était d'habitude « préféré »
du gouvernement, il a toujours mené, avec les hauts responsables,
des médiations réussies pour la libération rapide de la plupart
des journalistes arrêtés par les autorités pour des délits
d'opinion, sans pourtant se jeter dans des guerres risquées
pour assurer à ses « confrères-journalistes »
la liberté de presse, voire d'expression.
Cette
fois-ci, la concurrence se limite à deux humbles et grands
journalistes (par la réputation et l'âge). Effectivement,
l'un des deux a été président d'une fondation publique, mais
il ne l'est plus, ce qui est déjà un pas en avant.
De
même, un bon nombre de jeunes candidats pour le conseil vivent
l'expérience pour la première fois. Ils ont une chance de
gagner, puisqu'ils ne sont pas des activistes politiques,
comme c'était le cas dans le syndicat des ingénieurs, où le
conseil a été dominé par des islamistes, ce qui a poussé le
gouvernement à annuler les élections depuis plus de 10 ans.
Malgré
ces atouts, sans des journalistes conscients et courageux,
le terrain ne peut être pavé pour un syndicat indépendant
des fondations de presse et des intérêts du gouvernement.
Certes, c'est la première fois, mais c'est en forgeant
qu'on devient forgeron.
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