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Sociologie . Nozha Amor, sociologue éminente, est l'épouse de l'ambassadeur marocain au Caire. Avant son départ pour le Liban, où son mari a été muté, elle nous livre ses impressions sur l'Egypte et brosse le tableau de ses activités dans les domaines culturel, social et caritatif pendant son séjour au Caire.
« Profondeur et authenticité
caractérisent nos deux peuples
 »

Propos receuillis par
Aïcha Abdel-Ghaffar

Al-Ahram Hebdo : En tant que sociologue, comment évaluez-vous la condition de la femme arabe en général et marocaine en particulier ?
Nozha Amor : Je m'intéresse évidemment de très près à la condition de la femme depuis que j'ai soutenu ma thèse de magistère sur les œuvres écrites par des auteurs femmes au Maroc, notamment des écrits concernant le domaine social, et non l'écriture littéraire. Lors de mon arrivée en Egypte, j'avais l'ambition de consolider les liens entre les femmes marocaines et les femmes égyptiennes, surtout entre l'élite Nozha Amorintellectuelle. D'autant plus que j'ai découvert que la production féminine marocaine n'est pas suffisamment connue en Egypte, parce que la plus grande partie est publiée en langue française et n'arrive donc pas en Orient. En fait, si beaucoup de romancières marocaines écrivent en français, c'est parce qu'elles sont issues de la génération qui a fait ses études en langue française. Il faut savoir que l'arabisation remonte seulement à 20 ans.

Cela ne veut pas dire que nous perdons le contact. La coopération entre nous implique une planification, parce que nous croyons, au Maroc comme en Egypte, à l'importance du rôle de la femme. Nous luttons pour l'obtention de tous ses droits et de toutes ses prérogatives.

Toutefois, il est difficile de dire que la femme au Maroc a acquis toutes ses aspirations, mais la femme marocaine est présente dans tous les domaines sans exception. Mais sur le plan politique, la femme marocaine n'est pas encore arrivée à être placée dans des postes qui exigent les prises de décision. C'est vrai qu’actuellement notre position est meilleure que dans le passé et lors des dernières élections législatives, la femme marocaine a acquis 10 % des sièges. Nous avons actuellement 35 parlementaires femmes parmi 350 membres du Parlement. Nous avons au Maroc 3 ministres femmes, un ministre pour la Communauté marocaine à l'étranger, un ministre pour les Affaires de la femme et de l'enfance et des handicapés, un ministre de l'Alphabétisation et l'éducation non-systématique.

— Quels sont, selon vous, les plus grands défis qui restent à relever pour que la femme acquière la totalité de ses droits ?
— Au niveau de l'élite, la femme marocaine a réalisé de nombreux succès comme d'ailleurs la femme égyptienne qui a conquis tous les domaines. Au niveau des classes populaires, la femme marocaine est encore démunie. Nous avons encore de gros efforts à faire afin d'éliminer l'analphabétisme, répandu parmi les femmes au Maroc. Le roi du Maroc est totalement conscient de ce problème. La ministre de l'analphabétisation œuvre à cet effet. Il y a environ deux mois, le roi du Maroc a inauguré de nombreuses classes afin d'encourager les filles à aller à l'école. Le roi du Maroc essaye de résoudre les problèmes des jeunes villageoises qui ne fréquentent pas les écoles. Le Maroc a marqué certains succès dans ce domaine, et si nous continuons, nous éliminerons dans quelques années le problème de l'analphabétisme.

— Qu'en est-il des moyens de promouvoir les relations et les contacts entre les Marocaines et les Egyptiennes sur le plan culturel notamment ?
— J'ai eu l'occasion pendant plus de deux ans et demi au Caire de construire une plate-forme solide afin de promouvoir les relations entre les femmes marocaines et égyptiennes dans les domaines universitaire, journalistique et culturel. J'ai organisé une conférence concernant le développement humain dans le monde arabe en 2002. Au cours de cette conférence, nous avons discuté du rapport des Nations-Unies sur le développement humain, un rapport qui a d'ailleurs été élaboré par des chercheurs arabes.

Le Dr Névine Mossaad, professeur à la faculté des sciences politiques à l'Université du Caire a fait une conférence sur le rapport suivie d'une discussion. Le but de cette conférence était de sensibiliser les femmes de diplomates aux problèmes du monde arabe.

— Comment évaluez-vous le travail de la société civile égyptienne d'autant plus que vous avez pris part à plusieurs activités dans des associations caritatives égyptiennes ?
— J'ai beaucoup d'admiration pour un grand nombre d'associations caritatives en Egypte avec lesquelles j'ai collaboré comme Tahsine Al-Seha (l'amélioration de la santé). Mais j'ai connu aussi d'autres associations comme Al-Nour wal amal (la lumière et l'espoir) ainsi que Sawt Al-Moaq (la voix de l’handicapé). Ici en Egypte, il y a une action sociale et bénévole admirable et cela est une chose qui me rend heureuse, car cela prouve que les principes de la solidarité sociale sont implantés fortement en Egypte et ceci constitue une base solide qui contribuera à développer la société civile égyptienne. Et quant à Tahsine Al-Seha, j'ai connu Chérifa Mehrez au tout début de mon séjour au Caire. J'ai admiré sa vivacité et son dynamisme ainsi que toutes ses activités. Elle a donné beaucoup à cette association et le fait qu'elle la préside inculque la confiance et le respect de tout le monde.

L'ambassade du Maroc a organisé deux fêtes caritatives cette année et l'année dernière, les deux ont été couronnées par un grand succès. Le Caire a aussi vécu les événements de la semaine touristique marocaine l'année dernière et cette année. Le public égyptien a beaucoup apprécié la musique andalouse qui a couronné les deux festivals.

— Si nous parlons de civilisation andalouse, quelle est donc votre évaluation de l'importance des dialogues de civilisation ?

 Le dialogue des civilisations est différent aujourd'hui par rapport à ce qu'il était au passé. L'enchevêtrement et l'influence réciproque entre le Maroc et l'Andalousie bénéficiaient d'une certaine continuité du fait que la civilisation andalouse a des portées arabes islamiques et espagnoles.

Il y a effectivement un dialogue de civilisations qui est là, qui existe. Quand nous parlons de la mondialisation, cela exige des valeurs communes, et donc il y a une nécessité d'instaurer un dialogue de civilisations.

— Quels sont, selon vous, les points communs entre nos deux pays ?
— Il y a une vraie profondeur et une authenticité historique dans votre pays. D'abord au niveau des gens, de leur attitude et de leur comportement.

Nous sommes deux peuples très hospitaliers et généreux et nous aimons faire plaisir aux gens, nous avons l'art de donner. Nous sommes aussi très tolérants et nous acceptons les autres. Ceci existe chez le peuple marocain et chez le peuple égyptien qui est un peuple frère.

Il y a une grande ressemblance dans notre mode de vie et dans notre approche, parce que nous bénéficions des mêmes racines et de l'apport arabo-islamique.

Le Maroc comme l'Egypte bénéficie d'un patrimoine et d'une civilisation énormes qui se reflètent sur l'architecture, l'artisanat, les villes anciennes en général ... Les Egyptiens qui ont visité le Maroc apprécient beaucoup ce côté du Maroc et ils remarquent que nous nous appliquons à conserver notre identité marocaine et notre patrimoine. Nous essayons à tout prix de sauvegarder la personnalité marocaine que ce soit au niveau des vêtements, de notre art culinaire ou de notre vie quotidienne.

D'un autre côté, les Marocains ont une ouverture sur l'Occident et vivent ce dédoublement sans la moindre contradiction comme je vous le dis, nous sommes ouverts sur la culture occidentale tout en préservant notre identité marocaine qui est une identité arabe, islamique et andalouse.

 

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