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Presse . Après de longues batailles électorales et judiciaires, les journalistes doivent élire ce mercredi le président du Syndicat des journalistes et son conseil d'administration.

L'espoir au bout des urnes

70 candidats sont en lice pour les douze sièges du conseil d'administration et quatre candidats se disputent le poste de président du syndicat. Il s'agit de Salah Montasser, éditorialiste d'Al-Ahram, Galal Aref d'Al-Akhbar, Ibrahim Al-Dessouqqi, de l'agence de presse MENA, et Ossama Al-Karam du journal Al-Ahrar. Trois autres candidats se sont présentés au poste de président du syndicat. Leurs noms ont été rajoutés par la commission judiciaire chargée de contrôler les élections après la fermeture de la porte de dépôt de candidature. Mais ces derniers ne figureront pas sur les listes, car le syndicat a fait appel et la cour n'a pas encore rendu son jugement. Au cas où l'appel est refusé après les élections, ces dernières seront jugées invalides et devront alors être recommencées !

L'annulation de la peine de prison pour les journalistes, l'indépendance du syndicat et l'amélioration des conditions de travail des journalistes sont les grands thèmes qui ont dominé les programmes électoraux des candidats. Ces élections revêtent une importance particulière du fait qu'elles se tiennent à la suite de nombreux procès et jugements invalidant les deux derniers mandats du président, Ibrahim Nafie, et du conseil. Une affaire qui a donné l'impression aux journalistes que leur corporation était en danger. Certains craignaient qu'il ne soit le théâtre de luttes partisanes qui ont miné d'autres syndicats.

Les journalistes paraissent d'ailleurs déterminés à élire un conseil fort, indépendant et efficace, capable de relever les défis de la profession. Ragaï Al-Mirghani, l'un des candidats, explique que depuis sa création en 1941, le Syndicat des journalistes a toujours été la cible de maintes attaques pour restreindre son rôle en tant que défenseur de liberté, mais qu'il a toujours fini par surmonter ces crises. « C'est pourquoi les journalistes sont actuellement conscients de l'importance de ces élections », souligne Al-Mirghani. Le fond de la campagne électorale qui autrefois se basait essentiellement sur les services proposées a été influencé par les derniers événements. Selon Galal Aref, principal concurrent au siège de la présidence du syndicat : « Ces élections témoignent du retour de la conscience des journalistes en ce qui concerne l'importance du rôle politique et social de leur syndicat. Les journalistes aspirent à des solutions sérieuses concernant les difficultés entravant l'exercice de leur profession, sur le plan financier ou professionnel. Ils trouvent nécessaire de modifier la loi de 1970 relative au Syndicat des journalistes, ainsi que toutes celles qui entravent la liberté de la presse ». Avis partagé par Karem Mahmoud, membre du conseil du syndicat et candidat. Selon lui, les journalistes sont aujourd'hui conscients du rôle qu'ils ont à jouer. « Le fait de trouver les moyens de remédier aux problèmes menaçant la profession et d'avoir une position unifiée ne devrait plus être uniquement le souci des futurs élus », insiste Karem Mahmoud.

Au moment où Moustapha Bakri, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Al-Osboue, vient d'être condamné à un an de prison, la question de la liberté d'expression et de l'annulation des lois allant à l'encontre de la profession occupent une place considérable dans les programmes électoraux. Les candidats sont donc mobilisés pour redonner au syndicat ce rôle primordial. Celui de défendre l'intérêt des journalistes. « C'est scandaleux qu'un pays comme l'Egypte, perçu comme exemple de démocratie dans le monde arabe, applique toujours une telle loi permettant l'emprisonnement des journalistes. Et ceci au moment où d'autres pays arabes comme la Jordanie ont annulé cette peine. Il faut également réduire l'amende qui s'élève à 20 000 L.E. Ce qui est insoutenable pour les journalistes qui ont des salaires médiocres », déclare Essam Abdel-Hamid, candidat du journal Al-Arabi Al-Nasseri. Il explique que le syndicat a déjà élaboré un projet de loi réclamant l'annulation des articles 302, 303 et 306 du Code pénal relatifs à la détention des journalistes. Mais à cause de la faiblesse et de la passivité de l'assemblée générale qui ne s'est pas tenue depuis plus de 8 ans, ce projet n'a jamais vu le jour. Avis partagé par Galal Aref qui affirme que la presse est un métier qui ne peut survire sans liberté et démocratie. Il évoque également les contraintes imposées sur la publication des journaux. « Il nous faut une réforme globale de la loi en vigueur datant de 1970 où le pays adoptait la politique du parti unique », ajoute-t-il. Ibrahim Mansour, candidat du magazine Rose Al-Youssef, fait de la liberté d'expression le noyau de son programme électoral. « Nous sommes face à une longue bataille qu'il faut mener pour protéger notre métier. Si autrefois cette affaire a été utilisée comme slogan électoral, j'espère que le prochain conseil luttera sérieusement pour que ce projet de loi puisse un jour aboutir », affirme-t-il.


Indépendance vis-à-vis des journaux

Yasser Rizq, candidat d'Al-Akhbar, estime que la liberté de la presse est strictement liée à l'indépendance du Syndicat des journalistes vis-à-vis des conseils d'administration des journaux. « Ce n'est pas logique que le président du syndicat soit le PDG d'une entreprise de presse. Comment être juge et avocat en même temps. C'est une affaire portant atteinte à la crédibilité du syndicat et entravant son travail », mentionne-t-il. Quant à Yéhia Qallache, secrétaire général du syndicat, il avoue que ce statut constitue une véritable entrave pour le travail syndical. « On ne remet pas ici en question l'honnêteté d'anciens présidents, mais plutôt le fait d'exercer deux fonctions dont les intérêts peuvent parfois être contradictoires. C'est pourquoi le président du syndicat doit être indépendant et prêter uniquement sa loyauté au syndicat et à son conseil et obtenir sa légitimité de l'assemblée générale », ajoute Qallache.

L'augmentation des salaires des journalistes est une cause de plus en plus soutenue par les candidats. Toutefois, journalistes et candidats refusent les primes électorales qui sont désormais considérées comme de la poudre aux yeux et réclament une véritable réforme des salaires. Salah Montasser, un des principaux candidats à la présidence du syndicat, estime qu'il faut prendre cette question au sérieux parce qu'elle touche directement les journalistes. « Améliorer les conditions financières des journalistes garantit l'indépendance et le perfectionnement du métier », affirme Montasser. Il s'engage aussi dans son programme électoral à résoudre les problèmes financiers du syndicat en quelques semaines et à augmenter les salaires des journalistes à partir de juillet 2003 s'il est élu. Une question qui se révèle également importante pour Ahmed Al-Naggar, candidat d'Al-Ahram, qui propose d'activer la loi en vigueur stipulant d'accorder 1 % du revenu de la publicité des entreprises de presse pour le Fonds du syndicat. En outre, il réclame le doublement des salaires minimums qui n'ont pas évolué depuis 1976.

Les grands thèmes qui ont jalonné la campagne électorale correspondent aux attentes des journalistes. Ceux-ci sont conscients de la crise que traverse leur syndicat et sont pour cela déterminés à élire un conseil fort et indépendant qui parviendra à défendre et lutter pour leurs droits.

May Al-Maghrabi
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Les attentes
des oubliés du métier

Les journaux indépendants et ceux de l'opposition souffrent encore de problèmes financiers et professionnels. D'après les chiffres du syndicat des journalistes, il y aurait 23 journaux indépendants et d'opposition dans lesquels œuvrent près de 800 journalistes. Ahmad Mansour, du journal indépendant Al-Watane Al-Arabi (Le Monde Arabe), déplore que la plupart des privilèges soient accordés aux journalistes œuvrant dans les institutions journalistiques reconnues, notamment publiques.

Contrairement aux journaux publics, les indépendants et ceux de l'opposition ne bénéficient d'aucun statut administratif. « Ces journaux sont démunis d’un système qui fixe les prérogatives du journaliste, du chef de service et du rédacteur en chef. Ces grades professionnels sont ici figuratifs, car toute l’autorité est entre les mains du rédacteur en chef qui a le droit d’interdire la publication d’un article qui ne lui plaît pas. Et dans ce cas, le journaliste que l'on a empêché d’exprimer son point de vue n’a pas le droit de se plaindre », explique Mohamad Esmat, journaliste au journal indépendant Al-Guil.

De plus, ces journalistes sont souvent licenciés sans raison. « Dans ce cas, bien qu’il soit syndiqué, le journaliste ne trouve personne pour le défendre », raconte Abdel-Esmat. Les conditions financières figurent également parmi les problèmes que rencontrent ces journalistes. « Les salaires mensuels de ces journalistes sont lamentables. Ils ne dépassent pas 150 L.E. et lorsqu’ils sont inscrits au Syndicat des journalistes, ils obtiennent une prime de 225 L.E. Ce qui est minime par rapport aux salaires de leurs collègues œuvrant dans les grands journaux qui ne sont pas inférieurs à 500 L.E. », assure Ahmad Radwan, du journal indépendant Al-Qahera (Le Caire), en ajoutant que les anciens conseils du syndicat n’ont prêté aucune attention à ce problème, puisque les membres du conseil du syndicat sont pour la plupart journalistes dans ces journaux. Alaa Abdel-Aziz, du journal d'opposition Al-Haqiqa, partage le même avis : « Ce niveau de salaire très bas donne une mauvaise image des journalistes. Certains d’entre eux tirent en effet profit de leurs relations pour travailler dans le domaine de la publicité afin de gagner de l’argent.

Pourtant, à chaque formation d'un conseil pour le Syndicat des journalistes, les candidats promettent de prêter une attention toute particulière à ces différents problèmes. Mais on ne peut que constater que dans les faits, jusqu'à présent, rien n'a jamais changé.

Malgré tous ces problèmes et toutes ces promesses jamais tenues, la plupart des journalistes des journaux d’opposition et indépendants gardent l’espoir d’un changement en ce qui concerne le niveau des salaires. Kazem Fadel, journaliste à Al-Wafd, un des journaux d'opposition les plus connus, explique que les programmes électoraux de la plupart des candidats se concentrent sur la nécessité d’améliorer les revenus et les salaires des journalistes. Mais selon lui, ces derniers s’attendent à plus de changements. « On revendique un contrat unifié pour les salaires afin de toucher les mêmes salaires que nos collègues des fondations publiques. C’est une revendication équitable ».

Emad Hégab, candidat aux élections, explique que la loi sur la presse promulguée en 1970 est à la base de cette éternelle discrimination. Celle-ci à été promulguée au temps du parti unique, à savoir le parti de l’Union socialiste arabe. « Voilà pourquoi la loi sur la presse a accordé la plupart des privilèges aux journaux publics. Après 33 ans, on a aujourd'hui une pluralité des partis et le Haut conseil de la presse a donné aux partis le droit de publier des journaux. On a donc besoin d’une loi qui organise le statut financier et professionnel de ces journaux », explique Hégab.

Salah Abdel-Métaal, du journal indépendant Afaq Arabiya, est pessimiste. Selon lui, le syndicat sera géré par des journalistes provenant des grandes entreprises publiques. « Il ne faut donc pas s'attendre à de grands changements », dit-il. Cependant, même si on ne parle pas encore de modification de la loi et même si ces journalistes sont habitués aux promesses non tenues, certains gardent l'espoir de lendemains meilleurs pour leur profession. Selon Fathy Al-Cheikh, de l'hebdomadaire indépendant Al-Osboue, ce qui caractérise les candidats cette fois-ci, c'est que certains travaillent dans des journaux presque inconnus. « Ces journalistes en devenant membre du conseil du syndicat, essaieront sans doute de résoudre les problèmes dont ils souffrent eux-mêmes au sein de leurs journaux. », affirme-t-il. Même si cette fois-ci, les candidats sont différents et leurs programmes plus forts, il faudra attendre qu'ils fassent leurs preuves afin de convaincre enfin cette catégorie de journalistes.

Mirande Youssef

 

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