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Travail des enfants . Le Conseil national de la maternité et de l'enfance a organisé une journée de sensibilisation dans le quartier populaire de Manchiyet Nasser au Caire sur ce phénomène qui touche plus d'un million d'enfants égyptiens. Reportage.
Une mission laborieuse

Malgré la loi promulguée il y a 7 ans interdisant le travail des enfants de moins de 14 ans, le nombre d'enfants travailleurs s'élève toujours à 1,3 million d'enfants, soit 12 % de la tranche d'âge des 6-14 ans. Pour faire face à cette situation, le Conseil national de la maternité et de l'enfance multiplie les initiatives. En coopération avec l'Organisation Internationale du Travail (OIT), le conseil a organisé une journée de sensibilisation destinée aux enfants travailleurs, à Manchiyet Nasser, un quartier populaire du Caire. Ce quartier, en grande partie défavorisé, qui compte 400 000 habitants, compte de nombreux enfants travailleurs. « Nous avons décidé d'organiser cette initiative à l'occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le travail des enfants. Le but est d'associer les enfants à des activités culturelles porteuses d'un message sensibilisant le public aux méfaits du travail des enfants », indique Mouchira Khattab, secrétaire générale du Conseil national de la maternité et de l'enfance.

Selon une étude réalisée à Manchiyet Nasser, le décès du père et le divorce des parents, sont les causes les plus fréquentes du travail des enfants. La plupart des habitants du quartier sont logés dans des maisons de deux ou trois étages datant des années 1960. La métallurgie et le recyclage des déchets constituent leur activité principale. Dans les ateliers qui bordent les rues du quartier, des enfants journaliers sont employés pour faire des travaux de soudure. « Le travail commence à 8h du matin jusqu'à 16h de l'après-midi. L'ousta (chef d'atelier) nous donne alors 2 heures de repos et nous reprenons le travail à 18h jusqu'à minuit », explique Mahmoud, 15 ans, qui perçoit 4 L.E. par jour et qui travaille depuis l'âge de 11 ans. « Mon père ne touche que 150 L.E. par mois et ma mère est femme au foyer. Nous sommes obligés, nous, les cinq enfants, de travailler », confie Mahmoud. Il ajoute amèrement qu'il aurait voulu participer aux classes d'alphabétisation pour apprendre à lire et à écrire, mais il n'a pas eu cette chance. Les amis de Mahmoud, Ali, Moustapha, Hassan et Salah, sont tous dans la même situation. Peu d'enfants à Manchiyet Nasser ont reçu une éducation scolaire. La plupart ont quitté l'école très jeunes pour aider leur famille. « Sans cela, nous ne pourrions pas vivre », affirme une mère de famille. Et d'ajouter : « Mon fils a arrêté le travail durant un trimestre pour s'inscrire aux cours d'alphabétisation l'après-midi. Nous sommes très pauvres et nous ne pouvons pas envoyer nos enfants à l'école ».

La loi de 1995, qui interdit le travail des enfants jusqu'à l'âge de 14 ans, n'est pas appliquée, et les contrôles sont quasi inexistants. Dans ce contexte, le Conseil national de la maternité et de l'enfance, fondé en 1989, a créé en 2000 une commission chargée d'établir une stratégie pour combattre ce phénomène. « Il y a trois ans nous avons constaté qu'il y avait à Manchiyet Nasser un grand nombre d'enfants qui travaillent dans des conditions lamentables et dangereuses. Nous avons donc décidé d'agir dans ce quartier en organisant des réunions avec les enfants et leurs parents. Des programmes de sensibilisation aux conditions requises pour travailler ont été lancés », explique Mouchira Khattab. « Nous travaillons dans ce domaine en coopération avec des organismes gouvernementaux comme les ministères de la Main-d'œuvre, des Affaires sociales, l'Union générale des syndicats ouvriers et des ONG », ajoute-t-elle. Le bureau de l'OIT apporte son aide à de telles initiatives. « L'organisation a un plan international pour la lutte contre le travail des enfants qui pourrait être appliqué dans 185 pays dont l'Egypte. Nous avons commencé nos travaux en coordination avec le conseil, en lui offrant des aides techniques et financières. D'autre part, nous finançons les campagnes de sensibilisation médiatique que dirige le Conseil de la maternité et de l'enfance », explique Ibrahim Awad, directeur du bureau de l'OIT pour l'Afrique. Les initiatives de l'OIT sont consacrées à la sensibilisation aux dangers entraînés par le travail des enfants. De plus, cette organisation encourage les pays à participer aux nombreux programmes d'alphabétisation. Mais malgré ces efforts, en Egypte comme dans d'autres pays, le travail des enfants continue d'être une réalité désolante. Et les enfants de Manchiyet Nasser continuent de vivre un quotidien pénible. « Même si aujourd'hui ces initiatives de sensibilisation ont porté leurs fruits au sein de quelques familles, il faut se rendre compte que la tâche est encore longue afin de venir à bout de ce phénomène », conclut Mouchira Khattab.

Samar Zarée

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