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Iraq
. Le président américain a monté une véritable campagne de
désinformation pour mener la guerre. |
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La machine
à mensonge |
Plus
de trois mois après le début de l'occupation de Bagdad, et
plus de quatre mois après le début de l'invasion de l'Iraq,
l'administration Bush n'a toujours pas présenté la moindre
preuve de la présence d'armes de destruction massive en Iraq.
Il semble donc évident que l'argument utilisé par George W.
Bush et ses plus proches collaborateurs était faux. Un mensonge
d'Etat comme l'ont souligné plusieurs analystes.
Dans
les mois qui précédaient la guerre, Bush a souvent répété
l'avertissement que si les Etats-Unis n'envahissent pas l'Iraq
et ne « désarment pas Saddam Hussein », le
dirigeant iraqien fournirait aux terroristes des armes chimiques,
biologiques et même nucléaires qui seraient ensuite utilisées
contre le peuple américain. C'est cette menace dont s'est
servi Bush pour défier l'Onu et la communauté internationale
et pour mener sa guerre.
Ces
accusations à l'encontre de Iraq ont été énoncées, comme l'a
reconnu l'adjoint au secrétaire d'Etat à la Défense Paul Wolfowitz,
faucon avéré, pour « des raisons bureaucratiques ».
C'était la seule justification que le Département d'Etat,
le Pentagone et la CIA pouvaient utiliser pour masquer
les véritables buts de la guerre : s'emparer des ressources
pétrolières de l'Iraq et s'installer au Moyen-Orient.
La
construction de ces informations aurait été préparée dans
une direction secrète au sein du Pentagone, le Bureau des
plans spéciaux (Office of Special Plans, OSP). C'est
dire que l'Administration Bush a menti délibérément au peuple
américain et au monde pour trouver le moyen de mener cette
guerre. « Il est certain que Bush a menti, faussé
des documents et utilisé des images trafiquées pour justifier
sa position. Il a eu recours à ces allégations pour justifier
la guerre et l'adoption par le Congrès de la loi sur le pouvoir
de guerre », souligne Mohamad Al-Sayed Saïd, vice-directeur
du Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.
Il rappelle qu'aucun autre président américain n'a reçu ces
prérogatives.
Des
mensonges cousus de fil blanc qui finirent par convaincre,
grâce aux pressions permanentes. L'Administration Bush a été
réduite à utiliser les images satellites de deux remorques
de camion près de Mousssoul comme la preuve que l'Iraq possédait
des laboratoires mobiles de développement d'armes biologiques.
L'Iraq en avait été déjà accusé dans la présentation que fit
le secrétaire d'Etat, Colin Powell, devant le Conseil de sécurité
de l'Onu le 5 février 2003. Mais on n'a trouvé aucune trace
d'un agent biologique dans ces remorques, et la Maison Blanche
a dû reculer aussi sur cette affirmation, suggérant que les
remorques étaient peut-être la preuve d'un programme d'armement,
mais qu'elles ne contenaient pas des armes elles-mêmes.
Selon
les analystes, la campagne des mensonges sur les armes de
destruction massive était nécessaire pour surmonter l'impact
de l'opposition mondiale sur l'opinion publique américaine.
Cette campagne a bénéficié de la complicité des médias américains
et des politiciens du Parti démocrate qui savaient que les
porte-parole de l'Administration mentaient, mais qui ont refusé
de le déclarer publiquement, dans un premier temps.
Aujourd'hui,
les dirigeants démocrates qui se sentent floués n'hésitent
plus à s'attaquer à l'Administration américaine. Celle-ci
se défend sans trop convaincre. Elle émet de nombreuses hypothèses
pour expliquer la non découverte d'armes nucléaires et chimiques.
Donald Rumsfeld suggère qu'elles auraient pu être détruites
avant la guerre. Hypothèse difficile à retenir d'autant plus
qu'après l'affaire des ADM non trouvées, il y a eu celle de
l'uranium enrichi que l'Iraq aurait cherché à obtenir en Afrique
et qui relève du même procédé.
Deux
sénateurs démocrates influents ont estimé que le président
George W. Bush était l'ultime responsable pour avoir évoqué
à deux reprises en janvier dans des déclarations au Congrès
des informations inexactes sur les tentatives d'achat d'uranium
par l'Iraq. « La responsabilité ne se limite pas au
directeur de la CIA (l'agence centrale du renseignement),
ni au conseiller adjoint de la Maison Blanche pour la sécurité
nationale, Stephen Hadley, mais remonte au président »,
écrivent dans une lettre à M. Bush, et remise à la presse,
les sénateurs Edward Kennedy (Massachusetts) et Carl Levin
(Michigan). « Nous demandons au président d'expliquer
comment ces informations ont été incluses dans son rapport
sur l'Iraq remis au Congrès le 20 janvier et une semaine plus
tard dans son discours sur l'état de l'Union ».
« Il
ne s'agit pas seulement d'une querelle à propos d'un certain
nombre de mots dans un discours présidentiel, mais de la question
de savoir si le renseignement a été politisé et falsifié pour
justifier un recours à la guerre », insistent les
sénateurs. |
La responsabilité
de Tenet
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| La
semaine dernière, le directeur de la CIA, George Tenet,
avait assumé la responsabilité de cette erreur, indiquant
n'avoir pas lu le texte du discours sur l'état de l'Union
avant que le président ne le prononce. Mais Stephen Hadley,
le bras droit de Condoleezza Rice, la conseillère de M. Bush
pour la Sécurité nationale, a reconnu avoir en fait reçu deux
rapports de la CIA et un appel téléphonique de M. Tenet
en octobre le mettant en garde contre la crédibilité des informations
faisant état de tentative d'achat d'uranium par l'Iraq en
Afrique. « Dans son discours sur l'état de l'Union
le 28 janvier, le président a dit que le gouvernement britannique
avait appris que Saddam Hussein avait récemment cherché à
acquérir d'importantes quantités d'uranium en Afrique »,
rappellent les sénateurs Kennedy et Levin. Or, « nous
savons aujourd'hui que cela s'appuie sur des informations
inexactes et qu'une déclaration similaire avait été retirée
du texte d'un discours présidentiel prononcé en octobre »
à la demande la CIA, ajoutent-ils, notant que Bush
a admis que ces seize mots d'accusation sur les achats d'uranium
« n'auraient pas dû figurer dans le discours sur l'état
de l'Union ».
Les
Etats-Unis, du moins l'Administration Bush, ont perdu toute
leur crédibilité. Malgré cela, ils « vont dans le
même sens en accusant l'Iran de vouloir développer des armes
nucléaires », souligne Mohamad Al-Sayed Saïd. La
propagande restera une arme pour Bush, on l'a vu avec la médiatisation
de la mort des deux fils de Saddam Hussein. « C'est
une opération médiatique pour détourner l'attention des mensonges
et des fausses informations », conclut le politologue.
De nombreux analystes relèvent que dans toute l'histoire américaine,
il n'existe pas d'exemple de falsification d'une ampleur comparable
à celle réalisée par Bush et ses pairs. |
Aliaa
Al-Korachi |
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Le
soldat Lynch,
héroïne médiatique |
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Jessica Lynch, la militaire américaine blessée
en Iraq et dont le calvaire avait été monté en épingle comme
une fiction médiatique sur l'héroïsme américain, est rentrée
mardi chez elle dans son petit village de Virginie occidentale,
où l'attendaient drapeaux, rubans jaunes et camions de télévisions.
Et pour certains critiques des médias, lorsque
la jeune fille de 20 ans est arrivée à bord d'un hélicoptère
Blackhawk et a été accueillie par sa famille et ses
amis, ce n'est pas le retour d'une militaire blessée qu'ont
filmée les caméras de télévision, mais plutôt une émission
de télé-réalité coproduite à des fins de propagande par le
gouvernement américain et des journalistes crédules.
« Ça n'a plus d'importance aux
Etats-Unis de savoir si quelque chose est vrai ou faux. La
population a été conditionnée pour tout accepter : les
mélos, les mensonges, les menaces de bombes atomiques »,
déclare ainsi John MacArthur, éditeur du magazine Harper's.
Lynch circulait au sein d'un convoi de la
507e compagnie de maintenance le 23 mars, quand son unité
est tombée dans une embuscade près de la ville de Nassiriya.
Onze soldats ont été tués et neuf autres blessés lors d'affrontements
qui ont duré une heure et demie.
Lynch est devenue une héroïne nationale quand
les médias, citant des responsables américains anonymes, ont
rapporté qu'elle s'était battue farouchement avant d'être
capturée, continuant à tirer sur les forces iraqiennes malgré
de nombreuses blessures par balles et à l'arme blanche. En
fin de compte, les enquêteurs militaires ont conclu qu'elle
avait été blessée quand la jeep Humvee qu'elle conduisait
a été atteinte par une grenade RPG et a percuté le
camion roulant devant elle.
L'armée a également révélé que de nombreuses
armes des membres de l'unité de Lynch avaient mal fonctionné
ce jour-là et que si le convoi était tombé dans cette embuscade,
c'est parce qu'il s'était perdu.
L'enquête n'évoque pas l'opération de sauvetage
de Lynch qui allait suivre et que beaucoup soupçonnent d'avoir
été largement mise en scène par le Pentagone qui a diffusé
une vidéo montrant l'assaut mené par des forces spéciales
américaines sur l'hôpital iraqien où elle était soignée.
Les médecins iraqiens de l'hôpital ont ensuite
déclaré que les forces américaines n'avaient pas rencontré
la moindre résistance et que l'opération avait été dramatisée
à l'excès. Le docteur Anmar Ouday a raconté la scène à John
Kampfer de la BBC : « C'était comme dans
un film de Hollywood. Il n'y avait aucun soldat iraqien. Mais
les forces spéciales américaines faisaient usage de leurs
armes. Elles tiraient à blanc, et on entendait des explosions.
Les GI'S criaient : Go ! Go !
Go ! L'attaque contre l'hôpital, c'était une sorte
de show ou un film d'action avec Sylvester Stallone ».
D'ailleurs, selon le numéro de juillet du Monde Diplomatique,
les scènes furent enregistrées avec une caméra à vision nocturne
par un ancien assistant du réalisateur Ridley Scott. Lynch,
elle-même, a été citée affirmant qu'elle n'avait aucun souvenir
ni de l'embuscade ni de l'opération de sauvetage. « Le
raté dans cette affaire, c'est que les médias ont été amenés
à penser que l'on pouvait faire confiance au gouvernement
pour ce qui est de refléter la réalité », explique
Carolyn Marvin, professeur dans une école de communication
de l'Université de Pennsylvanie.
Un porte-parole du commandement central américain
en Floride n'a pas souhaité faire de commentaire quand on
l'a interrogé sur les affirmations selon lesquelles ce récit
héroïque n'était en fait que de la propagande gouvernementale.
Le Washington Post, qui a été le premier
à raconter la version héroïque de la capture de Lynch, a été
sévèrement critiqué par son propre médiateur, Michael Getler,
pour son traitement de cette affaire.
« Pourquoi les informations contenues
dans cette histoire, dont les aspects les plus attirants étaient
faux, sont-elles restées incontestées pendant si longtemps »,
s'est-il interrogé. « Quelles étaient les motivations
(et même les identités) de ceux qui ont révélé et entretenu
ce mythe, et pourquoi les journalistes ne l'ont-ils pas creusé
plus profondément et plus vite ? L'histoire sentait mauvais
presque depuis le début », a-t-il ajouté.
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