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Liberia
. Les Etats-Unis ont annoncé l'envoi au large des côtes libériennes
de navires pour soutenir le déploiement imminent de troupes
ouest-africaines chargées de faire respecter un cessez-le-feu.
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Soldats
de la paix en vue
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Pressé
d'agir, le président américain, George W. Bush, a finalement
décidé vendredi le déploiement « limité »
de navires et moyens militaires au Liberia pour soutenir l'intervention
d'une force africaine d'interposition dans la guerre civile
« afin de créer les conditions pour l'arrivée de l'aide
humanitaire et aider la population ». La CEDEAO a
de son côté décidé de déployer une force de paix de 3 000
hommes au Liberia. Mais devant la poursuite des combats à
Monrovia et l'aggravation de la situation humanitaire, deux
bataillons mécanisés nigérians (environ 1 300 hommes)
constituant l'avant-garde de cette force devraient être déployés
« en urgence » sur le terrain.
En
attendant, d'intenses combats à l'arme lourde entre rebelles
et forces gouvernementales se poursuivaient depuis près de
deux semaines. L'accès au cœur de Monrovia a été l'enjeu de
ces combats, qui se sont concentrés sur les ponts stratégiques
menant au centre de la capitale libérienne, vers lequel les
rebelles du LURD (Libériens Unis pour la Réconciliation et
la Démocratie) tentent de se frayer un passage. Ils se livrent
avec les forces gouvernementales à une sorte de jeu meurtrier,
où chaque camp prend des positions reprises quelques heures
plus tard par l'autre. A chaque fois, ces combats font de
nombreuses victimes, civils et combattants. Une guérilla qui
se déroule sur fond de catastrophe humanitaire et dont les
victimes civiles tombent par centaines.
Alors
que la force de la Communauté Economique des Etats d'Afrique
de l'Ouest (CEDEAO) sera principalement chargée de faire respecter
à nouveau un cessez-le-feu, « le rôle des Etats-Unis
sera limité dans le temps et dans son ampleur ».
Pour la Maison Blanche, les forces multinationales assumeront
la responsabilité du maintien de la paix et l'Onu organisera
une transition politique au Liberia. Washington a rappelé
au passage son souhait de voir l'ancien chef de guerre, Charles
Taylor, quitter le pouvoir, conformément à un accord signé
au Ghana le mois dernier, qui prévoit notamment la mise en
place d'un gouvernement de transition.
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Beaucoup
de prudence
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Trois
bateaux amphibies avec 4 500 marins et Marines,
achèvent de passer de la mer Rouge en Méditerranée pour
pouvoir éventuellement intervenir « en sept à dix
jours » au Liberia, selon le Pentagone. Pour le
moment, le Pentagone n'a pas reçu d'ordre de quitter la
Méditerranée pour le large des côtes libériennes.
Dans
l'immédiat, le Pentagone a dépêché d'Europe une équipe de
cinq hommes au Nigeria, pays qui dirigera les troupes de
la CEDEAO, « afin d'examiner leurs capacités militaires ».
Une mission américaine d'évaluation humanitaire est par
ailleurs arrivée au Liberia il y a plusieurs semaines déjà.
Une soixantaine de Marines ont également déjà été
déployés à Monrovia pour accroître la sécurité de l'ambassade
américaine, qui a été bombardée par les rebelles du LURD.
De plus, une centaine de militaires avec trois hélicoptères
et un avion sont basés au Sénégal et en Sierra Leone, en
vue d'une évacuation éventuelle de personnels à Monrovia.
Depuis
plusieurs semaines, le président Bush envisageait une intervention
au Liberia, un pays d'Afrique de l'ouest fondé au siècle
dernier par d'anciens esclaves noirs des Etats-Unis. Mais
un débat partageait l'Administration sur une intervention
potentiellement risquée dans une région où les intérêts
vitaux de l'Amérique ne sont pas en jeu. Ainsi, le secrétaire
d'Etat, Colin Powell, a recommandé la semaine dernière une
intervention en estimant : « Nous avons intérêt
à ce que l'Afrique de l'ouest ne se désagrège pas ».
Mais le Pentagone reste réticent, alors que les forces américaines
sont déjà engagées dans plusieurs parties du monde, de l'Iraq
à l'Afghanistan. Par ailleurs, les pertes militaires de
la mission humanitaire en Somalie en 1993 ont laissé un
souvenir cuisant.
Dans
une première réaction officielle, le Liberia s'est réjoui
de l'annonce de la décision américaine, tout en souhaitant
que le mandat de cette force soit clairement défini. Il
s'agit d'« un pas important dans la bonne direction
qui pèsera sur le rétablissement de la paix et de la stabilité
au Liberia », a affirmé dans un communiqué le ministre
libérien de l'Information, Reginald Goodridge, qui insiste
toutefois sur la nécessité de consulter le gouvernement
du président Charles Taylor sur le rôle et le mandat de
la force de paix ouest-africaine. Pour sa part, le secrétaire
général des Nations-Unies, Kofi Annan, s'est dit « heureux »
d'une « mesure importante » qu'il réclamait
de la part de Washington, et a demandé aux autres Etats
membres de l'Onu de contribuer à un déploiement rapide de
la CEDEAO.
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| Chérif
Albert |
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Vers
une tragédie humanitaire |
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Les
combats incessants qui ont repris depuis près de deux semaines
ont désormais pour scène le centre de la capitale, Monrovia.
Une ville qui a essuyé la semaine dernière de nombreux bombardements,
dont loyalistes et rebelles se rejettent respectivement la
responsabilité. Au cœur d'un conflit face auquel la communauté
internationale a affiché un attentisme dévastateur, les civils
ne sont plus épargnés.
Une
pluie d'obus s'est abattue ces derniers jours sur Mamba Point,
quartier diplomatique où se trouve notamment l'ambassade des
Etats-Unis, et à Newport, dans le centre de la capitale libérienne,
où d'intenses combats à l'arme lourde entre rebelles et forces
gouvernementales se poursuivaient tuant des dizaines de civils.
« Ces
bombardements aveugles tuent et mutilent des civils, et menacent
désormais les quelques structures médicales qui continuent
à fonctionner », souligne un communiqué de l'organisation
humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF).
Des
dizaines de milliers d'autres civils errent dans les rues
à la recherche d'un abri de fortune, d'un peu de nourriture
et d'eau. Selon les agences humanitaires, les différentes
offensives rebelles depuis début juin ont fait 200 000
déplacés à Monrovia, soit un habitant sur cinq, et un millier
de victimes, majoritairement civiles. « La population
ne tient plus, ils sont en train de crever du choléra. On
a tellement de blessés qu'on ne peut même plus les accueillir.
Les approvisionnements en eau sont très difficiles, on ne
trouve plus de nourriture, je ne sais même pas comment ils
tiennent encore », s'exclame Alain Kassa, l'un
des chefs de mission de Médecins Sans Frontières (MSF).
La
pénurie alimentaire est de plus en plus aiguë dans la capitale
libérienne, ont averti les agences des Nations-Unies, qui
mettent en garde contre « une des pires tragédies
humanitaires de la région ». Dans le quartier oriental
de Paynesville, sur la route de l'aéroport, le stade Samuel
Doe, où le gouvernement du président Charles Taylor avait
appelé début juin tous les déplacés à se regrouper après une
première offensive rebelle, est considéré comme l'un des lieux
les plus sûrs de la capitale libérienne. Quelque 30 000
déplacés s'entassent dans ce complexe sportif, aussi gigantesque
que vétuste, où seulement 16 sanitaires sont en état de marche.
Ici comme ailleurs, les vivres et les médicaments manquent.
« Notre
crainte est qu'il y a probablement des gens chez eux qui ne
peuvent atteindre un dispensaire pour se faire soigner et
qui sont en danger et peut-être en train de mourir »,
s'inquiète pour sa part la porte-parole de l'Organisation
Mondiale de la Santé (OMS), Christine McNab. Selon elle, 1 950
cas de choléra ont été décelés depuis le 6 juin.
Les
humanitaires tirent la sonnette d'alarme sur la situation
humanitaire à Monrovia où ils ne peuvent plus se déplacer
pour aider les civils victimes des combats entre forces gouvernementales
et rebelles libériens. « Les habitants de Monrovia
se terrent chez eux et ne survivent qu'avec le peu de stocks
disponibles dont ils disposent pour l'instant. La situation
est encore plus désastreuse pour les déplacés, arrivés démunis
de tout », explique Frédéric Bardou, chef de mission
d'action contre la faim à Monrovia. Tandis qu'à l'extérieur
de la capitale, un grand nombre de civils sont hors d'atteinte.
Ruud
Lubbers, haut commissaire de l'Onu aux réfugiés, a renouvelé
son appel au déploiement immédiat d'une force de maintien
de la paix au Liberia, en raison de « l'extrême gravité
de la situation ».
« Il
y a de nombreuses informations faisant état de graves et systématiques
violations des droits de l'homme, d'exécutions extrajudiciaires,
de tortures, de violences sexuelles, de disparitions et de
détentions arbitraires dans des conditions extrêmement dures »,
selon le porte-parole du haut commissariat des Nations-Unies
pour les réfugiés, Ron Redmond, qui mentionne des informations
recueillies auprès d'ONG. « Sur la route, les attaques
sont fréquentes, les gens qui ont pris la fuite se font voler
les rares choses qu'ils ont pu emporter. Ce genre de choses
est très fréquent aux postes de contrôle où les mauvais traitements
et extorsions en tout genre sont habituels », lit-on
dans un rapport sur la situation des civils libériens publié
par Médecins sans frontières-Belgique.
S'insurgeant
contre « l'indifférence générale » et appelant
à une « action concrète et immédiate », les
agences humanitaires sont unanimes à juger que « l'attentisme
observé actuellement par l'Administration américaine coûte
des vies ».
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