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Iraq . Le Conseil de gouvernement transitoire peine à nommer les ministres et à mettre en place les modalités de son règlement intérieur, alors que les forces de la coalition traquent Saddam et ses partisans.
L'exécutif patine

La tâche du nouveau Conseil de gouvernement transitoire iraqien s'annonce ardue. Avec un droit de veto américain récusé, une légitimité contestée par une large tranche de la population qui le considère comme étant non-représentatif des Iraqiens, et une marge de manœuvre réduite, le conseil semble démarrer difficilement sa mission.

Deux jours de suite, lundi puis mardi, le conseil s'est de nouveau réuni au grand complet pour examiner la question de la présidence de cet organe exécutif, avancer dans la formation des ministères et mettre en place la commission préparatoire à la rédaction de la Constitution.

Commentant la réunion de lundi du conseil, Hoshyar Zebari, membre du bureau politique du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK, de Massoud Barzani), a indiqué dans les colonnes du journal Al-Taakhi (PDK), que « le conseil a discuté des questions touchant à la présidence. Le choix de cette présidence sera fait prochainement » sans donner d’autres précisions.

« Il existe des différences d'opinion (au sein du conseil) sur la forme de la présidence : un président ou une présidence collégiale », a-t-il poursuivi. Pour sa part, le quotidien indépendant Azzaman estime que le conseil penche pour la formation d'« une présidence sous la forme d'un triumvirat par alternance ». Dans le même journal, Abdel-Aziz Hakim, qui représente l'Assemblée Suprême de la Révolution Islamique en Iraq (Asrii-chiite) au sein du conseil, a minimisé les divergences sur le choix de la présidence. Il a indiqué par ailleurs que les ministères seraient formés dans les prochains jours. A propos de la constitution de ces ministères, Mohammad Bahr Al-Oloum, un ouléma libéral qui assure provisoirement la présidence du conseil, affirme « préférer un gouvernement de technocrates ».

Avant le début de la réunion, ce dernier avait déclaré qu'aucune annonce sur le choix des ministres ne sera faite de sitôt. Il a de même nié l'existence d'« une liste de noms » toute prête, alors que de source diplomatique occidentale, on avait plus tôt affirmé qu'une liste avait été préparée par la coalition américano-britannique et soumise à des membres du conseil.

Un autre membre de l'exécutif, Abdel-Aziz Al-Hakim a, pour sa part, précisé à la presse que la nomination des ministres aura lieu dans les jours à venir. D'autres sources ont indiqué que d'autres réunions cruciales sont prévues dans les jours à venir pour le conseil, qui détermineront la formule de la présidence : tournante, troïka ou collégiale.

Par ailleurs, dans le souci de gagner en crédibilité, le conseil doit annoncer un calendrier pour le processus constitutionnel.

Toutefois, deux semaines à peine après sa création, le Conseil de gouvernement transitoire est en manque de crédibilité. Pas seulement parce que les mesures concrètes se font attendre. En effet, nombreux sont ceux qui voient en ce conseil un organe qui ne représente pas le peuple iraqien (voir encadré) et qui mettent carrément en doute sa légitimité. Ainsi, l'influent dignitaire chiite iraqien, Moktada Al-Sadr, a appelé samedi à Najaf à la mise en place d'un « Conseil populaire » pour diriger le pays, en remplacement du Conseil de gouvernement transitoire selon lui « illégitime » et nommé par les Etats-Unis.


Saddam bientôt capturé ?

Les Etats-Unis, de leur côté, semblent à l'heure actuelle davantage préoccupés par la traque de Saddam Hussein, après la mort de ses deux fils Oudaï et Qoussaï la semaine dernière dans un raid américain à Mossoul ; mais aussi par la traque de la résistance qui fait de plus en plus de victimes parmi les GI's.

Un officier américain, dont les unités sont engagées dans la recherche des partisans du régime iraqien déchu, a affirmé que l'armée américaine était en train de « briser l'échine » de la guérilla anti-américaine à Tikrit, l'ex-fief de Saddam Hussein. « La vie devient dure pour ces gens. Ils sont en train de perdre leur mobilité. Nous ne sommes plus en train de riposter simplement à leurs attaques, nous prenons l'initiative de les attaquer », a affirmé à la presse le colonel Jim Hickey, de la 4e division d'infanterie (4ID). En dépit du démantèlement du réseau des partisans de Saddam Hussein, le colonel Hickey estime que le dictateur déchu dispose encore de caches et de refuges potentiels. « Au cours du week-end écoulé, la 4ID a arrêté 13 gardes du corps de Saddam Hussein et les forces américaines ont reçu un flot d'informations depuis l'opération réussie contre Oudaï et Qoussaï », a-t-il dit.

Le chef d'état-major adjoint, le général Richard Myers, a abondé dans le même sens. Il a indiqué au cours d'une tournée à Tikrit que « les Iraqiens fournissaient une grande quantité d'informations sur les caches d'armes et les partisans de Saddam ».

D'autres sources militaires américaines citées dimanche par la chaîne Sky News ont indiqué que les troupes ont manqué de seulement 24 heures pour mettre la main sur le chef de la sécurité de Saddam Hussein — et peut-être l'ex-président lui-même — dans un raid à Tikrit, au nord de Bagdad. Le lieutenant-colonel, Steve Russel, de la 4ID, a déclaré que des soldats avaient effectué un raid sur trois fermes de Tikrit, le fief de Saddam Hussein, après avoir reçu un renseignement selon lequel son chef de la sécurité séjournait dans l'une d'elles. Dans leur traque des membres de l'ancien régime, les troupes américaines ont mené dimanche soir un raid sur une maison du quartier Mansour à Bagdad, pensant que Saddam Hussein s'y cacherait, selon des témoins. Le propriétaire de la maison, apparenté au président déchu, qui ne se trouvait pas chez lui au moment du raid, a affirmé que cinq Iraqiens avaient été tués dans des échanges de tirs, dont il n'a pas précisé l'origine.

Le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, a de son côté déclaré à la chaîne de télévision américaine NBC : « Ce qui s'est passé la semaine dernière avec ces deux misérables créatures (Oudaï et Qoussaï) encouragera les gens à se présenter ».

Toutefois, toutes ces déclarations qui portent à croire que la coalition contrôle la situation et est sur le point de mettre la main sur Saddam et sur les derniers résistants n'empêchent pas les attaques contre les soldats américains.

Depuis le 1er mai, date à laquelle le président américain George W. Bush avait annoncé la fin des opérations militaires majeures en Iraq, 49 militaires américains ont été tués dans des attaques armées. En outre, 55 soldats sont morts hors combat et 375 ont été blessés, selon des sources militaires américaines. Les cinq derniers soldats ont été tués dans des attaques séparées, samedi et dimanche près de Bagdad et à Baaqouba (60 km au nord-est de Bagdad).

Abir Taleb

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« Les Américains ont la même politique que Saddam »
Qaïs Alazawi, membre du bureau politique du Mouvement socialiste iraqien et rédacteur en chef du journal Al Jerida, lancé le 21 mai dernier, explique pourquoi il ne croit pas au Conseil de gouvernement transitoire créé par les Etats-Unis.

Bagdad,
De notre envoyée spéciale —

Al-Ahram Hebdo : A l’origine, les Américains voulaient un Conseil consultatif en Iraq. Finalement un Conseil de gouvernement est né avec de vraies prérogatives, n’est-ce pas un progrès ?

Qaïs Alazawi : Pas vraiment. Le droit de veto dont disposent les Américains est inacceptable, même si Bremer a déclaré qu’il voulait s’abstenir de l’utiliser. De même, le fait que le Conseil ne puisse pas nommer d’ambassadeurs mais seulement des chargés d’affaires à l’étranger est inadmissible. Et puis surtout, cet organe ne découle pas d’élections. Nous avions demandé, comme nombre d’autres forces politiques, que le gouvernement soit élu par une assemblée représentative du peuple, de toutes les tendances.

— Vous voulez dire que le Conseil n’est pas représentatif ?

— Non, il ne l’est pas. Ce pays comporte 75 % d’Arabes et ils sont mal représentés contrairement aux Kurdes, en raison de la présence de fondamentalistes chiites et sunnites. La représentation islamique est trop importante. Les religieux ont certes un poids dans la société mais il ne faut pas oublier que l’Iraq est un Etat laïque depuis 1920.

— Est-ce que le Mouvement socialiste a été associé aux discussions qui ont présidé à la création du Conseil ?

— Oui, nous avons fait partie du Groupe des 15, forme élargie du Groupe des 7, avec lequel les Américains négociaient depuis la fin de la guerre. Le groupe des 7 était déjà paralysé par les conflits. Vous allez voir, à partir de cet automne, les manifestations vont se multiplier dans le pays et les démissions au sein du Conseil vont se succéder. Nous avons refusé de participer au nouvel exécutif en raison du contrôle américain. Et nous avions déjà refusé de participer aux conférences (de l’opposition iraqienne en exil) de Salaheddine et de Londres, organisées par les Américains. Notre point de vue et nos critiques dérangent les forces de la coalition.

— Est-ce que cela signifie que vous demandez le départ des Etats-Unis ?

— Les Américains font la même politique que Saddam. Ce dernier obligeait les partis à accepter sa politique par la peur et les Américains font de même par l’argent. Et puis ils ont laissé tout brûler sauf le ministère du Pétrole. La reconstruction est monopolisée par une société américaine, Beqtel, qui sous-traite avec des hommes d’affaires iraqiens acquis aux Américains comme Chalabi ou Pachachi.

Nous acceptons les Américains à condition qu’ils fassent partie d’une force internationale, comme en Afghanistan ou au Kosova. Nous acceptons l’aide internationale pendant la mise en place d’un processus de démocratisation mais la politique du pays doit être aux mains des Iraqiens.

— Quel est votre programme à court terme ?

— Nous allons continuer de critiquer le pouvoir en place et de réclamer un exécutif indépendant. Nous allons mobiliser les gens en faveur d’un Etat laïque avec séparation des pouvoirs. Nous avons 16 bureaux dans le pays et nous organisons des rassemblements pour discuter de l’avenir du pays. La population a soif de savoir. Les gens nous interrogent, ils sont méfiants par rapport au socialisme, dont nous nous revendiquons, parce qu’ils l’assimilent à l’ère Saddam. Nous expliquons que nous sommes des socialistes démocrates, comme il en existe en France, en Allemagne ou en Scandinavie. Il y a beaucoup de laïcs, à Kerbala (l’une des grandes villes saintes chiites) par exemple, qui ne veulent pas voir les religieux au pouvoir. Et je pense que nous représentons une vraie alternative. A nous de convaincre.

Propos recueillis par
Emilie Delouvrier

 

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