La
sortie d'une deuxième partie du film Al-Lembi, sous
le titre de Elli bali balak (On se comprend ...)
, était tout à fait chose inattendue. Nul ne pouvait croire
qu'une deuxième partie pourrait être consacrée à ce personnage
idiot et futile qui a fait une première apparition en tant
que rôle secondaire il y a quelques années dans la comédie
Al-Nazer (Le Proviseur). Lors de sa projection, Al-Lembi
avait soulevé un débat houleux parmi les critiques et les
spécialistes, en dévoilant des recettes sans précédant dans
l'histoire du cinéma égyptien.
La
nouvelle comédie de Waël Ihsane, Elli bali balak, aurait
dû signer la mort du personnage. Pourtant, elle se présente
comme une véritable résurrection. Il s'agit quand même d'une
comédie assez équilibrée, malgré la présence de quelques graves
erreurs dans la structure. Et le scénario n'a rien à voir
avec les fous rires de première partie. Cette fois-ci le personnage
a droit à une certaine dimension dramatique. Il progresse
et ne se montre plus comme un personnage absurde, nonchalant
et nihiliste. C'est plutôt un personnage en chair et en os,
qui, sous l'effet de l'amour, se révèle et assume ses responsabilités.
Cela n'empêche. Quand le générique défile sur l'écran à la
fin du film, on se pose la même question qu'à la fin de chaque
comédie : Et après ?
Durant
les premières séquences, Al-Lembi parle dans son accent habituel,
détachant les syllabes au point que l'on a du mal à comprendre.
Et garde toujours son fameux couteau en main. Cette fois-ci,
il doit voler des documents possédés par son oncle pour éviter
que ce dernier ne le mette à la porte, le chassant de l'appartement
où il vit. Il établit ainsi sa propre justice, selon ses propres
codes. Néanmoins, il ne tardera pas à être jeté en prison.
Là, le film prend carrément une autre tournure, une autre
ambiance et des personnages inattendus apparaissent. La fiction
ne mise plus sur les effets comiques ou les jeux de mots,
mais plutôt sur le comique de situation, notamment par le
biais du directeur de prison interprété par Mohamad Saad (le
même comédien qui tient le rôle d'Al-Lembi). Son jeu et le
timbre très différent de sa voix nous font croire que derrière
la vulgarité du personnage d'Al-Lembi se cache un véritable
comédien qui sait pénétrer au plus profond du personnage sans
abandonner la gestuelle et les effets comiques qui l'ont rendu
célèbre auprès du public. Le directeur, Riyad, est un officier
sévère, très austère, qui traite les gens comme les pions
d'un jeu d'échec. Il ne tolère guère que l'on touche à son
autorité. Le paradoxe des personnages Riyad et Al-Lembi, et
le va-et-vient entre eux reflètent assurément le talent de
Mohamad Saad.
Le
réalisateur Waël Ihsane a réussi à incarner le monde des prisons
en mêlant admirablement réalisme et fantaisie. Plus encore,
il présente des personnages secondaires très bien dessinés
comme celui du directeur adjoint interprété par Hassan Hosni,
qui tente de se réhabiliter après une veine de petits rôles
stéréotypes qui n'étaient pas à la hauteur. Il y a également
le personnage de la médecin interprétée par Abla Kamel, qui
abandonne le rôle de la mère d'Al-Lembi qu'elle tenait dans
la première partie pour renouer avec son talent habituel.
Et enfin, celui de l'homme d'affaires incarcéré pour détournement
de fonds publics.
En
dehors du bagne, il y a l'idylle finement brodée, qui lie
les cœurs d'Al-Lembi et de la femme du directeur. Celle-ci
transformera la vie de ce dernier, constituant l'épine dorsale
du film.
Les
dialogues sont par ailleurs assez émouvants à l'instar de
la conversation entre Al-Lembi et l'adjoint du directeur,
ou encore le discours prononcé par Al-Lembi lors de la visite
d'une délégation d'associations des droits de l'homme. Le
film regorge en effet de situations comiques, qui ne nuisent
en rien à la construction dramatique. Une agréable surprise
sur tous les plans, après le choc foudroyant provoqué par
Al-Lembi I.
Mohamad
Saad est le ferment d'un bon comédien qui toutefois doit énormément
travailler pour rompre totalement avec le fantôme tonitruant
du premier Al-Lembi. Il sait doser la farce et le burlesque,
rappelant les grands comiques tels les Frères Marx et Mr Keaton.
Saad semble avoir ôté le costume du fou du roi pour mettre
le masque doré du comédien. |