Femmes
voilées, hommes en djellabas, accompagnés de leurs enfants,
jeunes gens de toutes les couleurs. La foule fait la
queue devant le guichet de la Citadelle par le portail
situé du côté de l'avenue Salah Salem. Ils viennent
pour la plupart des quartiers avoisinants assister aux
soirées organisées par les théâtres et cafés du Mahka
à la Citadelle entre 18h et minuit, en échange d'un
billet de 1 L.E à l'entrée. Une fois les navettes assurant
le transport jusqu'à l'enceinte de la Citadelle arrivées,
un autre monde se révèle. C'est quasiment la foire,
au cœur de cette prestigieuse forteresse de Salaheddine :
kiosques de bouquinistes, cafés littéraires, podiums,
lieux d'exposition et échoppes d'artisanat. Ce, sans
mentionner les charrettes qui servent le kouchari
(mets populaire a base de lentilles) ou la halabéssa
(boisson de pois chiches pigmentée).
Sous
une tente bédouine, plusieurs applaudissent le folklore
de la ville de Matrouh (ville de la Côte-Nord), et écoutent
le chanteur Yéhia Abdallah, accompagnant la danse typique
d'Al-Haggala, sur fond de luth et de mizmar.
Un
peu plus loin, au Café culturel, se tient le colloque
intitulé Conflit des générations. Tous les soirs,
il propose une rencontre croisée entre deux poètes ou
deux écrivains qui appartiennent à deux générations
différentes. Comme d'habitude, le colloque a une petite
heure de retard, l'un des interlocuteurs n'étant pas
encore arrivé. Pour distraire le public déjà restreint,
les organisateurs ont recours à des cassettes de Chérine
ou Amr Diab pour mettre de l'ambiance. Ce soir-là, c'est
le poète et professeur de philosophie, Hassan Teleb
et le jeune Hayssam Khachaba qui a signé son premier
recueil il y a un an environ, qui échangent leurs points
de vue. Quelques badauds restent debout à l'entrée du
café. Ils prêtent attentivement l'oreille, tentant de
mieux comprendre de quoi il s'agit. Plus tard, dans
l'assistance, un ingénieur fait un petit commentaire
sur le poème lu par Hassan Teleb évoquant le déluge.
Il y a vu un rapprochement avec les crues du Nil avant
la construction du Haut-Barrage ! Un autre, fonctionnaire
de la compagnie d'eau potable, a l'air de mieux s'y
connaître. Il essaye poliment d'évoquer le débat autour
du vocabulaire savant et classique du grand poète. Questions
naïves ou profondes, un semblant de débat a quand même
eu lieu, avant d'être rapidement interrompu par le bruit
des tambours et la forte musique provenant du théâtre
voisin.
C'est
en fait, le spectacle de Walid Aouni Bent Al-Nil,
(Fille du Nil) qui se prépare sur le théâtre Mahka.
Cette ensemble de danses des quatre coins d'Egypte n'est
censé commencer que vers 22h. Une dame et ses enfants,
attirés par la musique, se demandent : « De
quoi s'agit-il ? ». Et sans obtenir
une véritable réponse, sans savoir qui est Walid Aouni,
elle essaye de se trouver une place pour elle et les
filles, dès les répétitions. Dans ce spectacle, Walid
Aouni s'est inspiré de l'œuvre de Stravinsky Le Sacre
du printemps. Il a bien utilisé le décor naturel
offert par les murs du site, seul l'arrière-plan change
d'éclairage de temps à autre. Le spectacle réunit la
troupe de danse moderne d'Aouni et différentes troupes
folkloriques d'Egypte. Les jours qui viennent, ce même
théâtre accueillera des concerts du luthiste Nassir
Chamma, de la percussionniste Nesma Abdel-Aziz, etc.
De quoi rendre ce site, l'un des plus attirants de la
Citadelle durant les nuits du forum. « Le public
de la Citadelle est composé de gens simples qui n'ont
pas l'habitude de mes concerts à l'Opéra ou autres.
Pour ce, je tente de présenter un programme issu de
notre héritage musical, présenté d'une nouvelle manière
dans ce cadre familier et intime », souligne
Nassir Chamma qui se produira jeudi soir au théâtre
de Mahka.
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En
fait, le forum accorde une importance accrue aux activités
artistiques cette année, alors que l'an dernier à sa
première édition, il était plus centré autour du livre,
à tel point de s'intituler le Forum du livre, avec l'ambition
de faire office d'une mini-foire du livre. Le critique
littéraire Sami Khachaba souligne cet avis : « Cette
année, le forum a évolué dans un sens plus artistique
surtout que l'été c'est une saison de vacances ou les
gens cherchent à se détendre ». Et à l'écrivain
Ibrahim Abdel-Méguid de réitérer : « Le
forum crée une relation directe avec les petites gens
à travers les spectacles. C'est déjà pas mal même si
un peu mal organisé ».
Cela
n'empêche que cette édition est marquée par une forte
compétition entre les stands tenus par les multiples
maisons d'édition. Les réductions des prix varient entre
20 % et 50 %. Le public s'intéresse plus aux
offres très bon marché. Par exemple, les éditions de
l'Organisme général du livre propose 20 livres de la
série Maktabet al-osra (Bibliothèque de la famille
parrainée par Suzanne Moubarak) à 5 L.E. De son côté,
la maison d'édition Madbouli a créé deux stands :
l'un ou les anciennes éditions se vendent à 5 L.E.,
et l'autre ou tout est à 1 L.E. Il en est de même pour
le Haut Conseil de la culture. Une raison pour laquelle,
il y a un va-et-vient continu du côté des maisons d'édition,
jusqu'à ce que ces dernières ferment boutique, juste
avant minuit. Les vendeurs s'apprêtent à fermer, rangeant
leurs étagères et enveloppant leurs stands d'un tissu
au motif populaire, non sans rappeler les tentes des
fêtes foraines.
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