Cinq
grandes peintures en plâtre avec 55 autres pièces de différentes
dimensions sont l'objet d'une exposition organisée par le
Musée gréco-romain à Alexandrie. Ces pièces sont les plus
récentes découvertes de la mission égypto-espagnole qui
travaille à Bahnassa, ville située à 190 km au sud du Caire.
L'ancienne appellation de cette ville est Oxyrhynchus.
« D'après
le style artistique de ces pièces, on constate qu'elles
remontent au début de l'époque chrétienne », explique
Mansoura Awad, chef du secteur copte au Musée gréco-romain.
A cette époque, les Egyptiens conservaient encore leurs
coutumes pharaoniques bien qu'ils aient adhéré au christianisme.
Ils ont alors exprimé ce nouveau culte d'après leurs anciennes
coutumes. La peinture du prophète Jonas, la plus importante
pièce de toute l'exposition, en est l'exemple par excellence.
Sur cette peinture, on remarque le prophète Jonas qui sort
d'un crocodile au lieu de sortir d'une baleine. « Le
crocodile a remplacé la baleine parce qu'il est mieux connu
par les Egyptiens. Et en même temps, cet animal avait une
importance religieuse à l'époque pharaonique »,
explique l'experte. Quant à la baleine, elle est inconnue
des Egyptiens, poursuit-elle.
Aussi la domination
du culte pharaonique se voit dans une autre peinture, où
le défunt se présente à Dieu. Ce dernier est symbolisé par
la croix entourée de la Couronne immortelle dont les fleurs
et les feuilles ne meurent jamais. Derrière lui, apparaît
une femme voilée qui pourrait être sa mère ou sa femme.
Cette scène est prise ou inspirée des tombes pharaoniques
que l'on rencontre fréquemment. Petite différence, « il
n'y a pas de résurrection après la mort » explique-t-elle.
Les trois autres
peintures se complètent. Cependant, on ne sait pas au juste
d'où elle commence et où elle se termine. Au centre, on
peut voir clairement quelques marches d'escaliers qui se
dirigent vers une enceinte. « Ces marches symbolisent
l'arrivée de l'âme au ciel dans l'art copte »,
explique l'experte. A gauche, on aperçoit un soldat d'après
ses souliers et auprès de lui, un citoyen. En bas sont rédigés
les noms de ces deux personnes. A droite, en revanche, on
peut distinguer avec difficulté une partie d'une table funéraire
sur laquelle sont posés deux poissons ainsi que des lampes
qui éclairent l'endroit de la prière. Jusque-là, on est
en train de décrire une scène dans une tombe pharaonique.
Mais petite différence : des rideaux ornés de croix
et des signes de Ankh représentent l'arrière-plan de ces
trois peintures. Ces cinq peintures sont portées
d'une église.
Quant au cinquante
autres pièces, quelques-unes sont de petites tables d'offrandes
en calcaire, d'autres sont des pains sur lesquels sont inscrits
des oudjats (œil d'Horus). Aussi sont exposées des
statuettes d'Ouchepti et des petits yeux d'Horus bleu foncé.
Ces 55 pièces
ne sont pas les seules provenant de Bahnassa dans le Musée
gréco-romain. Ce dernier expose plusieurs autres pièces
sorties d'Oxyrhynchus et en conserve d'autres dans ses dépôts,
notamment une momie sur laquelle sont dessinées la croix
et plusieurs décorations architecturales en marbre et en
calcaire. Toutes ces pièces étaient découvertes grâce aux
missions successives menées par l'archéologue italien Evaristo
Breccia, entre 1927 et 1934 (lire article sur cet archéologue).
Cette ville nous fournit encore beaucoup de trésors avec
la mission égypto-espagnole. Ce qui confirme que Bahnassa
reste un site riche qui n'a pas encore livré tous ses secrets. |