Bob Woodward a commencé son ascension vers
le sommet lorsqu'il entreprit ( avec son collègue Carl Bernstein)
la révélation et la mise à jour du scandale de Watergate,
qui a mis fin à la présidence de Richard Nixon (1974) et
conduit à sa démission de la présidence des Etats-Unis.
Bob Woodward a depuis poursuivi ses progrès et devint actuellement
le doyen du journalisme d'instruction et d'investigation :
une compétence exceptionnelle à pénétrer dans les tréfonds
de la politique, plonger dans ses recoins et ses réserves
en vue de couvrir le plus grand aspect de ces faits et en
dévoiler les plus fins secrets.
C'est là en effet l'exemple d'un journalisme
dévoué, conscient que la pénétration dans les profondeurs
des faits est le droit d'un lecteur qui se méfie et désapprouve
la réduction de la mission journalistique à l'éloge du sultan
et la glorification de ce qu'il a fait ou n'a pas fait.
Cette école sait bien d'ailleurs que son lecteur a aussi
l'occasion d'observer — à travers les programmes
télévisés — les apparences extérieures, voire
superficielles des événements et des faits. L'écrit par
contre a son efficacité et sa force liées à sa capacité
de pénétrer aux profondeurs que l'image ne peut atteindre,
autrement dit à la capacité de passer outre la surface — avec
tout ce qui la distingue : réunions, réceptions, protocole
et célébrations, déclarations propositions, etc. Tout ce
qui n'est en fait que maquillage et décoration, non méthode
de documentation.
Bien que le livre de Bob Woodward paraisse
vers la fin de 2002, que d'autres avant moi, ont entrepris
sa présentation, j'en viens aujourd'hui à le reprendre dans
une logique quelque peu différente : Une logique qui
ne traite pas avec le livre dans son ensemble, mais qui
se concentre dans son contexte sur des images précises,
celles qui reflètent — à mon avis — la
réponse à la question qui m'occupe et occupe d'autres avec
moi, à savoir :
— Comment a pu se produire aussi rapidement
cette permutation des traits du « cheikh »
Ossama bin Laden à ceux du président Saddam Hussein ?
En fait, la question ici n'est pas seulement
le « comment », mais aussi le « qui »,
le « quand », « où »,
et « pourquoi » ; ( autant de questions
primaires — en particulier dans le journalisme
d'investigation représenté par des journalistes étoiles
comme Bob Woodward, Simon Herch et d'autres !).
A supposer — comme je l'ai déjà
proposé dans d'autres occasions — que l'objectif
essentiel de la politique américaine au Moyen-Orient dans
le nouveau siècle était d'ordre impérial, à double face,
visant à la fois la domination de ces terres et la mainmise
sur les gisements de pétrole, il n'en reste pas moins que
la rapidité du déplacement de New York à Kaboul, de Kaboul
à Bagdad est remarquable ! Un transfert rapide et imprévu
qui donne à réfléchir sur la logique propre à la superpuissance
des temps présents, sur ses arrangements et ses concepts
politiques, sa vision face aux événements, son évaluation
des parties en présence et sur la tonalité du discours adressé
à un monde tenu à prendre au sérieux la décision américaine
impériale et décisive — est à suivre qu'on l'accepte
ou non !
Ceci dit, j'ai choisi de m'en tenir dans
ma présentation du livre de Woodward à une méthode proche
d'une bande d'images entendu qu'elle se rapporte dans une
grande mesure à l'esprit même du livre ainsi qu'à l'humeur
américaine, qui a donné au monde l'art cinématographique.
L'art qui présente sa vision du monde sous forme d'une bande
d'images, de cadres qui se succèdent rapidement et se poursuivent.
Les protagonistes paraissent dans toute leur personnalité,
leurs positions, leurs réactions et leurs instincts ... cadre
après cadre, histoire après histoire, idée après idée. Le
livre de Bob Woodward est en fait une histoire au vrai sens
du terme, une histoire qui reconnaît ouvertement qu'elle
transcrit et rapporte de la vérité.
Dans l'introduction du livre, l'écrivain
a pris soin d'enregistrer qu'il s'est entretenu avec le
président Bush à deux reprises — une fois pour
une heure et demie dans son bureau à la Maison Blanche au
mois de décembre 2001 et une autre fois pour deux heures
25 minutes dans sa ferme (Crawford), au Texas au mois d'août
2002.
Il indique ensuite dans la même introduction
qu'il a obtenu l'autorisation de voir les procès-verbaux
de cinquante sessions relatives aux réunions du Conseil
de sécurité nationale, à part la permission d'utiliser — pour
la préparation de son livre — de certains articles
originaux tels les notes et les rapports officiels des séances
de prise de décision.
Bob Woodward a enfin déclaré qu'il s'est
mis en contact avec environ cent hommes et femmes parmi
ceux qui ont joué un rôle dans le cours des événements à
Washington, sous l'Administration de Georges Bush fils,
(au courant de 2001 et jusqu'à décembre 2002 lors de la
remise du livre pour impression).
Il n'a pas omis non plus de lister les
noms de tous ceux qui parmi ces hommes et ces femmes il
s'est entretenu pendant qu'il préparait la matière de son
livre. Il cite notamment :
— Le président des Etats-Unis Georges
Bush.
— Le vice-président, Dick Cheney.
— Le secrétaire d'Etat, Colin Powell.
— Le ministre de la Défense, Donald
Rumsfeld.
— La conseillère à la sécurité nationale,
Condoleezza Rice.
— Le directeur de la CIA, George Tenet.
L'inventaire se poursuit devenant une référence
globale aux 100 plus forts hommes et femmes de l'Administration
américaine actuelle. Cela signifie en somme que les images
présentées dans le livre de Woodward sont originales, les
situations et les énoncés sûrs, les entretiens et les discussions
fidèles. Telle qu'elle se présente, l'histoire de Woodward
est donc indubitablement véridique, digne de confiance comme
directive et base de recherche, sans toutefois interdire
les divergences des points de vue à l'explication ou l'analyse.
En fait, la pluralité des opinions dans
l'explication ou l'analyse n'a de valeur qu'en fonction
d'une appréhension lucide des vérités et des faits, loin
de toute référence à des concepts douteux ou des apparences.
Quelles que soient ces dernières, elles ne peuvent dans
le meilleur des cas présenter qu'une partie de la vérité,
insuffisante bien entendu pour soutenir une opinion correcte.
A l'exemple de tout expert compétent, Bob Woodward a consacré
les deux premiers chapitres de son livre (jusqu'à la page
29), à des citations éclairs en prélude à l'atmosphère de
son histoire : Une tentative de rappel visant la reprise
et l'examen des scènes de cette heure terrifiante de l'histoire
moderne (de huit heures et demie à neuf heures et demie
de la matinée du 11 septembre ), l'heure — dit-on — qui
a changé le visage du monde, tel que « l'après »
et « l'avant » de cette heure semblent
avoir perdu tout rapport entre eux (à noter qu'il s'agit
là d'un slogan expressément amplifié en vue de justifier
les jugements suspects et les crimes commis au nom de la
justice et du droit, voire de la liberté et la démocratie,
etc. Cela rappelle à distance de deux siècles le fameux
cri de Mme de Staël s'exclamant à l'occasion des opérations
terroristes commises pendant la Révolution française :
« Liberté ! Combien de crimes sont commis sous
votnom !).
Les armes de destruction massive que l'Iraq
possède et qu'il s'agit d'éliminer n'étaient pas à cette
heure dans les calculs de la Maison Blanche. Il n'y avait
pas dans ses calculs de dictature oppressive en Iraq qu'il
faut éliminer pour soulager le peuple iraqien. Il n'y avait
pas de liberté ou de démocratie disparues des terres iraqiennes
et qu'il faut raviver avec le nouveau printemps. Il n'existait
pas enfin de rapport entre Bagdad et l'Organisation Al-Qaëda
et ses cellules terroristes répandues à la surface du globe
terrestre et qu'il faut liquider à travers la campagne mondiale
contre le terrorisme.