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Marbre .
Cette industrie égyptienne prometteuse affronte de nombreuses
difficultés, notamment face à la guerre des prix exercée
par les Chinois qui font des transactions douteuses sur
le marbre égyptien. |
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Le jeu astucieux des Chinois
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| 5 heures
du matin, à la zone industrielle pour l'exploitation du
marbre, du granite et des matières de construction du Chaq
Al-Teabane au sud-est du Caire, au moment où les premières
lueurs apparaissent, des dizaines d'étudiants chinois de
l'Université islamique d'Al-Azhar s'y faufilent discrètement
avant l'arrivée des ouvriers et des employés. Leur objectif
est d'acheter le marbre, à prix bas, principalement auprès
des carrières de pierres qui travaillent illégalement. Les
jeunes Chinois viennent chaque jour fouiller la région afin
de s'approprier des
quantités
énormes du marbre brut. Après des marchandages habiles,
ils réussissent à obtenir le m2 du marbre entre 4 et 5 dollars,
contre 12 dollars, le prix normal.
Ce phénomène
croissant menace les producteurs de marbre égyptien. Ces
étudiants chinois individuels, qui ne possèdent ni structure
officielle ni entreprise d'exportation, œuvrent en tant
qu'agents pour des entreprises de marbre en Chine. Ainsi
ils ne payent ni taxes ni douanes, ce qui leur permet d'exporter
les grands stocks du marbre brut qu'ils achètent en cachette,
à un prix inférieur de 40 % à celui du marbre égyptien
exporté. « Les producteurs de marbre en Chine profitent
du fait que les entreprises chinoises sont plus concurrentielles,
vu que les équipements de production sont fabriqués localement,
pour vendre le marbre égyptien à un prix concurrent que
le nôtre. Avec une technologie compétente, une main-d'œuvre
habile et moins chère et des impôts minimes (3 ou 4 %
au maximum), les Chinois ont réussi à produire le marbre
égyptien à 14 dollars le m2, alors que le prix du marbre
égyptien varie entre 18 et 20 dollars le m2 »,
explique Yasser Rached, président de la section des producteurs
du marbre et du granite dépendant de l'Union des industries
égyptiennes.
En fait, ces
Chinois ont recours à la fraude pour pouvoir exporter ces
quantités de marbre brut par l'intermédiaire de sociétés
égyptiennes d'exportation. Ils donnent à ces entreprises
perdantes une commission de 5 % du total du coût de
la transaction pour qu'elles acceptent de la conclure.
Tout a commencé
en 1996 lorsque 3 hommes d'affaires chinois ont créé une
société égyptienne anonyme afin d'établir une usine du marbre
à Badr, ville industrielle sur la route de Suez, pour l'industrie
du marbre. Cette société anonyme devait, selon la loi de
l'organisme d'investissement, créer une usine, embaucher
au moins 150 employés égyptiens pour pouvoir se servir des
carrières de pierres égyptiennes et profiter de 5 ans d'exemption
de taxes en tant qu'usine créée dans une zone industri
Déclin
fatal

Evolution des exportations égyptiennes du marbre en
millions de dollars |
*Prévisions
*Source :
Union des industries
Les exportations
de marbre égyptien ont connu une véritable progression
de 1998 à 2002. Ces dernières, qui se limitaient à
20 millions de dollars en 1995, ont atteint leur maximum
en 2002 avec 200 millions de dollars. Mais malheureusement,
depuis, cette courbe décline en raison notamment des
transactions douteuses des Chinois. |
elle. Cependant,
cette usine n'a pas vu le jour alors que les Chinois ont
profité de tous les avantages. En plus, en 2001, après que
les 5 années d'exemption des taxes se sont terminées, ces
Chinois ont à nouveau formé une nouvelle entreprise avec
un nouveau nom, pour profiter d'une deuxième période d'exemption.
Jusqu'aujourd'hui, cette usine n'a pas été construite et
on ne trouve à son adresse que de simples machines emballées
alors qu'aucune activité n'y existe. « Le gouvernement
a traité ces Chinois en tant que producteurs de marbre.
Ils ont profité de tous les avantages, alors qu'ils ne sont
que des simples commerçants exportant de grandes quantités
de marbre brut sans assumer les lourds fardeaux qu'assument
les producteurs égyptiens : une taxe de la valeur ajoutée
de 33 % et des douanes de 70 % sur les équipements
de production », explique Raouf Georges Abdallah,
PDG de l'entreprise Marmonil pour le marbre. « Ces
facilités leur ont permis de vendre 8,75 millions de tonnes
du marbre égyptien brut à 350 millions de dollars, alors
que leur coût réel ne doit pas être inférieur à 1 milliard
de dollars », ajoute-t-il.
Yasser Rached,
autre producteur, partage cette inquiétude :
« Ces transactions illégales des Chinois ont fortement
menacé nos exportations du marbre vers la Chine. Ces dernières,
qui ont atteint 55 millions de dollars en 2001/2002, ont
chuté de la moitié durant les 4 premiers mois de 2003. Et,
de cette manière, il est prévu que nos exportations vers
la Chine ne dépassent pas vers la fin de l'année les 20
millions de dollars. De même, nos exportations vers le Sud-Est
asiatique, qui a préféré à son tour acheter de la Chine
le marbre égyptien à un prix plus bas, ont chuté de moitié.
On a donc perdu non seulement notre marché principal pour
le marbre en Chine, mais les Chinois ont aussi réussi à
envahir le marché du Sud-Est de l'Asie, des Etats-Unis et
de l'Europe. Pire encore, ils lui ont donné une marque chinoise,
Al-Galala chinois, au lieu d'Al-Galala égyptien ». |
Une industrie agonisante |
| Toutefois,
si l'industrie du marbre est en crise, ce n'est pas seulement
à cause des Chinois. « Il ne faut pas faire assumer
aux Chinois l'entière responsabilité. La bureaucratie et
la complexité du gouvernement égyptien menacent le plus
notre industrie. Si ce dernier accomplit son rôle et protège
notre industrie locale, ces Chinois ne pourront pas être
en infraction », souligne Raouf Georges Abdallah.
En fait, le
secteur du marbre égyptien est un des secteurs importants
en Egypte. Avec un volume d'investissement de 5 milliards
de L.E., ce secteur embauche plus de 200 000 employés
égyptiens. Son importance réside dans sa capacité exportatrice.
Selon le dernier rapport de l'Organisme central de mobilisation
et des statistiques, les exportations du marbre brut ont
atteint en 2002 un montant de 200 millions de dollars.
Mais, malheureusement,
ce secteur affronte des dizaines de problèmes qui entravent
sa relance. Chaq Al-Teabane, 4e région productrice du marbre
au niveau international, et qui renferme à elle seule 80 %
du marbre égyptien, souffre de l'absence de l'électricité,
de l'eau, des routes ainsi que des moyens de transport.
Le plus important est que les usines de cette région ont
recours à des moyens primitifs pour extraire le marbre,
ce qui fait perdre près de 60 % des pierres durant
le taillage.
Les taxes et
les douanes imposées sur notre production et les équipements
importés élèvent le prix final du marbre égyptien de 30 %.
« Malgré tous ces problèmes, nous parvenons à exporter
de grandes quantités de marbre. Imaginez-vous quelles quantités
nous pourrions exporter si tout était réglé. Si les nombreux
problèmes locaux qui menacent l'industrie du marbre étaient
réglés, les exportations pourraient atteindre, dans un court
délai, 1 milliard de dollars », regrette Mahfouz
Haddad, PDG du Haddad Group pour le marbre et le granite.
Le problème
le plus grave qui affronte cette industrie est celui des
douanes. Le gouvernement, supposant protéger la production
locale, impose 43 % des douanes sur le brut importé,
alors qu'il n'impose que 30 % sur le marbre fabriqué.
« De cette manière, le gouvernement favorise la
production importée à la nôtre. Au lieu de nous protéger,
il nous fait assumer des coûts plus élevés. Tous les producteurs
du marbre revendiquent une réduction des douanes imposées
sur le marbre brut à 10 % et une hausse des celles
imposées sur le marbre fabriqué à 40 % afin de protéger
la production locale », explique Yasser Rached.
La plupart
des producteurs égyptiens du marbre se sont mis donc d'accord
que c'est la stratégie du gouvernement qui doit être modifiée.
Les ministère du Commerce, de l'Industrie ainsi que l'Organisme
d'investissement doivent accomplir leur rôle afin de relancer
cette industrie prometteuse. Ces 3 responsables du dossier
se dénient de la responsabilité alors que chacun a sa part
de responsabilité. « Si le ministère du Commerce
contrôle les prix du marbre, il pourra limiter la guerre
des prix qu'exercent les Chinois. Le ministère de l'Industrie
doit réduire les douanes imposées sur les équipements de
production importés. Il doit également accepter de rendre
la valeur des douanes que payent les producteurs sur les
équipements importés au moment de l'exportation. Cela permettra
une réduction d'au mois 10 % du prix du marbre, le
rendanainsi plus concurrentiel sur la scène internationale.
Et finalement, si l'Organisme de l'investissement exerce
son rôle en surveillant l'activité des hommes d'affaires
chinois, ces derniers seront obligés de mettre en place
leur usine. Ils assumeront à ce moment nos mêmes fardeaux
(taxes, douanes, ouvriers). Ils ne pourront plus donc
vendre à ces prix inférieurs », explique Ahmad
Maher, directeur exécutif de la chambre des matières de
construction auprès de l'Union des industries.
« Il
est temps d'agir. Si le gouvernement n'intervient pas tout
de suite, le problème risque de s'aggraver. Au début, nous
avons perdu le marché chinois, maintenant nous avons commencé
à perdre celui du Sud-Est asiatique et si ça continue, nous
allons importer du marbre égyptien. N'est-ce pas tragique ? ! »,
conclue Raouf George, un brin cynique.
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Névine
Kamel et Dahlia Réda |
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