Sommet . La station balnéaire de Charm Al-Cheikh a accueilli mardi 3 juin un sommet arabo-américain centré sur la paix au Proche-Orient.

Nouvel élan pour la paix au Proche-Orient

Charm Al-Cheikh,
De notre envoyé spécial —

La station balnéaire de Charm Al-Cheikh, sur la mer Rouge, a témoigné en ce mardi 3 juin de mesures de sécurité extrêmes. Et pour cause, le sommet qui s'y déroulait réunissait une panoplie de personnalités importantes : le président américain George Bush, le premier ministre palestinien Mahmoud Abbass Abou-Mazen, le prince héritier saoudien Abdallah bin Abdel-Aziz, le roi de Jordanie Abdallah II, et le roi de Bahreïn Hamad bin Issa, qui ont tous été accueillis par le président Moubarak. Objectif de ce sommet arabo américain : relancer les efforts de paix au Proche Orient.

L'état d'alerte a été renforcé et des patrouilles de police parcourent les environs de l'hôtel Four Seasons où réside le chef de la Maison Blanche. Des dizaines de policiers et d'agents des forces spéciales égyptiennes, habillés en noir ont également pris place devant l'hôtel. De même la sécurité a été renforcée aux abords de l'hôtel Mövenpick Golf, qui a accueilli le sommet.

Au menu du sommet : le projet de Feuille de route, la lutte contre le terrorisme, l'Iraq et les réformes économiques entre les pays arabes et les Etats-Unis après l'appel de Washington en faveur d'une zone de libre-échange au Moyen-Orient. Les travaux du sommet ont commencé par une rencontre en tête à tête entre le président Moubarak et son homologue américain George Bush. Peu après, les deux dirigeants ont rejoint les autres participants : le roi de Jordanie, le prince héritier saoudien, le roi de Bahreïn et le premier ministre palestinien. Les discussions ont porté sur la Feuille de route. Ce plan de paix international prévoit la création d'un Etat palestinien, d'ici à 2005. Il a été approuvé tant par les Palestiniens que par Israël.
En se rendant à Charm Al-Cheikh, le président Bush a voulu avoir le soutien du président Moubarak et des dirigeants arabes modérés concernant la Feuille de route. Il a voulu que ce sommet soit marqué par un soutien fort des dirigeants de quatre pays alliés de Washington. Pour l'Egypte, ce sommet était un moyen d'expliquer clairement à Bush la position palestinienne en prévision du sommet d'Aqaba, ce mercredi. En effet, Le Caire a demandé au président Bush de poursuivre ce qui semble être un engagement réel dans le conflit israélo-palestinien, et cette implication est claire au vu de cette réunion de Charm Al-Cheikh. Pour certains responsables égyptiens, les Etats-Unis ont montré qu'ils sont sérieux et veulent jouer un rôle actif dans le processus de paix et renouveler leur engagement pour appliquer la Feuille de route. « La venue de Bush dans la région est en elle-même une preuve suffisante du sérieux du président américain à œuvrer avec les dirigeants de la région pour aboutir à un réglement pacifique du conflit israélo-arabe », a affirmé le chef de la diplomatie, Ahmad Maher. Même si comme l'affirme Ossama Al-Baz, le conseiller politique du président Moubarak, des mesures concrètes doivent encore être prises : « Jusqu'à présent, nous ne pouvons pas dire qu'il y a eu un changement radical dans la politique américaine au Proche-Orient, mais ils tentent toujours et affirment être soucieux d'aider dans la direction de la paix », déclare Al-Baz. L'Egypte est consciente qu'il y a eu soudain un dynamisme américain envers le processus de paix. Elle sait que Bush a commencé à prendre le parti des colombes aux Etats-Unis, et qu'il veut parvenir à mettre en application le première partie de la Feuille de route, dans six mois, pour augmenter sa popularité avant les élections prévues à la fin de l'année. C'était une carte gagnante que l'Egypte a jouée pendant la rencontre Moubarak-Bush. L'Egypte mène parallèlement des discussions avec l'Autorité palestinienne concernant les mesures de sécurité dans les territoires palestiniens. Elle offre à l'Autorité palestinienne une aide sécuritaire afin de stopper la violence et d'arrêter les groupes armés palestiniens. Ce qui va pousser également les Etats-Unis à agir pour faire aboutir la Feuille de route.
Le secrétaire d'Etat Colin Powell a déclaré qu'il est clairement établi qu'Israël démantèle les colonies sauvages de peuplement dans les territoires palestiniens au tout début du processus d'application de la Feuille de route. Pourtant, il semble qu'il n'en sera rien, à moins d'un retournement de dernière minute, sous la pression américaine. « Je crois que nous allons faire des progrès. Je sais que nous allons faire des progrès  », avait déclaré Bush dans un premier temps. Les divergences essentielles entre Israéliens et Palestiniens portent sur la reconnaissance par les Palestiniens d'Israël en tant qu'Etat juif, en échange d'une pleine reconnaissance d'un Etat palestinien. Israël insiste sur cette reconnaissance pour contrer la demande d'un droit au retour des 3,7 millions de réfugiés palestiniens de 1948. Colin Powell a souhaité que les deux sommets débouchent sur un soutien fort à la Feuille de route. L'autre objectif des Etats-Unis à travers ce sommet de Charm Al-Cheikh était que les Etats-Unis ont voulu imposer aux Arabes le premier ministre palestinien, Mahmoud Abbass, comme nouveau dirigeant palestinien. Colin Powell a affirmé que le premier ministre palestinien sera sur le devant de la scène internationale à Aqaba en tant que premier ministre du peuple palestinien, aux côtés du premier ministre d'Israël et du président des Etats-Unis. « Ce sera une occasion pour le président Bush, Abou-Mazen et Ariel Sharon de montrer leur détermination à aller de l'avant », a déclaré Powell. Toutefois les pays arabes modérés se montrent toujours réticents à cautionner une mise à l'écart du chef Yasser Arafat. Le chef de la diplomatie, Ahmad Maher, a affirmé que les dirigeants arabes n'avaient aucune intention de cautionner une mise à l'écart de Yasser Arafat. « Il ne s'agit pas de mettre Abou-Mazen en avant. Arafat est le dirigeant élu et légitime du peuple palestinien, et Abou-Mazen est le premier ministre », a affirmé Maher. Israël et les Etats-Unis s'efforcent de consacrer la mise à l'écart du président de l'Autorité palestinienne qu'ils accusent de laisser se dérouler les attentats en Israël, au profit d'Abbass qu'ils veulent introniser comme nouveau partenaire de la communauté internationale pour les pourparlers de paix. Pourtant, l'Egypte a répété à plusieurs reprises qu'Abbass ne remplacera pas Arafat.

Chérif Ahmed

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