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La
tromperie
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C'est
établi. Le principal argument avancé par les Etats-Unis pour
justifier une guerre contre le régime de Saddam Hussein, la
recherche d'armes de destruction massive, n'était qu'un mensonge
pour leurrer la communauté internationale. Le secrétaire adjoint
à la Défense, Paul Wolfowitz, l'un des artisans de la guerre,
l'a reconnu. Dans une interview au magazine Vanity Fair
à paraître ce mercredi, il a reconnu que la question des armes
de destruction massive n'a jamais été la principale raison
de la guerre menée par les Etats-Unis contre l'Iraq. « Pour
des raisons bureaucratiques (euphémisme voulant dire des
raisons politiques), nous nous sommes entendus sur une
question, les armes de destruction massive, parce que c'était
la seule raison sur laquelle tout le monde pouvait tomber
d'accord », a tout simplement confié le numéro deux
du Pentagone.
Sept
semaines après la fin de la guerre en Iraq, aucune arme de
destruction massive n'y a été trouvée et aucune preuve n'a
été localisée par les centaines d'experts et analystes principalement
américains (CIA, renseignement militaire, FBI) déployés sur
le terrain. La CIA a reconnu mercredi dernier être toujours
bredouille dans sa recherche d'armes de destruction massive
en Iraq alors que le doute monte sur la crédibilité des renseignements
ayant étayé le dossier américano-britannique contre le régime
de Saddam Hussein.
Vu
leur échec à prouver leurs allégations d'avant-guerre, Américains
et Britanniques sont soumis à de fortes pressions pour fournir
des preuves de l'existence d'armes de destruction massive,
de la part des pays qui se sont opposés à la guerre, notamment
la France, la Russie et la Chine. La coalition américano-britannique
a dû ainsi annoncer vendredi l'envoi en Iraq de 1 300
personnes supplémentaires, dont de nombreux analystes et spécialistes
du renseignement. Elle a également lancé, la semaine dernière,
un nouvel appel à la population iraqienne pour obtenir des
informations sur ces supposées armes de destruction massive
et même promis des récompenses aux Iraqiens qui fourniraient
des informations sur l'emplacement d'éventuelles laboratoires
mobiles pouvant avoir servi à la production de ces armes.
Aux
Etats-Unis aussi, les services secrets américains se trouvent
de plus en plus sur la sellette, confrontés à des soupçons
d'incompétence et de manipulation du renseignement à des fins
politiques. « Il ne fait aucun doute qu'il
y a eu énormément de pression sur les analystes pour soutenir
des opinions préconçues », a confié
sous couvert de l'anonymat un responsable américain ayant
vu les rapports concoctés par la CIA avant la guerre. « Il
est possible que cela soit le plus grand canular de l'histoire
en matière de renseignement », a pour sa part déclaré
la vice-présidente démocrate de la commission du renseignement
à la Chambre des représentants, Jane Harman. Le vice-président
démocrate de la commission sénatoriale du Renseignement, John
Rockfeller, a quant à lui demandé aux inspecteurs généraux
de la CIA et du Pentagone d'enquêter sur l'affaire des documents
falsifiés utilisés par l'Administration Bush pour prétendre
que Bagdad avait tenté d'acheter de l'uranium au Niger. Le
7 mars, le directeur général de l'Agence Internationale de
l'Energie Atomique (AIEA), Mohamad Al-Baradei, avait fait
sensation en révélant la supercherie devant le Conseil de
sécurité. Admettant une erreur, l'Administration Bush avait
juré n'avoir joué aucun rôle dans la falsification. Un mois
plus tôt, un rapport britannique officiel sur les efforts
présumés de l'Iraq pour dissimuler des armes de destruction
massive — salué devant le Conseil de sécurité comme « excellent »
par le secrétaire d'Etat Colin Powell — s'était révélé
être un plagiat grossier du mémoire d'un étudiant californien
rédigé à partir d'informations datant de 1991.
Alors
que l'Administration américaine n'a cessé pendant des mois
de « gonfler » la prétendue menace que représenteraient
les armes de destruction massive iraqiennes pour la sécurité
de la région et du monde, il ne fait aujourd'hui aucun doute
qu'il s'agissait d'une grosse tromperie visant à cacher les
véritables raisons de l'invasion américano-britannique.
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Iraq
. Des sénateurs au Congrès américain demandent l'ouverture
d'une enquête sur la crédibilité des informations concernant
la présence d'armes de destruction massive et sur leur éventuelle
manipulation .
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Washington
sur la défensive
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| L'Iraq
détient des Armes de Destruction Massive (ADM). Tel était
le prétexte que les Américains
avaient invoqué pour lancer leur guerre contre ce pays.
Affirmation qu'on a, semble-t-il, quelque peu oublié depuis.
Car, jusqu'à ce jour, rien n'a été trouvé en Iraq. Ni par
les inspecteurs en désarmement, avant la guerre, ni par
les forces de la coalition, pendant et après l'offensive.
La polémique se poursuit ainsi sur les ADM iraqiennes et
l'Administration américaine se trouve ainsi dans une situation
de plus en plus embarrassante. Des sénateurs américains
jugent nécessaire une enquête au Congrès sur la crédibilité
des informations des services secrets concernant les armes
de destruction massive en Iraq et sur leur éventuelle manipulation,
face aux questions pressantes suscitées par l'incapacité
d'en retrouver trace jusqu'à présent. Plusieurs sénateurs
influents, républicains comme démocrates, se sont accordés
à admettre dimanche, au cours de différents entretiens sur
des chaînes de télévision américaines, qu'il était devenu
indispensable d'éclaircir cette situation potentiellement
très embarrassante pour la Maison Blanche.
Déjà,
des inquiétudes ont été exprimées par la commission du renseignement
de la Chambre des représentants sur la qualité des informations
fournies par la CIA sur les ADM en Iraq et les liens entre
le régime de Saddam Hussein et le réseau terroriste Al-Qaëda.
« A la lumière des récents développements en Iraq,
la commission veut s'assurer que l'analyse du renseignement
transmise aux responsables politiques par les agences spécialisées
était exacte, impartiale et à jour », écrivent
ainsi dans une lettre datée du 23 mai au directeur de la
CIA, les président et vice-président de la commission, le
républicain Porter Goss et la démocrate Jane Harman. Ils
donnent à la CIA jusqu'au 1er juillet pour répondre à plusieurs
questions, notamment celles de savoir si les informations
secrètes recueillies étaient suffisantes en quantité et
de qualité, pour justifier une intervention militaire, et
si les sources étaient suffisamment fiables. Ils demandent
également comment ces informations ont été analysées et
transmises et si des points de vue divergents ont été pris
en compte ou minimisés.
De
son côté, Moscou a réclamé lundi que des conclusions soient
rendues rapidement sur la présence ou non d'ADM. « La
situation en Iraq s'est radicalement modifiée et dans ces
conditions la lumière sur le dossier du désarmement peut
être faite dans les plus brefs délais. La Russie estime
que la question du désarmement de l'Iraq reste posée et
qu'il faut se mettre d'accord sur la façon de clore le dossier »,
a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères
Iouri Fedotov. Alors que l'Australie a admis, par la voix
de son ministre de la Défense Robert Hill, qu'il y a pu
y avoir des « imperfections » dans le renseignement
sur l'existence d'ADM en Iraq.
Face
à ces accusations, le président américain et son ministre
de la Défense restent impassibles. Georges Bush a une fois
de plus insisté jeudi que les Etats-Unis possédaient des
preuves de l'existence de ces armes, rappelant la découverte
de deux camions-laboratoires capables de produire des agents
biologiques ou chimiques, même si les analyses effectuées
dans ces deux laboratoires roulants n'en ont pas révélé
la moindre trace. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld,
a lui indiqué récemment que ces armes pourraient avoir été
détruites, enterrées voire déplacées avant le début de la
guerre.
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Une
administration intérimaire dans six semaines
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Cette polémique
intervient alors que les Iraqiens expriment de plus en plus
leur mécontentement face à la présence prolongée des forces
de la coalition et de la tutelle américaine sur tout. Une
colère qui va croissant d'autant plus que la coalition a
annulé la tenue d'un congrès national iraqien, envisagé
depuis plusieurs semaines. A la place, la coalition a annoncé
dimanche la mise en place dans six semaines d'une administration
intérimaire iraqienne, dirigée par un Conseil politique
qui agirait comme un gouvernement embryonnaire. Tutelle
oblige, ce Conseil politique sera formé par la coalition
après des consultations élargies aux différents groupes
iraqiens. Le Conseil politique, qui comptera entre 25 et
30 membres, aura pour principale tâche de conseiller l'administration
occupante dans les domaines économique et politique, selon
des responsables de la coalition. Il devra également nommer
des conseillers dans les différents ministères, qui auront
ensuite un statut de ministres intérimaires. Il devra aussi
préparer un référendum sur une nouvelle Constitution, qui
sera élaborée par une assemblée formée dans un ou deux mois.
Cette
approche a été présentée dimanche au Conseil des sept dirigeants
de l'ex-opposition, désigné par Washington comme le principal
interlocuteur iraqien de l'Administration américaine en
Iraq. Mais les responsables ont indiqué que cette administration
devrait consulter d'autres personnalités et groupes iraqiens,
avant de tenir ce mercredi une réunion élargie qui pourrait
remplacer le Conseil des sept, jugé de moins en moins représentatif
par la coalition.
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| Abir
Taleb
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