Tentatives
de se doter de l'arme atomique. Soutien au terrorisme
et à Al-Qaëda. Entrave à la paix dans le conflit
israélo-palestinien et en Iraq. Les accusations américaines
contre le régime iranien vont croissant.
Après
la chute de Bagdad, les accusations américaines tombent
dru sur l'Iran, qui est devenu une source croissante
d'inquiétude pour Washington. A l'heure où les Etats-Unis
sont confrontés à une difficile
transition en Iraq, l'Iran — un autre pays de
l'« axe du mal » selon l'expression
du président George W. Bush — est mis en garde
avec insistance contre toute ingérence dans les affaires
intérieures de son voisin, où la population est également
en majorité de confession musulmane chiite. Vendredi,
le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld,
a affirmé que les Etats-Unis réagiraient « fermement »
à toute volonté d'instaurer un régime islamique à
l'iranienne en Iraq. Outre cette accusation, Washington
fait monter la pression sur des supposés projets nucléaires
iraniens, après des informations selon lesquelles
Téhéran mettrait les bouchées doubles sur un programme
militaire secret.
Cependant,
Washington, davantage inquiet de la présence de membres
du réseau terroriste Al-Qaëda en Iran, et leur
possible implication dans les attentats de Riyad du
12 mai (34 morts, dont 8 Américains et 9 kamikazes).
« Al-Qaëda est actuellement la question centrale
pour les Etats-Unis. Téhéran doit se débarrasser de
ces gens, car pour Washington, dans ce domaine, la
seule politique est la tolérance zéro »,
estime Judith Kipper, du Council on Foreign Relations,
un institut de politique étrangère. « Nous
serons bien sûr mécontents si des gens d'Al-Qaëda
se trouvent en Iran et complotent contre les Etats-Unis »,
a dit le président américain, demandant leur arrestation
immédiate.
Brandissant
l'arme des menaces, un influent sénateur républicain,
Sam Brownback, a déposé, la semaine dernière, un projet
de loi pour favoriser un changement de régime à Téhéran
en soutenant « le peuple iranien dans son
combat pour la liberté », sans toutefois
parler d'une action militaire. « Washington
aimerait que l'Iran soit dirigé par un gouvernement
élu qui renoncerait au terrorisme et aux armes de
destruction massive », a déclaré, jeudi,
de sa part, Condoleezza Rice, la conseillère américaine
pour la sécurité nationale. Interrogé sur une éventuelle
intervention armée, le ministre américain à la Défense
a répondu que « ce qui pourrait être décidé
dépendra du comportement des Iraniens ».
Ces menaces
jusqu'alors « masquées » ont incité,
jeudi dernier, certains responsables russes à prévoir
une opération militaire américaine contre l'Iran,
lancée depuis l'Iraq mais qui prévoit également l'utilisation
de bases militaires de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan,
selon le quotidien russe Nezavissimaïa Gazeta
(NG) citant des « sources diplomatiques ».
Cette
hypothèse a été pourtant démentie par le président
américain George W. Bush qui a affirmé qu'il s'agissait
de « spéculations sans fondement ».
Le département d'Etat américain a dans le même sens
assuré vendredi que la politique de Washington envers
l'Iran n'avait pas changé, tout en continuant de presser
Téhéran de mettre fin aux activités de membres du
réseau Al-Qaëda sur son sol. « Notre
politique n'a pas changé envers ce pays »,
a répété le porte-parole du ministère américain des
Affaires étrangères, Richard Boucher. « Nous
notons que le gouvernement iranien a coopéré avec
l'Arabie saoudite et le Pakistan entre août et novembre
2002 pour remettre des individus liés à Al-Qaëda »,
a-t-il déclaré.
Bien
que les attaques contre Téhéran ressemblent parfois
beaucoup à celles lancées contre Saddam Hussein, il
est bien clair que les dirigeants américains sont
encore partagés sur la stratégie à suivre, hésitant
entre la menace militaire et la poursuite du dialogue
avec l'Iran. |
Face
à ce déluge d'accusations, Téhéran n'a fait que les
réfuter en bloc, son ministre des Affaires étrangères
Kamal Kharazi allant jusqu'à en « rire ».
« Ces allégations nous font rire, de la part
de pays (les Etats-Unis et la Grande-Bretagne)
qui occupent l'Iraq ». Le guide suprême iranien,
l'ayatollah Ali Khamenei, a de sa part refusé toute
concession aux Américains : « La nation
ne permet pas de battre progressivement en retraite
sous l'effet de la peur jusqu'à la reddition ».
Le Guide a accusé les Etats-Unis de se servir de leur
empire médiatique pour propager le virus de la peur
et de l'angoisse parmi les responsables iraniens.
« Les Iraniens couperont la main de tout agresseur »,
a déclaré l'ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani
lors de la prière du vendredi à Téhéran. « L'Iran
n'est pas un pays à qui l'on peut nuire facilement
et les Iraniens couperont la main de tout agresseur »,
a déclaré l'ancien président, resté très puissant
au sein du pouvoir iranien et dont les propos ont
été accueillis par des « mort à l'Amérique ! »
lancés par la foule des fidèles.
Samedi,
le ministre des Affaires étrangères, Kamal Kharazi,
a réfuté les menaces américaines, affirmant que son
pays résistera à la pression des Etats-Unis, notamment
en matière de recherche nucléaire. « Les Etats-Unis
ne veulent pas que nous ayons accès à la technologie
nucléaire civile, mais nous avons le droit de participer
à ce progrès », a estimé le chef de la diplomatie
iranienne, qui a démenti que son pays cherchait à
se procurer des armes nucléaires. Téhéran dit n'avoir
que des intentions « pacifiques »,
mais il ne signera le protocole additionnel au Traité
de Non-Prolifération (TNP), qui permettrait des inspections
inopinées et plus poussées des installations iraniennes,
qu'à condition que les Occidentaux l'aident dans son
programme nucléaire.
M. Kharazi
a par ailleurs rejeté les accusations américaines
selon lesquelles le régime iranien servirait de refuge
à de hauts responsables de l'organisation terroriste
Al-Qaëda. « Nous avons combattu cette
organisation, nous avons arrêté certains de ses membres
et les avons renvoyés dans leur pays d'origine »,
a indiqué M. Kharazi, affirmant que les membres d'Al-Qaëda
arrêtés en Iran l'ont été avant les attentats de Riyad.
« Les accusations des Américains selon lesquelles
ils sont derrière ces attentats sont fausses car ils
étaient en prison à ce moment-là », a-t-il
déclaré.
Or, sous
une pression croissante de la part des Etats-Unis,
les responsables iraniens ont reconnu la semaine dernière
pour la première fois que des membres du réseau étaient
détenus dans les prisons iraniennes alors qu'il avait
assuré jusqu'alors avoir expulsé tous les individus
arrêtés sur son territoire (environ 500 officiellement)
et suspectés d'être liés à l'organisation. En avouant
pour la première fois la présence des fugitifs d'Al-Qaëda
sur son territoire, voire sa détermination à les juger
lui-même, Téhéran tente-t-il de gagner du temps ou
d'apaiser Washington en lui prouvant sa détermination
à combattre le terrorisme ?
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