| Avec
l'appui de la communauté internationale, les Nations-Unies
se trouvent à « un tournant » de
leur action en République Démocratique du Congo (RDC).
Le Conseil de sécurité de l'Onu ayant décidé vendredi
la mise en place
d'une force multinationale, chargée de rétablir, au
besoin militairement, la sécurité à Bunia, une localité
de l'Ituri, dans le nord-est de la RDC, ravagée par
les violences ethniques.
L'objectif
est de répondre à une situation humanitaire qui rappelle
les massacres du Rwanda de 1994 : des tueries
à caractère ethnique, une population en fuite, des
« Nations-Unies » impuissantes.
Le mandat
de la force est géographiquement limité à la protection
de l'aéroport, des camps de réfugiés et, « si
la situation le rend nécessaire », de la
localité de Bunia en coordination avec le détachement
de la Mission de l'Onu en RD Congo (Monuc), déjà sur
place mais débordé et dans l'incapacité d'intervenir
pour mettre un terme aux violences. Il arrive à expiration
le 1er septembre prochain, date à laquelle la Monuc
espère avoir reçu un renfort de 1 200 Casques
bleus bangalais à Bunia, où ils sont attendus à la
mi-août pour rejoindre les 700 Uruguayens qui s'y
trouvent actuellement.
Mandatée
par le Conseil de sécurité auquel elle rend compte,
la force multinationale ne sera pas pour autant une
mission de l'Onu. A la différence des opérations onusiennes
traditionnelles de maintien de la paix, les soldats
y participant ne porteront pas le béret ou le casque
bleu de l'Onu. Son budget est entièrement à la charge
des pays participants, et non assumé par les Nations-Unies.
Les troupes — faiblement
armées — de maintien de la paix des Nations-Unies,
auparavant déployées en Ituri, étaient soumises à
un mandat qui ne leur permettait pas d'avoir recours
à la force que lorsqu'elles étaient attaquées. La
force internationale décidée vendredi à l'unanimité
par les 15 membres du conseil, sera en revanche autorisée
à utiliser la force si nécessaire. |
La
France qui a été le premier pays à répondre favorablement
à l'appel lancé par Kofi Annan en faveur du déploiement
d'une telle force est la « nation cadre »,
qui en assurera la responsabilité et le commandement.
A Paris, la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie,
a indiqué vendredi que son pays fournira la moitié
du contingent de 1 400 hommes devant être déployés
à Bunia. De source diplomatique, la France devrait
commencer à déployer ses soldats dans les prochains
jours, alors que l'ensemble de la force devrait être
sur place à la fin juin. Les troupes seront envoyées
via Entebbe, l'aéroport de la capitale ougandaise
Kampala, qui servira de base arrière, car la piste
de l'aéroport de Bunia n'est pas suffisamment grande
pour accueillir de gros appareils.
La France
a eu des entretiens avec plusieurs pays au siège de
l'Onu à New York pour leur demander de contribuer
à la force multinationale ont indiqué des diplomates
à l'Onu. L'Afrique du Sud, le Nigeria, le Pakistan
ainsi que la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suède
et l'Allemagne ont été notamment cités parmi les pays
contributeurs. Les Etats-Unis, qui n'enverront pas
de troupes, pourraient assurer une aide logistique
ou financière.
Le secrétaire
général des Nations-Unies avait demandé le 15 mai
aux pays membres de l'Onu de prendre des « mesures
décisives » pour rétablir la sécurité dans
cette région. La mise en place de la force nécessaire
avait été cependant entravée par le Rwanda qui s'opposait
à ce que la France y joue un rôle prédominant. Mais
Kigali, qui accuse la France d'avoir joué un rôle
d'appui aux génocidaires de 1994, a fini par étouffer
ses appréhensions sous la couverture internationale
de cette force.
La décision
de l'Onu constitue un pas de plus vers la réunification
du Conseil de sécurité après les divisions créées
par la guerre de l'Iraq. « Parmi les Européens,
il y avait un désir manifeste de montrer que nous
pouvons après l'Iraq travailler ensemble sur des problèmes
d'affaires étrangères et de défense », a
souligné une source gouvernementale britannique citée
par le quotidien Daily Telegraph. Du coup,
le Congo est même devenu le nouveau « test »
de la crédibilité de l'Onu.
Sur le
terrain, la situation à Bunia, selon des sources onusiennes
et humanitaires, est actuellement « critique »,
la localité qui compte en temps normal plus de 250 000
habitants, étant livrée à des bandes armées incontrôlées,
souvent composées d'enfants. La plupart des habitants
de cette ville ont fui les violences qui ont redoublé
depuis près de trois semaines faisant plusieurs centaines
de morts et des dizaines de milliers de déplacés.
Le général
Roberto Martinelli, adjoint du commandant des forces
de la Monuc, estime que la situation à Bunia demeurait
tendue et craint une attaque imminente de la part
des combattants lendues, ethnie majoritaire du district,
qui s'efforceront de reprendre le contrôle de la ville
à la minorité adversaire, les Hemas. Autant dire que
l'opération internationale en RDC « ne sera
pas dénuée de risques militaires ». |