En
proclamant « la fin de l'ère du laxisme »
au Maroc, deux semaines après les attentats de Casablanca,
le roi Mohammed VI a confirmé le retour en force d'un
discours sécuritaire dans un royaume qui affirmait
sa volonté de démocratisation.
Un débat
de plus en plus acerbe s'était développé au Maroc,
avant même les attentats suicides du 16 mai, sur l'attitude
à adopter face à la progression de l'islamisme, dans
les quartiers de bidonvilles, dont étaient originaires
les kamikazes, comme au plan politique national. « L'heure
de vérité a sonné, annonçant la fin de l'ère du laxisme
face à ceux qui exploitent la démocratie pour porter
atteinte à l'autorité de l'Etat », a tranché
jeudi le roi Mohammed VI, qui n'avait fait aucune
déclaration publique depuis les attaques-suicides
qui ont fait 43 morts dans la capitale économique
du royaume.
Le souverain
marocain a clairement donné le signal du recours à
la manière forte pour « affronter ceux qui
veulent faire revenir le Maroc en arrière et faire
en sorte que plus jamais cela ne puisse se reproduire.
Les lâches qui ont perpétré les attentats et trahi
leur pays ne peuvent appartenir au Maroc et à l'islam ».
Dans son discours à la nation, Mohammed VI s'est efforcé
d'écarter cette perspective. « Le terrorisme
ne nous fera pas dévier de notre voie et le Maroc
continuera sa marche pour la réalisation de son projet
vers la démocratie et la modernité », a-t-il
dit. La lutte contre l'habitat insalubre et l'analphabétisme,
considérés comme favorisant le développement du terrorisme,
ont toutefois fait l'objet de plusieurs projets lancés,
dans les jours qui ont suivi les attentats, par le
roi et par son premier ministre, Driss Jettou.
En effet,
les attentats meurtriers de Casablanca ont accéléré
l'adoption par le Parlement marocain d'une loi antiterroriste
qui renforce considérablement les moyens légaux et
policiers dans ce domaine. Le projet de loi, qui avait
suscité les critiques d'organisations de défense des
droits de l'homme, a été partiellement amendé puis
rapidement adopté à la quasi-unanimité le 21 mai par
la Chambre des représentants avant d'être entériné
le 27 mai par la Chambre des conseillers.
Cette
loi donne une définition large du terrorisme, qui
sera intégrée au code pénal marocain, selon laquelle
sera considéré comme terroriste tout acte prémédité,
individuel ou collectif, ayant pour but de porter
atteinte à l'ordre public par la terreur et la violence.
Le texte aggrave les peines encourues dans tous les
cas de terrorisme, élargissant notamment le domaine
de la peine de mort, assouplissant les conditions
de fonctionnement de la justice et des facilités données
aux enquêteurs, au prix de certaines limitations des
libertés publiques. Cette loi « ne sera d'aucune
utilité contre des terroristes du genre de ceux qui
se sont fait exploser le 16 mai », a prévenu
Abdelhamid Amine, président de l'Association Marocaine
des Droits Humains (AMDH). « Au contraire,
cette loi terrorise la société et ses forces vives »,
a estimé Amine.
Mais
ce projet « ne saurait être mené à bonne fin
que sous l'égide d'un Etat fort, et par la suprématie
de la loi », a aussitôt ajouté le roi, soulignant
fortement le volet « sécuritaire »
de sa nouvelle détermination. En effet, l'enquête
rapidement menée par les autorités marocaines avait
permis jusqu'à présent d'identifier cinq personnes
« directement impliquées » dans les
attentats, les trois candidats-kamikazes et deux autres
suspects, qui ont été déférés devant un juge d'instruction
de Casablanca.
En réaction
à cette chasse aux islamistes, le Parti islamiste
Justice et Développement (PJD) envisage de réduire
sa participation aux élections communales prévues
en septembre pour apaiser « la peur »
de la classe politique d'un raz-de-marée islamiste
après le choc suscité par les attentats du 16 mai,
a indiqué un responsable du parti Saâd Eddine Othmani,
qui a dénoncé « une campagne politico-médiatique »
déclenchée contre son parti depuis le 16 mai. « Cette
campagne nous montre la peur de certains partis des
résultats potentiels du PJD, une peur que nous n'imaginions
pas avoir atteint ce degré », a ajouté M.
Othmani, dont le parti, seule formation islamiste
du Parlement marocain, constitue la troisième force
politique du pays. « Encore une fois, cela
nous conduira à réviser notre stratégie électorale
pour les prochaines communales », a-t-il
dit, en allusion à une décision similaire prise en
septembre 2002 lors des élections législatives. Le
PJD a été accusé par une partie du monde politique
et associatif marocain d'avoir, par ses prises de
positions jugées « rétrogrades »,
indirectement favorisé les attentats. Un responsable
local du PJD a d'ailleurs été arrêté vendredi près
de Kénitra (25 km au nord de Rabat), a-t-on appris
samedi au ministère de l'Intérieur. Il est soupçonné
d'avoir eu connaissance de la préparation des attentats
du 16 mai à Casablanca.
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