Portables . Le gouvernement cherche à entrer dans le capital d'un des deux opérateurs privés de téléphonie mobile. L'opposition et les experts dénoncent l'abandon du projet de 3e réseau.
La saga continue

Plus de 30 questions au gouvernement ont été adressées récemment au Parlement sur le projet de 3e réseau de portables, qui devait être lancé en décembre 2002. Ce sujet est resté au cœur des débats parlementaires durant les trois derniers mois. Les débats sont devenus plus virulents, notamment suite aux positions contradictoires du gouvernement. Le 19 mai dernier, le ministre des Télécommunications, Ahmad Nazif, a annoncé devant les députés que le gouvernement étudie actuellement la vente des fréquences 1 800 mega hz, qui devaient être consacrées à l'installation du 3e réseau, aux deux sociétés de portables privées, MobiNil et Vodafone (ex-Click), pour 2 milliards de L.E. En échange, Egypt Telecom acquérait des parts dans l'une des deux sociétés. « Egypt Telecom négocie actuellement en vue d'obtenir 30 % des actions de Vodafone Misr », souligne une source ministérielle qui requiert l'anonymat. Cette annonce intervient 10 jours après la déclaration du président de la République, Hosni Moubarak, qui a exigé la création du 3e réseau et chargé le Conseil des ministres de préparer les études de faisabilité. « Le président de la République m'a chargé de présenter devant le Parlement tous les détails du projet », a déclaré Ahmad Nazif.


Le monopole contesté de MobiNil et Vodafone
Les députés et les experts en télécommunication ont totalement rejeté cette alternative. « Quel sera l'objectif réel du gouvernement et quel sera l'intérêt de devenir un partenaire dans une société privée ? », se demande Amr Abdallah, ingénieur en communication et directeur financier de Raya Holding. Cependant, le ministre a souligné que cette entrée dans le capital de Vodafone visait à placer Egypt Telecom sur le marché des portables pour augmenter sa valeur commerciale en cas de privatisation, ainsi qu'à économiser plus de 4 milliards de L.E., représentant les coûts de création d'un 3e réseau de téléphonie mobile.

Arguments réfutés par Abdallah, qui assure que cette alternative renforcera le monopole sur le marché. Opinion partagée par Aboul-Ezz Al-Hariri, membre du parti du Rassemblement, qui ajoute que le gouvernement voudrait obtenir de l'argent en vendant la 3e licence aux deux sociétés préexistantes, sans prendre en considération l'intérêt des consommateurs. En effet, l'opérateur public Egypt Telecom avait négocié avec les deux sociétés de portables privées de laisser de côté l'idée d'un troisième réseau et d'interdire l'entrée de tout concurrent sur le marché jusqu'en 2007.

Par ailleurs, Ahmad Nazif a déclaré que « l'étude de faisabilité du projet, préparée il y a trois ans, révèle qu'il y a de gros risques. Il ne sera pas facile de couvrir les dépenses totales évaluées à 6 milliards de L.E., et le projet ne commencera à être rentable qu'après 10 ans. De plus, les chances de croissance du marché sont minimes ». Il explique que les 6 milliards de L.E. comprennent 4 milliards de L.E. représentant les coûts d'infrastructure du réseau. A cela s'ajoute 1,975 milliard de L.E., soit la valeur de la 3e licence obtenue par Egypt Telecom et payée à l'organisme de régulation des télécommunications.

Toutefois, les indicateurs économiques prouvent le contraire. En premier lieu, les chances de croissance du marché des téléphones portables sont considérables. Le marché des télécoms compte actuellement 4,5 millions d'abonnés, soit 2,4 millions pour MobiNil et 2,1 millions pour Vodafone. Nazif lui-même a prévu que ces chiffres passent à 10 millions en 2007. Ce que signifie que les coûts seront couverts rapidement. En second lieu, il est normal que les sociétés de portables soient incapables de couvrir leurs coûts au cours des premières années de fonctionnement. MobiNil a réalisé des pertes de 163 millions de L.E. au cours des 7 premiers mois de fonctionnement du réseau en 1998. Mais elle n'a cessé de réaliser des bénéfices depuis 1999, atteignant 153 millions au cours du premier trimestre 2003. « Par exemple, les résultats de Vodafone étaient au-dessus des estimations des dirigeants, qui ont prévu des pertes subites dans les premières années de fonctionnement », souligne Amr Abdallah. Malheureusement, Vodafone a refusé de dévoiler les chiffres sur les coûts du réseau et sur les profits réalisés. Nazif a annoncé que le chiffre d'affaires annuel des deux sociétés dépassait les 6 milliards de L.E. Par ailleurs, Abdallah s'interroge : « Si les études assurent que le projet n'est pas rentable et que les chances de croissance sont faibles, pourquoi les deux sociétés ont-elles donc proposé à Egypt Telecom de payer 2 milliards de L.E. pour interdire l'entrée de concurrents sur le marché jusqu'en 2007 et abolir la 3e licence ? ». Cette offre suppose que chacune des deux sociétés réalise des profits monopolistiques annuels qui s'élèvent au-delà des 200 millions de L.E. L'association des ingénieurs égyptiens a recommandé la réalisation d'une nouvelle étude par les experts nationaux.


Partenaires introuvables

Moustapha Al-Guébali, expert en communication, estime qu'une nouvelle étude est nécessaire tout en expliquant qu'Egypt Telecom ne pourra pas installer seule le 3e réseau. « La gestion du 3e réseau a besoin de cadres techniques et administratifs compétents, absents actuellement chez Egypt Telecom ».

Nazif a également annoncé l'échec du gouvernement à trouver un investisseur stratégique, qui représente la 2e alternative gouvernementale, pour financer et gérer le troisième réseau. Cet échec est dû au manque de liquidités et à la mauvaise performance des sociétés internationales dans le domaine des télécommunications. Par exemple, les négociations entre le gouvernement et Telefonica, société de télécommunications espagnole, ont échoué après la libéralisation de système de change en janvier 2003. « Il est actuellement difficile de trouver un investisseur stratégique. Les sociétés de télécommunications internationales telles que France Telecom cherchent à réduire leurs coûts pour compenser leurs pertes », ajoute Amr Abdallah. Il recommande d'attendre que les conditions s'améliorent. Cependant, Ahmad Helmi, directeur du département des ventes chez Prime Securities, met en garde contre le report de l'intégration du 3e réseau sur le marché. « Le marché sera saturé en 2007 avec un nombre d'abonnés dépassant les 10 millions et un taux de pénétration de 10 % », souligne-t-il.

Les hommes d'affaires ont proposé une autre alternative qui consiste à lancer au moins 30 % des actions de la société Egypt Telecom en Bourse pour financer le 3e réseau. Mais cette alternative semble difficile à mettre en œuvre. « Ce n'est pas le bon moment pour ce type d'opération. La société va perdre beaucoup », souligne Amr Al-Alfi, vice-directeur de la prospective chez CIBC Securities. La société gouvernementale avait reporté plusieurs fois le lancement sur le marché de 34 % de ses actions pour 100 L.E. l'action à cause de la mauvaise situation du secteur des télécommunications local et international.

Gilane Magdi

Haut de page

Retour au sommaire

La Une    L'événement   Le dossier   L'enquête   Nulle part ailleurs    L'invité   L'Egypte   Affaires   Finances   Le monde en bref   Points de vue   Commentaire   Carrefour   Analyse de Heykal   Portrait   Littérature   Arts   Société   Sport   Escapades   Patrimoine    Loisirs  
Echangez, écrivez
   La vie mondaine  
Al-Ahram Hebdo
hebdo@ahram.org.eg