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Les sommets
de Charm Al-Cheikh et d'Aqaba sont-ils porteurs d'espoir
pour les Palestiniens et les Arabes ? Pourrait-on sortir
du tunnel obscur dans lequel nous sommes entrés à cause
de la guerre contre l'Iraq et l'occupation militaire de
ce pays ?
La réponse
est oui. Mais ce oui est conditionné par la façon de gérer
les relations avec les Etats-Unis et l'application de la
feuille de route selon une conception claire basée sur deux
éléments essentiels. Le premier est qu'il vaut mieux accepter
ce qui est politiquement possible au lieu d'insister sur
ce qui est impossible à réaliser. Le second est qu'il est
préférable d'avoir affaire avec l'administration américaine
actuelle au lieu d'attendre son départ du pouvoir.
Ceci soulève
une question sur ce qui est possible à la lumière des nouvelles
données. Sur le plan palestinien, la « feuille de route »
porte une chance bien que l'expérience des accords d'Oslo
incite au pessimisme. Cette question s'impose avec force
vu que les accords d'Oslo ont abouti à une fin tragique
malgré les grands espoirs qu'ils ont suscités en 1993.
La principale
différence entre Oslo et la « feuille de route »
est que cette dernière permet la proclamation d'un Etat
palestinien et même sa reconnaissance internationale avant
le début des négociations sur le statut final, l'obstacle
sur lequel s'est brisé tout le processus d'Oslo.
Il existe d'autres
différences importantes. La « feuille de route »
oblige Israël à geler toutes les activités de colonisation
dès la première phase alors que cette obligation était absente
dans les accords d'Oslo. C'est ainsi qu'Israël est obligé
de geler la construction de toute nouvelle colonie mais
aussi de ne pas élargir les colonies existantes sous prétexte
de croissance démographique. D'autre part, la « feuille
de route » fait référence à l'initiative de paix arabe
proposée par le prince héritier saoudien et adoptée par
le sommet de Beyrouth en mars 2002. Cette initiative comporte
les principaux droits des Palestiniens comme le droit au
retour des réfugiés, le droit des Palestiniens à avoir Jérusalem
pour capitale et d'autres droits qu'Israël tente de nier.
Ajoutons la
différence qui existe dans le climat politique du processus
de paix. En effet, le processus se concentrera seulement
durant la prochaine étape sur la situation palestinienne.
Ce n'était pas le cas lors de la conclusion des accords
d'Oslo. Ces accords ont été conclus à travers des pourparlers
secrets en dehors du cadre du processus de paix entamé par
la conférence de Madrid en octobre 1991 et se sont poursuivis
à travers des négociations bilatérales séparées tenues à
Washington entre Israël et quatre parties arabes. C'est
ainsi qu'il y a eu une vive concurrence entre les deux parties
palestinienne et syrienne pour savoir qui parviendrait d'abord
à un accord avec Israël. Dans ce climat de manque de confiance,
les négociateurs israéliens ont réussi à jouer sur les deux
parties en donnant l'impression à chacune qu'elle était
sur le point de parvenir à un accord avec Israël. Fait qui
a suscité l'inquiétude du président palestinien Arafat et
l'a poussé à présenter de grandes concessions à Oslo que
la délégation palestinienne à Washington présidée par Heidar
Abdel-Chaffy refusait.
Vu que le nouveau
processus de paix se concentre sur le volet palestinien,
ceci permettra de focaliser le soutien arabe, y compris
celui de la Syrie, sur ce volet. Ceci permettra l'amélioration
des relations entre les directions syrienne et palestinienne
car la détérioration des rapports entre ces deux pays pendant
de longues décennies les a toutes deux affaiblies. Ceci
peut aussi constituer une étape vers un rôle positif de
la Syrie dans le soutien aux Palestiniens dans le nouveau
processus de paix, malgré le fait qu'elle ait été écartée
du sommet de Charm Al-Cheikh. Le président américain a refusé
la participation de la Syrie sous prétexte qu'elle avait
un rôle négatif dans la reprise des négociations palestino-israéliennes.
Et ce, malgré les bonnes intentions exprimées vis-à-vis
de Washington durant et après la visite de Colin Powell
à Damas.
L'absence de
la Syrie au sommet ne réduit pas l'importance de son rôle.
D'autre part, rien n'oblige les pays participant au sommet
à répondre aux demandes de Bush. La préparation de la visite
de ce dernier dans la région a connu des discussions politiques
compliquées dès le départ. Puisque Washington a refusé la
participation de la Syrie, Le Caire et Riyad ont refusé
de faire un cadeau à Sharon. Bush avait proposé la tenue
d'une seule conférence à laquelle participeraient Sharon
et les dirigeants de l'Egypte, de l'Arabie saoudite et de
la Jordanie ainsi que le premier ministre palestinien. Mais
Le Caire et Riyad ont refusé et proposé la tenue de deux
sommets, l'un arabo-américain et le second palestino-israélo-américain.
C'est alors que Sharon a refusé de se rendre à Charm Al-Cheikh.
Du coup, le second sommet a été transféré à Aqaba. Ceci
signifie que les pays arabes avaient une position indépendante
sur les préparatifs des deux sommets. Donc, il n'est pas
vrai que ces pays accepteraient sans discuter les conditions
américaines comme le répète la rue arabe et même les intellectuels
et l'opposition.
Les
préparatifs des sommets de Charm Al-Cheikh et d'Aqaba ont
bien indiqué la possibilité d'ouvrir une nouvelle ère dans
les relations arabo-américaines.
Ce afin de surmonter en partie la crise créée par la guerre
contre l'Iraq. Cependant, cette crise demeurera jusqu'à
la fin de l'occupation de l'Iraq et le retrait des forces
américano-britanniques. L'occupation de l'Iraq peut représenter
un point de force pour les Arabes et non de faiblesse, à
condition qu'ils parviennent à la transformer en une carte
de pression permanente sur Washington vu les complications
énormes que connaissent les Etats-Unis en Iraq et le pessimisme
américain croissant en ce qui concerne la construction d'un
nouvel Iraq qui sera un modèle pour toute la région. Les
Etats-Unis ont besoin d'un rôle arabe qui les aide à affronter
les difficultés qu'ils rencontrent en Iraq. Il est possible
que ce rôle devienne un élément de force arabe. Si nous
ajoutons à ceci la force de la position arabe en ce qui
concerne la cause palestinienne, il est possible de créer
une nouvelle base à une action arabe plus influente sur
l'avenir de la région. Ajoutons que la disparition de l'ancien
régime iraqien a débarrassé les Arabes d'un point faible
dangereux dont ils ont longuement souffert car les pratiques
de ce régime a affaibli la position arabe en général. En
effet, personne ne pouvait défendre les pratiques de ce
régime alors qu'il était nécessaire de défendre l'Iraq.
Le paradoxe entre la nécessité de défendre l'Iraq et l'impossibilité
de défendre son régime était une source de faiblesse pour
la position arabe. Cette faiblesse a maintenant disparu.
Les Arabes doivent maintenant s'efforcer d'éliminer graduellement
des séquelles de la crise iraqienne. Dans ce contexte, il
est possible de reconstruire les relations avec les Etats-Unis
à travers des discussions politiques basées d'une part sur
la mobilisation de tous les éléments de force arabe même
s'ils sont limités et d'autre part sur l'exploitation des
points faibles américains qui vont croissant en Iraq.
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