Le rôle arabe en Iraq

Par Salama Ahmed Salama

Tous les pays arabes sans exception restent les bras croisés face à ce qui se passe en Iraq. Personne ne fait d'efforts pour changer le cours des événements ou même pour participer à la reconstruction de l'Iraq. Et ce en attendant la permission des forces d'occupation américano-britanniques. Ni les pays qui ont prêté leurs territoires aux Américains comme bases militaires, ni les autres qui ont condamné l'invasion américaine n'ont voix au chapitre. Ils n'ont même pas le droit de prendre part à la reconstruction d'un pays aussi important que l'Iraq.

Les Etats-Unis ont exclu les pays arabes de contribuer à l'amélioration de la situation en Iraq. Ils ont paradoxalement eu recours à des experts, des entrepreneurs et des investisseurs originaires d'Australie, de Pologne, du Danemark et d'autres pays européens. Et ce non seulement pour reconstruire ce que les bombes et les missiles américano-britanniques ont détruit, mais aussi pour installer un nouveau régime politique, de nouveaux systèmes d'enseignement, de justice, de médias, de police, etc. Selon le point de vue américain, l'Iraq doit devenir un modèle à suivre dans le monde arabe. C'est pourquoi il est impératif que les mains arabes entachées de corruption et de sous-développement soient éloignées !

Tôt ou tard, les Arabes seront les premiers à regretter leur passivité. Surtout que dans le cadre des plans américains en Iraq, l'absence arabe nuira aux relations arabo-iraqiennes et entravera la réintégration de l'Iraq dans l'ordre arabe.

Il est vrai que la guerre en Iraq a pris fin. Mais ceci ne justifie nullement que les pays arabes ayant refusé la guerre s'abstiennent d'assumer leurs responsabilités vis-à-vis du peuple iraqien. Notamment dans la phase actuelle de la reconstruction du pays, encore plus critique que celle de la guerre. Le monde arabe a le droit de dire son mot, d'adopter une position ferme et de jouer un rôle décisif. Ce rôle ne doit pas se limiter à prendre de simples contacts. Il ne doit pas non plus être laissé aux convoitises de certains hommes d'affaires qui veulent leur part dans les opérations de reconstruction de l'Iraq.

Je pense que le sommet de Charm Al-Cheikh est une chance de discuter du rôle arabe dans la reconstruction de l'Iraq et de la détermination de son avenir. Nous avons certes des craintes et des réserves concernant le régime politique qui déterminera l'avenir de l'Iraq et le gouvernement transitoire qui sera installé. Il est indispensable que la Ligue arabe prenne l'initiative de tenir des consultations entre ses membres à ce sujet en vue de préparer un document sur le rôle arabe en Iraq. Mais, ce sont les pays de l'Union européenne qui ont commencé le travail dans cette direction et non pas les Arabes, qui se sont contentés d'être de simples spectateurs !

Une chance à saisir
Par Wahid Abdel-Méguid*

Les sommets de Charm Al-Cheikh et d'Aqaba sont-ils porteurs d'espoir pour les Palestiniens et les Arabes ? Pourrait-on sortir du tunnel obscur dans lequel nous sommes entrés à cause de la guerre contre l'Iraq et l'occupation militaire de ce pays ?

La réponse est oui. Mais ce oui est conditionné par la façon de gérer les relations avec les Etats-Unis et l'application de la feuille de route selon une conception claire basée sur deux éléments essentiels. Le premier est qu'il vaut mieux accepter ce qui est politiquement possible au lieu d'insister sur ce qui est impossible à réaliser. Le second est qu'il est préférable d'avoir affaire avec l'administration américaine actuelle au lieu d'attendre son départ du pouvoir.

Ceci soulève une question sur ce qui est possible à la lumière des nouvelles données. Sur le plan palestinien, la « feuille de route » porte une chance bien que l'expérience des accords d'Oslo incite au pessimisme. Cette question s'impose avec force vu que les accords d'Oslo ont abouti à une fin tragique malgré les grands espoirs qu'ils ont suscités en 1993.

La principale différence entre Oslo et la « feuille de route » est que cette dernière permet la proclamation d'un Etat palestinien et même sa reconnaissance internationale avant le début des négociations sur le statut final, l'obstacle sur lequel s'est brisé tout le processus d'Oslo.

Il existe d'autres différences importantes. La « feuille de route » oblige Israël à geler toutes les activités de colonisation dès la première phase alors que cette obligation était absente dans les accords d'Oslo. C'est ainsi qu'Israël est obligé de geler la construction de toute nouvelle colonie mais aussi de ne pas élargir les colonies existantes sous prétexte de croissance démographique. D'autre part, la « feuille de route » fait référence à l'initiative de paix arabe proposée par le prince héritier saoudien et adoptée par le sommet de Beyrouth en mars 2002. Cette initiative comporte les principaux droits des Palestiniens comme le droit au retour des réfugiés, le droit des Palestiniens à avoir Jérusalem pour capitale et d'autres droits qu'Israël tente de nier.

Ajoutons la différence qui existe dans le climat politique du processus de paix. En effet, le processus se concentrera seulement durant la prochaine étape sur la situation palestinienne. Ce n'était pas le cas lors de la conclusion des accords d'Oslo. Ces accords ont été conclus à travers des pourparlers secrets en dehors du cadre du processus de paix entamé par la conférence de Madrid en octobre 1991 et se sont poursuivis à travers des négociations bilatérales séparées tenues à Washington entre Israël et quatre parties arabes. C'est ainsi qu'il y a eu une vive concurrence entre les deux parties palestinienne et syrienne pour savoir qui parviendrait d'abord à un accord avec Israël. Dans ce climat de manque de confiance, les négociateurs israéliens ont réussi à jouer sur les deux parties en donnant l'impression à chacune qu'elle était sur le point de parvenir à un accord avec Israël. Fait qui a suscité l'inquiétude du président palestinien Arafat et l'a poussé à présenter de grandes concessions à Oslo que la délégation palestinienne à Washington présidée par Heidar Abdel-Chaffy refusait.

Vu que le nouveau processus de paix se concentre sur le volet palestinien, ceci permettra de focaliser le soutien arabe, y compris celui de la Syrie, sur ce volet. Ceci permettra l'amélioration des relations entre les directions syrienne et palestinienne car la détérioration des rapports entre ces deux pays pendant de longues décennies les a toutes deux affaiblies. Ceci peut aussi constituer une étape vers un rôle positif de la Syrie dans le soutien aux Palestiniens dans le nouveau processus de paix, malgré le fait qu'elle ait été écartée du sommet de Charm Al-Cheikh. Le président américain a refusé la participation de la Syrie sous prétexte qu'elle avait un rôle négatif dans la reprise des négociations palestino-israéliennes. Et ce, malgré les bonnes intentions exprimées vis-à-vis de Washington durant et après la visite de Colin Powell à Damas.

L'absence de la Syrie au sommet ne réduit pas l'importance de son rôle. D'autre part, rien n'oblige les pays participant au sommet à répondre aux demandes de Bush. La préparation de la visite de ce dernier dans la région a connu des discussions politiques compliquées dès le départ. Puisque Washington a refusé la participation de la Syrie, Le Caire et Riyad ont refusé de faire un cadeau à Sharon. Bush avait proposé la tenue d'une seule conférence à laquelle participeraient Sharon et les dirigeants de l'Egypte, de l'Arabie saoudite et de la Jordanie ainsi que le premier ministre palestinien. Mais Le Caire et Riyad ont refusé et proposé la tenue de deux sommets, l'un arabo-américain et le second palestino-israélo-américain. C'est alors que Sharon a refusé de se rendre à Charm Al-Cheikh. Du coup, le second sommet a été transféré à Aqaba. Ceci signifie que les pays arabes avaient une position indépendante sur les préparatifs des deux sommets. Donc, il n'est pas vrai que ces pays accepteraient sans discuter les conditions américaines comme le répète la rue arabe et même les intellectuels et l'opposition.

Les préparatifs des sommets de Charm Al-Cheikh et d'Aqaba ont bien indiqué la possibilité d'ouvrir une nouvelle ère dans les relations arabo-américaines. Ce afin de surmonter en partie la crise créée par la guerre contre l'Iraq. Cependant, cette crise demeurera jusqu'à la fin de l'occupation de l'Iraq et le retrait des forces américano-britanniques. L'occupation de l'Iraq peut représenter un point de force pour les Arabes et non de faiblesse, à condition qu'ils parviennent à la transformer en une carte de pression permanente sur Washington vu les complications énormes que connaissent les Etats-Unis en Iraq et le pessimisme américain croissant en ce qui concerne la construction d'un nouvel Iraq qui sera un modèle pour toute la région. Les Etats-Unis ont besoin d'un rôle arabe qui les aide à affronter les difficultés qu'ils rencontrent en Iraq. Il est possible que ce rôle devienne un élément de force arabe. Si nous ajoutons à ceci la force de la position arabe en ce qui concerne la cause palestinienne, il est possible de créer une nouvelle base à une action arabe plus influente sur l'avenir de la région. Ajoutons que la disparition de l'ancien régime iraqien a débarrassé les Arabes d'un point faible dangereux dont ils ont longuement souffert car les pratiques de ce régime a affaibli la position arabe en général. En effet, personne ne pouvait défendre les pratiques de ce régime alors qu'il était nécessaire de défendre l'Iraq. Le paradoxe entre la nécessité de défendre l'Iraq et l'impossibilité de défendre son régime était une source de faiblesse pour la position arabe. Cette faiblesse a maintenant disparu. Les Arabes doivent maintenant s'efforcer d'éliminer graduellement des séquelles de la crise iraqienne. Dans ce contexte, il est possible de reconstruire les relations avec les Etats-Unis à travers des discussions politiques basées d'une part sur la mobilisation de tous les éléments de force arabe même s'ils sont limités et d'autre part sur l'exploitation des points faibles américains qui vont croissant en Iraq.

* Politologue
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