Hussein Kamel Bahaeddine

Enseignement . Le ministre de l'Education, Hussein Kamel Bahaeddine, s'exprime sur le développement de l'enseignement au cours des 10 dernières années.
« Sans la participation de la société, il n'y aura jamais de progrès dans le système de l'éducation »

Al-Ahram Hebdo : De nombreux efforts ont été déployés et des conférences tenues pour le développement de l'enseignement. Pourquoi n'y a-t-il pas encore eu de progrès palpable ?

Hussein Kamel Bahaeddine : En tant que responsable du développement de l'enseignement en Egypte, je ne suis pas en position d'en juger seul les résultats. Les chiffres sont le meilleur moyen de répondre à ceux qui critiquent le système de l'enseignement en Egypte. Au cours des 10 dernières années et dans le cadre du projet Moubarak pour le développement de l'enseignement, 13 000 nouvelles écoles ont été construites. Ce nombre est supérieur au double du nombre d'écoles qui ont été construites entre 1882 et 1991 : en plus d'un siècle, seules 6 092 avaient été construites. Pour ce qui est du développement des programmes, 4 conférences nationales ont été tenues, présidées par Mme Suzanne Moubarak, en 1993 pour le développement de l'enseignement primaire, en 1994 pour l'enseignement préparatoire, en 1996 pour la formation des instituteurs et en 2000 pour la formation des surdoués. Toutes les forces nationales en Egypte ont participé à ces conférences, les ministres concernés, les représentants du Parlement, des écrivains, des artistes, des hommes d'affaires, des recteurs d'universités, des doyens de facultés, des parents et des élèves, ainsi que des représentants de tous les partis politiques et d'oppositions. Nous nous sommes parfaitement engagés à toutes les recommandations de ces conférences. Le président de la Banque mondiale a déclaré en mars 2001 que « L'Egypte est l'Etat pionnier dans le domaine de l'introduction de la technologie dans l'enseignement ». De plus, le Sommet de l'enseignement tenu à Dakar en 2001 a annoncé que 5 pays, l'Egypte en tête, avaient réalisé tous les objectifs de l'initiative de l'enseignement pour tous. Il y a aussi d'autres réalités qu'il faut prendre en considération : L'Etat dépense ce qui équivaut à 129 dollars par an et par élève pour l'enseignement élémentaire, tandis qu'en Europe et aux Etats-Unis, ce chiffre atteint entre 900 et 1 000 dollars. Malgré tous les résultats positifs réalisés jusqu'à maintenant, le tableau n'est pas encore rose. Nous devons tous coopérer pour développer l'enseignement et pour un avenir meilleur.

— Une polémique a récemment été soulevée au Parlement sur l'introduction d'une nouvelle matière, l'éthique. D'aucuns pensent que cela provient d'une intervention étrangère. Qu'en pensez-vous et de quel sujet traite cette matière ?

— Nul n'est autorisé à imposer des programmes ni des matières supplémentaires au programme égyptien d'enseignement. Et personne ne peut nier que l'Egypte a introduit dans ses programmes des conceptions reconnues par les régimes démocratiques telles que les droits de l'homme, les droits de la femme, l'indulgence, le respect des autres, le respect de l'environnement, etc. En effet, toutes ces conceptions émanent de la culture même de l'Orient. Il est à noter que l'éthique est une matière enseignée dans de nombreux pays de par le monde. Il ne s'agit donc pas d'une « invention » en Egypte. Plus encore, cette matière ne se substitue aucunement à la « religion », au contraire, elle vient renforcer ses objectifs, surtout que toutes les religions prônent les bonnes manières. A vrai dire, lorsque nous avons décidé d'introduire cette matière, nous avons eu recours à des représentants d'Al-Azhar, de l'Eglise ainsi qu'à des pédagogues des universités et à des psychologues. Notre objectif était d'inciter les étudiants à s'engager aux bons principes en développant leur sens de la responsabilité, de la miséricorde et du respect d'autrui. Et si cette matière venait se substituer à celle de la religion, on aurait encouru sans doute le refus d'Al-Azhar et de l'Eglise. Or, il s'agit simplement d'une matière supplémentaire ayant deux aspects : l'un théorique et l'autre pratique. Aucune atteinte donc à l'enseignement de la religion, et quiconque prétend le contraire est certainement induit en erreur, je dirais même que c'est quelqu'un qui fait circuler des rumeurs.

— D'aucuns disent que les programmes scolaires contiennent beaucoup de lacunes, parfois même des erreurs, et sont trop chargés. Quel est le rôle du centre spécialisé dépendant de votre ministère et auquel il incombe de traiter de telles lacunes ?

 Il faut avouer que nos programmes ont été développés d'une façon palpable durant les dernières années. Pour ce qui est de la question des programmes surchargés et des difficultés qu'affrontent les élèves en comparaison avec leurs pairs dans d'autres pays, il faut dire que conformément à une étude élaborée par le centre national des recherches pédagogiques, il a été prouvé que le nombre de livres et de pages qu'étudient les enfants égyptiens, ainsi que les heures d'études sont considérablement inférieurs aux pays développés. Quant à la prétention selon laquelle les élèves souffrent d'un bourrage de crâne, ceci est complètement erroné. Nous poursuivons toujours le développement de nos programmes pour pouvoir naviguer de concert avec le monde extérieur.

— Vous avez parfaitement réussi à ancrer un sentiment inébranlable de dépression à la fois chez les parents et chez les élèves à cause de cette terreur nommée la Sanawiya amma (le bac). Une lueur d'espoir brillera-t-elle un jour pour eux ?

— Il faut avouer que cette terreur a diminué au cours des dernières années et nous œuvrons pour la dissiper complètement. Aujourd'hui, la situation est complètement différente. Ceci est dû au fait que nous avons pris en considération les plaintes des parents et mis un terme au phénomène des sujets trop durs. En effet, une amélioration concrète est survenue par rapport aux dix dernières années au cours desquelles les manchettes des journaux ne faisaient que critiquer le système d'enseignement. Tout ceci a disparu grâce aux réformes que nous introduisons au fur et à mesure à l'éducation. Et ce, afin d'alléger le fardeau des étudiants et de dissiper complètement leur crainte de la Sanawiya amma.

 Pourquoi cette indétermination quant à la suppression de la 6e année du cycle primaire, supprimée puis rétablie à plusieurs reprises ?

 Ce pas devait de toute façon être pris. Le monde entier tend à augmenter les années de l'enseignement de base. Le retour de la sixième année primaire a pour but d'aller de pair avec cette tendance mondiale.

— Pensez-vous que le système social, sa pensée et ses concepts représentent en eux-mêmes « un obstacle » à l'évolution de l'enseignement ? Autrement dit, les mentalités sont-elles encore fermées à l'adoption de nouvelles méthodes, plus modernes et plus évoluées ?

 Sans la participation de la société, il n'y aura jamais de progrès dans le système de l'éducation. Elle joue un rôle majeur dans le soutien de son évolution. Le développement des programmes d'enseignement n'est pas un simple « couper-coller ». C'est l'un des pivots de l'évolution du système d'enseignement dans sa totalité. Il y a, à titre d'exemple, le cadre des connaissances qui seraient progressivement transmises à l'élève, en fonction des objectifs nationaux, de notre position internationale et des impératifs de la concurrence mondiale. Il y a des spécialistes pour mettre en œuvre tout ceci en suivant d'ailleurs les principes scientifiques sur lesquels repose l'évolution des programmes.

 Ne pensez-vous pas qu'on n'a plus confiance dans l'enseignement égyptien ? Sinon, comment expliquez-vous le fait qu'un grand nombre de familles préfèrent mettre leurs enfants dans des écoles dépendant des systèmes américain, anglais ou français ?

 La plupart des parents pensent que les frais astronomiques des écoles étrangères ont un effet magique sur la qualité de l'enseignement donné à leurs enfants. C'est là certes une illusion, rien de plus. Ces écoles utilisent les méthodes pédagogiques adoptées par les pays occidentaux et appliquent leur système d'examens. Elles ont des laboratoirede haut niveau comme ceux dont disposent les universités, des terrains de sports semblables à ceux des clubs sociaux. L'enseignant dans ces écoles ne reçoit pas moins de 5 000 livres par mois. A mon avis, certains parents mettent leurs enfants dans ces écoles, comme signe de « distinction sociale » tout simplement, et non par manque de confiance dans l'enseignement égyptien.

— Ne pensez-vous pas que le phénomène des leçons particulières est dû essentiellement à la faiblesse des revenus des enseignants, au système du bac ainsi qu'aux classes surchargées ?

 Les leçons particulières ne sont apparues aussi intensément que comme la conséquence de deux grands phénomènes sociaux ayant touché la société égyptienne. Après la victoire du 6 Octobre, une bonne partie des parents est partie travailler dans les pays arabes. Une autre partie s'est livrée entièrement, après l'ouverture économique, à des activités financières et économiques laissant les enfants sous la surveillance de substituts, notamment l'enseignant ou la bonne. Les leçons particulières étaient à mon avis une façon pour les parents d'éviter le sentiment de culpabilité né de leur abandon de leurs enfants. Cela n'a rien à voir avec les salaires des professeurs. Quant aux mauvaises rémunérations accordées aux enseignants, cette information est dénuée de tout fondement. L'enseignant perçoit aujourd'hui le double de ce qu'il percevait il y a cinq ans.

 Le ministère ne devrait-il pas chercher ne serait-ce qu'une solution médiane à reconnaître les leçons particulières tout en les organisant lui-même afin d'épargner aux parents la cupidité de certains enseignants ?

— Quand nous avons entrepris le développement et décidé de circonscrire le phénomène des leçons particulières en ayant recours au système d'évaluation continue et accumulative pour épargner à l'étudiant la terreur de l'examen de fin d'année, qui était la seule occasion pour réussir, nous avons constaté que la société rejette ces modifications et tient toujours au système de « l'occasion unique ».

Nous avons donc actuellement formé des groupes scolaires à des prix réduits à la place des leçons particulières. Les cours ont lieu à l'intérieur de l'école et les enseignants ont recours à tous les moyens technologiques disponibles. Nous tenons également à assurer assez de flexibilité en ce qui concerne les horaires et le droit au choix de l'enseignant. Si les étudiants se décident enfin à s'intégrer à ce mouvement, ils ne seront jamais plus à la merci des pressions de la part de quiconque.

Propos recueillis par
Magda Barsoum

La Une    L'événement   Le dossier   L'enquête   Nulle part ailleurs    L'invité   L'Egypte   Affaires   Finances   Le monde en bref  Points de vue   Commentaire   Carrefour   Analyse de Heykal   Portrait   Littérature   Arts   Société   Sport   Escapades   Patrimoine    Loisirs  
Echangez, écrivez
   La vie mondaine  
Al-Ahram Hebdo
hebdo@ahram.org.eg