Une campagne pour isoler l'Egypte de l'Iraq

Par Mohamed Salmawy

Ce n'était pas pur hasard qu'au moment où les forces d'occupation américaines en Iraq annonçaient que parmi les cadavres découverts dans les charniers, certains étaient de citoyens égyptiens, qu'une campagne suspecte est menée contre les symboles de la conscience nationale en Egypte : écrivains, artistes et personnalités éminentes ayant soutenu l'Iraq dans son épreuve de 12 ans d'embargo. Cet embargo qui a contribué à la mort estimée d'un million d'enfants et à la désagrégation de la plupart des services Charniers découverts en Iraq. Ceux qui ont équipé l'ancien régime en armes en sont les responsables. vitaux dans le pays. Ainsi ce double plan a visé à isoler l'Egypte des événements qui se déroulaient en Iraq en faisant croire que les excès atroces commis par l'ancien régime iraqien étaient dirigés contre les Egyptiens tout en qualifiant ceux qui se sont opposés à la guerre contre l'Iraq de traîtres et d'agents de Saddam Hussein.

Nous avons été récemment surpris par la campagne bizarre menée contre l'un des grands hommes de lettres, le romancier Gamal Al-Ghitani. Al-Ghitani accusé d'avoir été l'auteur véritable du roman attribué à l'ancien président iraqien Saddam Hussein et qui avait pour titre Zébiba et le roi. Il aurait reçu de grandes sommes d'argent en contrepartie de cet écrit, somme toute de facture modeste. D'ailleurs, n'importe quel critique débutant aurait dû conclure qu'il n'a rien à voir avec le style romanesque de Ghitani. Ce qui est regrettable, c'est que le premier communiqué de protestation contre cette accusation n'a pas émané de l'Egypte, surtout que nombreux ont été gagnés par la stupeur en entendant les déclarations de l'administration miliaire américaine en Iraq selon lesquelles les Egyptiens en Iraq ont fait partie des victimes des massacres collectifs attribués à l'ancien régime.

Le communiqué de protestation contre cette accusation faisant d'un écrivain égyptien l'agent du régime iraqien a émané du Liban, particulièrement de la maison d'édition Al-Adab présidée par Soheil Idriss. Il a été signé par le grand homme de lettres Abdel-Rahmane Mounif, Yomna Al-Eid, Fayçal Draz et autres intellectuels et écrivains arabes. Le communiqué condamne la campagne de diffamation, d'injures et d'accusations viles portées contre le romancier et intellectuel égyptien Gamal Al-Ghitani qui a choisi de défendre l'identité arabe et de respecter l'éthique de l'écriture.

Dès que la presse arabe a publié ce communiqué, les écrivains et intellectuels égyptiens se sont empressés de se joindre à leurs collègues arabes. Parmi les signataires, il y avait Dr Gaber Asfour, Bahaa Taher, Mahmoud Amin Al-Alem, Youssef Al-Qaïd, Ezzat Al-Qamhawi, Mohamad Kamel Al-Qalioubi, Mohamed Salmawy, Feryal Ghazoul, Ibrahim Aslan, Mohamad Sélim Al-Awa, Dr Salah Fadl, Hassan Telb. J'étais en compagnie de notre éminent homme de lettres Naguib Mahfouz lorsque Al-Ghitani lui a lu le texte du communiqué. Il a demandé sur-le-champ de rajouter sa signature sans qu'on le lui demande, surtout qu'il ne signe de communiqués que rarement.

En suivant la source de cette accusation, nous nous rendrons compte que ce serait un site sur Internet qui se donne pour titre « Emperor » et il semble que c'est un site lié directement au nouvel empire américain qui contrôle le monde et qui lutte par tous les moyens déclarés et non déclarés contre tous ceux qui s'opposent à son hégémonie. L'article comprenant l'accusation contre Al-Ghitani a été signé Sélim Abdel-Qader. On peut lire dans l'article les menus détails des sommes qu'a obtenues Al-Ghitani en contrepartie de cette mauvaise écriture. L'article mentionne également la jalousie qui s'est emparée du fils de Saddam, Odeï, qui a à son tour envoyé des sommes d'argent à Gamal Al-Ghitani au Caire le priant de lui écrire un roman comme celui de son père.

Sans doute Sélim Abdel-Qader était plus proche du régime de Saddam et de ses sources que Gamal Al-Ghitani pour connaître tous ces détails que tout le monde ignorait, y compris Al-Ghitani lui-même. L'écrivain ne savait pas jusqu'à la publication de ces informations qu'Odeï voulait un roman portant son nom sous la plume de Gamal Al-Ghitani.

En réalité, la relation de Gamal Al-Ghitani avec l'Iraq n'est pas secrète, il ne la cache pas d'ailleurs. S'il y a aujourd'hui parmi nous ceux qui affichent au grand jour la relation qu'ils entretiennent avec certains bourreaux israéliens dont les mains sont tachées du sang des Palestiniens, voire des Egyptiens également, rien donc n'est honteux dans la position patriotique adoptée par un grand écrivain vis-à-vis d'un peuple arabe frère pour le soutenir dans une souffrance qu'il a endurée. On sait tous qu'il y avait une relation d'amitié entre Al-Ghitani et le ministre iraqien de la Défense, feu Adnan Khaïrallah, lorsqu'il était correspondant de guerre couvrant la guerre iraqo-iranienne pour Al-Akhbar. C'est à Ghitani que revient le qualificatif attribué à l'armée iraqienne de ce temps : « Gardien de la porte orientale » et qui a fait le titre de son livre paru à Bagdad en 1975.

Mais ce qui pour les Américains condamne Al-Ghitani, ce n'est pas sa relation avec les responsables iraqiens car à ce moment-là, les Américains eux-mêmes avaient une relation forte avec le régime iraqien qui a persisté jusqu'à la fin des années 1980. D'ailleurs, la visite de l'actuel secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, à Bagdad en 1983 et sa rencontre avec Saddam Hussein a été filmée. C'est cette relation qui a permis au régime iraqien d'obtenir ces armes, mais on n'a cessé de répéter que la démilitarisation de l'Iraq était l'objectif principal de cette guerre. Ce qui condamne Al-Ghitani d'un point de vue américain est ce qui établit la culpabilité de la plupart des intellectuels, écrivains et artistes égyptiens : c'est cette position hostile à la guerre et rejetant l'occupation américano-britannique du peuple iraqien. C'est pourquoi Al-Ghitani ne fut pas le seul qui a été qualifié d'agent de Saddam Hussein. L'un des hommes d'affaires égyptiens qui ont participé au programme Pétrole contre nourriture a été la cible lui aussi de cette campagne de diffamation. Il a été considéré comme l'un des collaborateurs du régime iraqien. En réalité, le programme Pétrole contre nourriture était appliqué en vertu d'une résolution onusienne. Le peuple iraqien, et surtout les enfants, en ont bénéficié, puisqu'il leur procurait la nourriture dont ils avaient besoin. L'Egypte indique officiellement qu'elle a subi les conséquences de la guerre et qu'elle a perdu ses marchés commerciaux avec l'Iraq qui s'approchaient des 2 milliards de dollars par an. L'Etat tente d'obtenir des Etats-Unis des indemnités pour cette grande perte. Le mérite de cela revient à l'homme d'affaires qui fait actuellement l'objet de cette campagne de diffamation.

La campagne s'est également attaquée à tous ceux qui ont défendu l'Iraq sous embargo et affiché une position hostile à la guerre. Comme à titre d'exemples les acteurs Mohamad Sobhi, Raghda et Adel Imam. Et parmi les hommes politiques, le député nassérien de l'Assemblée du peuple Hamdine Sabbahi, et ainsi de suite. Tous ceux-ci sont classés sur la liste des agents de Saddam Hussein, comme Gamal Al-Ghitani, et auraient obtenu des sommes considérables pour leurs positions patriotiques reconnues. Chacun d'eux est accusé d'un fait précis : Adel Imam de présenter une de ses pièces en Iraq au moment où le pays était sous embargo, comme si nous devions tous le boycotter comme nous le faisions avec Israël avant Camp David. Nous ne devions pas divertir les Iraqiens, ni même afficher notre soutien au cours de la souffrance qu'ils endurèrent. Quant à Mohamad Sobhi et Raghda, ils se sont rendus avec une délégation d'intellectuels et d'artistes en visite à Bagdad transportant avec eux des médicaments et de la nourriture, exprimant leur soutien et leur solidarité avec le peuple iraqien. Saddam Hussein qui était alors chef d'Etat les a accueillis pour leur exprimer les remerciements du peuple iraqien pour leur position noble. Bien sûr, ils n'auraient pas dû agir de cette façon, mais il auraient dû plutôt laisser les enfants d'Iraq mourir de faim, et privés de médicaments. L'homme d'affaires égyptien qui a fait transactions commerciales avec l'Iraq a trouvé qu'il devait assumer les frais du vol qui a conduit la délégation d'artistes et d'intellectuels égyptiens vers Bagdad. Il aurait dû plutôt se cantonner à ses affaires et à ses bénéfices, sans prendre part à cette noble action.

Tous ces noms représentent en réalité des figures que respectent tous les Egyptiens et dont les positions sont appréciées. Comment donc pourrait-on susciter l'animosité du peuple égyptien envers eux ? C'est alors là qu'intervient l'histoire suspecte des charniers avec dépouilles d'Egyptiens. C'est vouloir prouver que l'ancien régime n'attendait que l'arrivée des Egyptiens pour travailler afin de les exécuter et les enterrer collectivement. Ainsi, toute personne ayant entretenu un contact avec l'ancien régime serait un traître.

J'avais lu un article de l'écrivain américain juif de renommée connu pour son alignement sur Israël, Thomas Friedman, où il disait que les cadavres découverts dans les charniers sont des restes impossibles à identifier. Les forces américaines les ont placés dans des caisses et ont demandé à leurs proches de les identifier. Ceci a eu lieu dans le désordre. Friedman a souligné que l'un de ces squelettes avait deux jambes droites et pas de jambe gauche. Donc comment est-ce que les squelettes des Egyptiens ont été détectés dans tout ce chaos ? Les squelettes des Egyptiens sont-ils différents de ceux des Iraqiens ? Et pourquoi a-t-on découvert des squelettes égyptiens et non pas ceux d'autres peuples arabes ?

Comment donc les journaux égyptiens se laissent-ils entraîner dans cette campagne suspecte qui vise à isoler l'Egypte des événements d'Iraq et à geler son rôle arabe et ce, en répétant tout ce que nous présentent les sources américaines, comme si nous confirmions l'existence de cimetières collectifs égyptiens en Iraq. Bien que personne n'ait prouvé de manière décisive l'identité de ces énormes squelettes. Certains journaux chez nous ont affirmé que les cadavres égyptiens découverts en Iraq sont au nombre de vingt-six. Alors que le journal britannique Independant a publié dans son numéro du 25 mai 2003 que le commandement militaire américain a déclaré que le nombre était de 8 seulement.

Certains se sont mis à répéter tout ce que nous rapportent les sources suspectes, comme ce Sélim Abdel-Qader, comme s'il s'agissait d'accuser nos intellectuels d'avoir des rapports avec Israël.

Ce qui se passe avec l'Iraq dépasse de loin ce qui se rapporte à Israël. D'ailleurs, l'identité des cadavres n'a pas été prouvée, contrairement à ce qui s'était passé pour les cimetières découverts dans le Sinaï après la dernière guerre. C'étaient les cadavres de prisonniers égyptiens qui portaient leurs costumes militaires. Qu'est-ce que nos médias ont donc fait à propos de cette cause ? Est-ce qu'il y a un seul journaliste qui s'est rendu au Sinaï pour mener une enquête sur ce sujet ?

La campagne dont nous sommes témoins actuellement et dont les épisodes se poursuivront dans les prochains jours représente un genre spécial de campagnes de diffamation dans lequel ont excellé les cercles sionistes après la chute du régime nazi en Allemagne au cours de la dernière guerre mondiale. C'est une campagne qui bat son plein jusqu'à nos jours contre tous ceux qui se dressent devant les plans d'Israël. Mais l'Iraq n'est pas l'Allemagne nazie. Et quelle que soit la dictature de l'ancien président iraqien, son pays restera cher à tout Egyptien et son peuple demeurera un peuple frère dont nous n'accepterons guère qu'il fasse l'objet d'injustice. Nous resterons solidaires de son commandement quel qu'il soit. C'est pourquoi si certains avaient des contacts avec l'ancien régime iraqien, ils auraient ainsi agi comme le monde entier qui a entretenu de fait des liens avec l'ancienne direction, y compris ceux qui occupent actuellement ses terres et ses ressources pétrolières. Mais la différence qui existe entre nous et eux est que nos intellectuels, lorsqu'ils se sont entretenus avec le régime iraqien, avaient pour objectif de soutenir son peuple. Quant à vous, envahisseurs de l'Iraq, vous avez eu des contacts avec lui rien que pour l'équiper en armes. Cette arme par l'intermédiaire de laquelle il a commis ses massacres dont vous vous évertuez à publier les détails les plus minutieux. S'il est prouvé effectivement que certaines victimes de ce régime sont égyptiennes, il n'y aura que vous à blâmer pour les cimetières collectifs en Iraq comme en Israël. Ils ont tous pour origine vos armes.

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