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La
résolution aux concessions réciproques
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| Par
Hassan Abou Taleb*
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vote de la résolution 1483 du Conseil de sécurité constitue
un pas important dans le dossier iraqien. Cette résolution
comporte cependant de nombreux paradoxes juridiques et politiques
importants. Le point le plus clair est que cette résolution
a obtenu une unanimité des voix, après l'accord à posteriori
de la Syrie. De plus, le changement de position de la France,
de la Russie et de l'Allemagne a joué un rôle essentiel dans
le vote de la résolution. Il y a même eu un changement majeur
dans la position américaine. Si auparavant, le point commun
entre les trois pays du « camp de la paix » était
le refus de la guerre, cette fois-ci leur accord réside dans
le fait que l'Onu a pu récupérer le dossier iraqien, même
de façon limitée. L'objectif commun des trois parties était
devenu un retour à l'organisation internationale. Et ce, pour
limiter la volonté des Etats-Unis de dominer les destinées
du monde entier, loin de l'Onu et du droit international.
Les
divergences entre les grandes puissances ont laissé place
au dialogue et à un échange d'idées et de propositions, dont
certaines ont été acceptées et d'autres négligées. Ceci a
démontré que cette résolution, malgré ses lacunes juridiques,
est le résultat d'une oeuvre internationale commune. Dans
cette concertation, les uns et les autres ont dû faire des
concessions. Les Etats-Unis ont découvert que la gestion et
l'administration d'un pays aussi grand que l'Iraq n'est pas
chose facile. Surtout que ce dernier possède d'importantes
richesses pétrolières, sous la coupe des sanctions internationales
sévères depuis 13 ans et d'imposants engagements financiers
et militaires sans précédent. Dans tous les cas, les Etats-Unis
avaient besoin de l'appui de la communauté internationale
représentée par l'Onu et le Conseil de sécurité pour la levée
des sanctions, la vente du pétrole iraqien et la gestion des
revenus engrangés grâce aux exportations du brut. Il restera
également nécessaire et même indispensable que les inspecteurs
internationaux aient un rôle clair concernant l'éventuelle
détention par l'Iraq d'armes de destruction massive.
Quand
les Etats-Unis ont réalisé que leurs prérogatives en tant
que puissance occupante seraient ligotées par des lois et
des traités internationaux impossibles à ignorer, ils ont
alors reconnu que le retour à l'organisation internationale
était inéluctable.
C'est
peut-être ce retour aux Nations-Unies qui a satisfait tout
le monde, bien que la résolution même comporte de nombreux
défauts en ce qui concerne le rôle que doit jouer l'organisation
internationale concernant l'avenir politique de l'Iraq, sa
reconstruction et l'emploi des revenus du pétrole au profit
du peuple iraqien. Ce retour aux Nations-Unies représente
à la fois une valeur politique et symbolique. C'est ce qui
explique les déclarations positives faites par les ministres
russe, français et allemand des Affaires étrangères à propos
de la résolution 1483.
La
résolution constitue donc une issue importante pour prouver
que le commandement unilatéral du monde est irréalisable.
Les Etats-Unis, à cause de leur puissance économique, militaire
et technologique énorme et de leur influence politique, peuvent
imposer au monde des politiques et des priorités déterminées.
Ceci reste cependant possible de façon limitée, et un soutien
international serait nécessaire pour que ces politiques aboutissent.
Le
monde d'aujourd'hui est tellement vaste qu'une seule puissance
ne peut dominer, quelles que soient ses capacités. Il est
aussi compliqué au point qu'il est impossible de négliger
son héritage juridique, humain, organisationnel et institutionnel.
Si un seul pays, l'Iraq, a pu dévoiler les limites de la capacité
américaine à le remodeler, cette capacité peut-elle à elle
seule remodeler le monde entier, sans appui de la part de
ce monde même. Il y a là une riche leçon politique.
D'autre
part, cette même résolution ouvre la voie à l'examen de l'avenir
des Nations-Unies et de leur rôle pour mettre fin à de nouvelles
formes d'occupation comme c'est le cas actuellement de l'occupation
américano-britannique de l'Iraq. La résolution 1483 a attribué
un rôle limité aux Nations-Unies, que ce soit pour la reconstruction
de l'Iraq ou la formation d'un gouvernement national internationalement
reconnu.
La
résolution a également accordé à ce qui est appelé le « Fonds
de développement de Iraq », créé par la résolution même,
le pouvoir de gérer les exportations iraqiennes de pétrole
jusqu'en 2007. Conformément à la résolution, ce Fonds sera
soumis au contrôle des forces d'occupation, en coordination
avec l'Administration iraqienne provisoire et des représentants
du Fonds monétaire international, du Fonds arabe pour le développement
économique et social, de la Banque mondiale et de l'Onu. Ces
rôles suscitent cependant de nombreuses ambiguïtés sur la
mission des Nations-Unies.
S'agit-il d'aider les autorités d'occupation à assumer leur
mission ou d'aider le peuple iraqien à regagner sa liberté
et son indépendance ?
Il
est vrai que la résolution a reconnu un rôle à l'autorité
d'occupation concernant de nombreuses missions humanitaires,
politiques et économiques. Mais elle n'a pas attribué à cette
autorité la légitimité juridique et le droit souverain à représenter
l'Iraq. Par conséquent, l'autorité d'occupation n'aura pas
le droit de représenter l'Iraq au niveau international. Autrement
dit, l'Iraq, alors qu'il est sous la tutelle américano-britannique,
ne peut être un membre à part entière de la communauté internationale
puisque l'absence de gouvernement légitime ne peut être négligée.
Ceci a été mis en évidence par Ossama Al-Baz, conseiller politique
du président Moubarak, qui a déclaré que les Etats-Unis et
la Grande-Bretagne « représentaient une autorité d'occupation
de l'Iraq et non une autorité d'administration qui jouirait
d'une souveraineté » dans cet Etat. Ajoutons que l'Egypte
désire qu'un gouvernement iraqien soit formé le plus rapidement
possible puisque la question iraqienne se révèle être extrêmement
dangereuse et la situation actuelle ne peut perdurer.
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Directeur de rédaction des Dossiers Stratégiques |
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Le
destin d'un monde unipolaire
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Par Mohamed Sid-Ahmed
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| Les
Etats-Unis sont devenus la seule superpuissance dans le
monde d'aujourd'hui. Cette puissance était auparavant contrée
par la présence de l'Union soviétique. Aujourd'hui, l'Union
soviétique s'est effondrée et il n'existe pas d'autres puissances
capables de limiter celle des Etats-Unis. Qu'est-ce que
cela signifie pour le reste des pays du monde ? Doivent-ils
reconnaître qu'il est impossible de s'opposer aux Etats-Unis,
et qu'ils doivent capituler ?
Admettons
que la puissance des Etats-Unis équivaut au tiers de celle
du reste des pays du monde, ceci ne veut-il pas dire qu'elle
dépasse la moitié de la puissance du monde au moins étant
donné que les Etats-Unis sont un Etat au pouvoir central
alors que le reste du monde est divisé en une multitude
de pays, dont chacun a sa propre souveraineté ? De
plus, on s'attend à ce que la force des Etats-Unis augmente
et non le contraire. Ils se sont déjà assuré la domination
des ressources pétrolières dans le monde après leur mainmise
sur le pétrole iraqien. En effet, l'Iraq possède la deuxième
plus grande réserve de pétrole au monde. L'énergie constitue
en fin de compte la principale source de puissance.
La
France, l'Allemagne et la Russie se sont opposées à la manière
dont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont appliqué la
résolution 1 441 du Conseil de sécurité et au déclenchement
de la guerre contre l'Iraq, loin de l'Onu. Cependant, après
deux semaines de vastes discussions, le Conseil de sécurité
a voté à l'unanimité une résolution sur la levée des sanctions
contre l'Iraq et l'octroi aux puissances occupantes anglo-américaines
le droit de gérer les revenus du pétrole.
Avant
le déclenchement de la guerre, La France, l'Allemagne et
la Russie avaient emprunté une voie qui signifie que l'alternative
à l'ancien ordre mondial bipolaire doit être celui d'un
monde multipolaire et que toute décision doit avoir l'approbation
du Conseil de sécurité. Cependant, le résultat de la guerre
a convaincu ces pays qu'ils ne possèdent pas la capacité
de faire face aux Etats-Unis et qu'il est indispensable
de se réconcilier avec ce pays. Ils ont donné la priorité
à leurs intérêts directs plutôt qu'à leur position de principe
et ont accepté la dernière résolution du Conseil qui a donné
raison à la position américaine, même si nous admettons
que cette résolution, comme le prétendent ces pays, ne confère
pas une légitimité à la guerre contre l'Iraq.
Le
sommet du G8 est venu souligner la profonde division entre
les Etats-Unis et la Grande-Bretagne d'un côté, la France,
l'Allemagne et la Russie de l'autre, en raison de leur vive
opposition à la guerre contre l'Iraq. Et ce, malgré leurs
tentatives de réconciliation. Colin Powell a favorablement
accueilli l'acceptation par la France de la nouvelle résolution
du Conseil de sécurité. Cependant, il a affirmé que le passé
ne pouvait être oublié, faisant ainsi allusion à la campagne
qui avait été menée par la France contre la guerre en Iraq.
Il a déclaré par ailleurs que l'armée américaine allait
prendre des mesures contre la France dont la réduction du
niveau des relations militaires.
Cette
déclaration fait suite à la proposition de la France, de
l'Allemagne et de la Belgique de créer une force de défense
européenne indépendante de l'Otan. Cette proposition a été
refusée par d'autres pays d'Europe, notamment la Grande-Bretagne
qui pense qu'elle mènera pratiquement à l'apparition d'une
politique militaire européenne séparée des Etats-Unis.
Nombreux
confirment que les différends autour des intérêts pétroliers
sont la principale raison des divergences sur la gestion
de l'Iraq. En effet, la France, l'Allemagne et la Russie
veulent prendre leur part dans la reconstruction de l'Iraq.
Celle-ci, dont le coût est évalué à des centaines de milliards
de dollars durant la prochaine décennie, sera financée par
les revenus du pétrole iraqien. De plus, ces trois pays
cherchent à s'assurer le remboursement de leurs énormes
dettes contractées par l'Iraq et refusent catégoriquement
de les effacer comme le réclame Washington !
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Un
nouvel ordre mondial |
| Il
existe aujourd'hui deux conceptions de l'ordre mondial actuel.
La première est proposée par George W. Bush selon laquelle
les Etats-Unis représentent par leur action le nouvel ordre
mondial, alors que les ennemis des Etats-Unis sont dans
ce contexte l'Axe du mal, formé par les forces du terrorisme
international. Les Etats-Unis fondent leurs allégations
sur les actes commis par leurs ennemis qui, pour Washington,
se trouvent dans un état de désespoir et de défaite justifiant
qu'on les qualifie de terroristes.
La
seconde conception est proposée par ceux
qui s'opposent aux Etats-Unis. Selon eux, les Etats-Unis
sont la concrétisation vivante du capitalisme sauvage menant
au désordre. Leur arme est le recours à d'immenses manifestations
qui évitent la violence mais qui sont capables d'influencer
l'opinion publique, voire même de changer les dirigeants
et les régimes politiques grâce aux mécanismes électoraux.
C'est
ainsi que durant les dernières années, d'énormes manifestations
ont été organisées dans les grandes capitales occidentales.
Elles ont commencé par le forum anti-Davos. Ces manifestations
ont atteint leur apogée par les manifestations de Seattle
qui on fait échouer la conférence fondatrice de l'OMC. Sans
oublier les rencontres tenues deux ans de suite à Porto
Alegre, au Brésil, et enfin les manifestations qui ont réuni
dans le monde entier plus de 30 millions d'individus pour
s'opposer à la guerre contre l'Iraq.
A
quel point les mouvements d'opposition accusés de terrorisme
et les mouvements pacifiques qui se qualifient d'anticapitalistes
peuvent-ils devenir un seul mouvement créatif dépassant
l'impasse actuelle dans l'ordre mondial ?
Il
semble que l'Etat n'est plus la pierre angulaire du monde
d'aujourd'hui. A la lumière de la mondialisation, l'Etat
a perdu beaucoup des fondements de sa souveraineté. A la
place de la référence à l'Etat, sont des référence aux droits
de l'homme, à la société civile, aux ONG ... Ces références
quelque peu indépendantes du pouvoir de l'Etat donnent un
espace plus vaste au développement de l'identité, qui est
désormais influencée par la mutation des affrontements et
des alliances.
Les
Etats-Unis continuent à déterminer le cours de l'ordre mondial.
Pour eux, ceux qui ne les soutiennent pas sont avec le terrorisme.
Est-il possible de rassembler la plus grande coalition possible
de forces pour faire face aux Etats-Unis et leur faire perdre
leur position centrale actuelle ? Est-il possible d'influencer
l'opinion publique américaine afin que les élections présidentielles
de l'année prochaine constituent un début de changement
menant à un visage différent de Etats-Unis ? Bref,
est-il possible que les Etats-Unis regagnent leur visage
démocratique au lieu de garder leur caractère impérial actuel ?
Là est le défi qui déterminera l'avenir du monde.
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