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Parfum
. Un marché d'imitations inonde les boutiques de Khan Al-Khalili
et du Caire. Un commerce en pleine prospérité où au lieu
de se payer un vrai au prix fort on se rabat sur un faux
qui a la même fragrance mais sans le chic.
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Hogo
contre Hugo |
| Amr
Al-Mawardi, 30 ans, un des plus célèbres parfumeurs de Khan
Al-Khalili dans le Vieux-Caire, vient de lancer son nouveau
parfum Leïlet Al-Khamis
(Jeudi soir) en allusion à la nuit du jeudi réputée dans
les milieux populaires être la nuit du plaisir charnel.
Il croit que sa trouvaille va faire un tabac. Ça marche
déjà. Mona, étudiante de 25 ans, vient visiter le souk.
Comme elle prépare son trousseau, elle est venue acheter
ses parfums préférés. « J'ai dû ramener toutes les
bouteilles vides pour les remplir de Gaultier, Hugo,
Guerlain, etc. J'ai l'intention de me payer 7 bouteilles
contre une somme de 200 L.E. Un prix très raisonnable par
rapport aux parfums d'origine. Un seul dépasse les 250 L.E.
Mais pour le jour de mes noces, je vais mettre Leïlet
Al-Khamis. Son nom a cette résonance magique dont on
a besoin ce jour-là », dit-elle, tout en esquissant
un petit sourire.
Des
centaines de bouteilles ornent les étalages de la boutique
d'Amr dont la famille est dans le métier depuis 70 ans.
Ces dernières renferment des essences importées de l'étranger
avec des fragrances de J'adore de Christian Dior,
Week-end de Burberrys, Extravagance
de Givenchy. Mais il y a aussi les senteurs orientales
à l'exemple de Layali Al-Helmiya (Les Nuits d'Al-Helmiya),
Secrets, Chahr Al-Assal (Lune de miel),
etc. Ici, c'est l'occasion de se payer un parfum dont le
prix du flacon de 50 ml est fixé à 15 L.E., celui de 100
ml à 25 L.E.
« Mon
odorat est bien développé. C'est toute ma richesse. Grâce
à ce sens olfactif sensible, j'arrive à déceler toutes les
odeurs comme si je humais un repas savoureux. Je suis capable
de sentir 10 000 odeurs et reconnaître chaque parfum »,
confie Amr Al-Mawardi. Dans son petit kiosque, il prépare
toutes les marques de parfum en vogue. Selon lui, tout parfum
doit avoir trois éléments de base : sa bonne odeur,
sa durée de vie et son adhésion à la peau. « Ces
trois éléments doivent aller ensemble pour donner un bon
parfum. Pourtant, il y existe des parfums très odorants
mais qui ne durent pas », explique Amr.
La
ruelle de Darb Al-Tarbiaa où se trouve son échoppe ressemble
à un jardin
où plusieurs senteurs embaument l'air et enivrent les flâneurs.
Là, les parfumeries, Al-Mawardi, nom qui vient de
l'eau de rose, selon le jargon du marché pullulent. Hérité
de père en fils, ce métier évolue d'une génération à une
autre mais avec une touche de plus. Bien que les doses d'essence
d'un parfum varient entre 25 % et 40 % et suivant
le degré de concentration — le reste de la recette
se compose d'alcool et d'eau distillée — chaque
parfumerie semble avoir ses propres compositions. Certaines
utilisent des astuces pour réaliser un maximum de gains
en employant de l'alcool mauvais comme le méthyle au lieu
de l'éthyle plus cher et de qualité meilleure. Sous les
anciennes arcades du Khan, la compétition est farouche.
Et chaque parfumerie est expérimentée dans la préparation
d'un type de parfum. « Chaque parfumerie a ses propres
recettes qu'elle garde jalousement. Un secret qui fait la
particularité de chaque boutique du Khan et du choix de
sa clientèle. Une diversité qui a fait de ce grand souk
un endroit prestigieux et plein de vie ».
Ainsi,
les habitants de Haute-Egypte viennent chercher chez Hag
Hennawi à Khan Al-Khalili, la Delka, un composant
de la farine de maïs à laquelle on ajoute une essence de
parfum typiquement soudanaise.
Ainsi,
Abdou a dû parcourir des milliers de kilomètres pour acheter
dans cette boutique la Delka pour sa dulcinée quelques
jours avant le mariage. « Elle s'enduit le corps
durant plusieurs jours avec cette composante pour que l'odeur
demeure le plus longtemps possible. Al-Khomra et
Al-Sandaliya sont deux autres fragrances qui ne peuvent
être mises que par les femmes mariées, notamment Al- Khomra,
que l'on utilise pour une belle nuit d'amour »,
dit Hag Hennawi qui souligne que les femmes saïdies et nubiennes
accordent beaucoup d'importance à leurs parfums surtout
les essences de bois et de fleurs qui sont les plus précieuses. |
150 marques
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Avec
la crise économique et la libéralisation du taux de change,
le prix des parfums d'origine a grimpé. C'est ainsi que
le marché des parfums d'imitation s'est épanoui. Aujourd'hui,
selon les chiffres du département des produits cosmétiques
au ministère de la Santé, le marché égyptien compte environ
150 marques de faux parfums. De plus, il existe plus de
65 usines qui fabriquent actuellement ces parfums. Mais
ce chiffre ne reflète qu'une partie de la réalité vu que
beaucoup de parfumeries préparent des produits qui ne sont
pas soumis à l'approbation des services concernés. Sans
oublier les petites usines de parfums qui prolifèrent aujourd'hui
dans les sous-sols.
A
Khan Al-Khalili, dans les centres commerciaux ou sur les
trottoirs du centre-ville, le commerce des faux parfums
prospère. « Pour ne pas changer mes habitudes, je
me rendais au quartier d'Al-Hussein, dans Le Caire islamique,
pour m'en procurer. Mon parfumeur m'allège l'essence avec
de l'eau distillée et de l'alcool. Je prends aussi des échantillons
ou des copies », souligne Nadia, une secrétaire,
debout devant la boutique de Hilal, située au centre-ville.
Deux vitrines se côtoient, l'une exhibant des marques de
parfums d'origine, l'autre les imitations. La seule différence,
ce sont les prix. Un flacon d'Organza de 100 ml coûte
230 L.E. alors que la copie Organzia ne dépasse pas
les 20 L.E. Le flacon de 50 ml de Hugo se vend à
175 L.E. contre la copie Hogo à 22 L.E. Une foule
de jeunes filles attirée par les prix modérés s'est rassemblée
devant la vitrine. « Je ne peux pas me payer un
parfum d'origine. Je me contente d'acheter sa copie d'ici
au lieu d'aller à Khan Al-Khalili au moins, il y a plus
de garantie car ces parfums sont homologués par le ministère
de la Santé », explique Manar, étudiante à l'université.
Sameh, le vendeur, lui montre à son tour les nouveaux catalogues
pour faux parfums. Soha refuse d'en acheter. « La
forme de la bouteille est banale. De plus, le parfum ne
se fixe pas à la peau. Je préfère donc recourir aux flacons
test, au moins cela donne un peu plus de classe lorsque
je le sortirai de mon sac », confie Samiha, fonctionnaire
dans une banque. Celle-ci se rend souvent à la rue Moski
où l'on vend les flacons test normalement interdits à la
vente. « Je fais le tour de toutes les parfumeries
pour m'en procurer et cela m'est bien égal qu'ils ne soient
pas sous emballage. Raison pour laquelle on les vend moins
cher. Le prix d'un flacon test de 50 ml, de Jean-Paul
Gaultier coûte 40 L.E., alors que le parfum dépasse les
200 L.E. », ajoute-t-elle. Celle-ci suit attentivement
les conseils du commerçant : à savoir comment reconnaître
un bon parfum. « Il suffit de secouer le flacon.
Si des bulles se forment et montent à la surface, cela signifie
que le parfum n'est pas de bonne qualité », lui
explique le parfumeur. |
A chacun
son goût |
| Devant
la mosquée d'Al-Hussein, un vendeur ambulant vend des produits
d'Al-Rihani. Un amalgame de senteurs de musc, d'al-oud
et d'ambre sans alcool. Sur les flacons est collée une photo
de La Mecque. Une liste qui convient parfaitement aux goûts
des cheikhs, ce qui a permis à ce souk de prospérer car
il se trouve aux alentours des mosquées. Et si ces hommes
religieux préfèrent ce genre de parfum, les Egyptiens appartenant
à la classe modeste se procurent leurs parfums par l'intermédiaire
de marchands ambulants qui les vendent dans les moyens de
transport. Oum Ragab, concierge, a pu s'offrir quelques
parfums alors qu'elle se trouvait dans un autobus. Des produits
d'Al-Rihani, un faux Amarige, ainsi qu'un
One Man Show pour son mari qu'elle a payé 2 L.E.
le flacon. « Les noms ne me disent rien, par contre,
j'aime les odeurs. J'espère que cela plaira à mon mari.
Les pauvres aussi ont leurs goûts », explique Oum
Ragab.
« Ceux
qui viennent de la Basse-Egypte aiment les parfums traditionnels
et lourds comme Magie noire ou Opium. Les
coucheles moins riches préfèrent la lavande, l'odeur du
citron, de la camomille, secret de Chabrawichi et
l'eau de Cologne 555 », lance Sameh, vendeur
de parfums.
Par
contre, les habitants de la Haute-Egypte semblent être plus
fidèles aux origines et à leur histoire. Le parfum fait
toujours partie intégrante de leurs cérémonies. Mais ce
n'est pas seulement le corps qui est parfumé mais aussi
les cheveux. Bref, chacun y trouve son parfum.
Selon
l'historienne Noura Kamel, les parfums ont toujours fait
partie de la culture égyptienne. Depuis la nuit des temps,
les pharaons ont utilisé l'encens et l'ambre. « Le
corps du mort à qui l'on vouait un grand respect était enduit
d'essence et de parfum afin qu'il rejoigne en toute beauté
l'au-delà », explique-t-elle. L'Histoire révèle
l'origine arabe du parfum. Ce mot, signe d'élégance mêlée
à la discrétion et à la passion, fait désormais partie intégrante
du quotidien de l'Egyptien malgré ses revenus modestes.
« A cause de la chaleur et de la pollution, je ne
peux me passer de ma douche ni de mon eau de toilette pour
me sentir bien dans ma peau. Je n'ai pas de préférence,
j'aime tous les parfums qu'ils soient pour hommes ou pour
femmes », assure Abdel-Moneim, commerçant à Wékalet
Al-Balah. |
| Chahinaz
Gheith
et Dina Darwich |
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