Succès diplomatique pour Le Caire

« La Libye renonce à se retirer de la Ligue et cette décision a été obtenue après avoir personnellement insisté en ce sens auprès de M. Kadhafi qui est d'accord », a déclaré le président Moubarak à l'issue d'un entretien avec le dirigeant libyen Moammar Kadhafi en Libye. Le chef de l'Etat était arrivé dimanche à Tripoli accompagné des ministres des Affaires étrangères Ahmad Maher et de l'Information Safouat Al-Chérif. Au centre des discussions : la décision de la Libye de se retirer de la Ligue arabe, la situation en Iraq et les développements dans la région. Les entretiens entre les deux dirigeants ont également porté sur la situation au Soudan.

L'Egypte et la Libye travaillent ensemble pour proposer des solutions à la guerre civile au Soudan, qui dure depuis 20 ans. Un sommet réunissant les trois principaux opposants soudanais, le chef rebelle John Garang et les leaders des deux grands partis d'opposition du nord, Sadeq Al-Mahdi pour le parti Oumma, et Mohamad Osmane Al-Mirghani pour le Parti Unioniste Démocratique (PUD), s'est tenu samedi sous les auspices du Caire.

La décision libyenne de renoncer à son retrait de la Ligue arabe répond aux attentes du Caire. « Ce n'est pas dans notre intérêt que la Libye se retire de la Ligue arabe, elle doit continuer à travailler, et en cas de divergences nous devons les résoudre », a déclaré le président Moubarak.

Tripoli avait annoncé en octobre 2002 sa décision de se retirer de l'organisation panarabe pour protester contre l'absence d'initiatives face aux crises de la région, en particulier les dossiers iraqien et palestinien. Mais ce retrait avait été gelé car, selon les statuts de la Ligue, un retrait ne devient effectif qu'un an après la notification officielle, que Tripoli n'a pas effectuée jusqu'à présent.

« L'Union africaine nous suffit. La Libye est avant tout un pays africain », avait estimé le colonel Kadhafi en mars dernier.

Ch.A.
Processus de paix . Le président Moubarak s'est entretenu cette semaine au Caire avec le premier ministre japonais, Junichiro Koizumi. Les discussions ont porté sur la feuille de route et le processus de paix au Proche-Orient.
Pour une application
de la feuille de route

L'application de la feuille de route et la relance du processus de paix au Proche-Orient ont été au centre d'entretiens entre le président Hosni Moubarak et le premier ministre japonais Junichiro Koizumi en visite cette semaine au Caire. « J'espère que les Israéliens approuveront la feuille de route sans la vider de son contenu en posant de nombreuses conditions susceptibles de torpiller ce plan international pour le règlement du conflit israélo-palestinien », a déclaré le président Hosni Moubarak lors d'une conférence de presse conjointe avec le chef du gouvernement nippon. « Les Etats-Unis déploient le maximum d'efforts, Israël doit aider et les Palestiniens doivent aussi aider à appliquer la feuille de route », a ajouté le chef de l'Etat.

La feuille de route, rendue publique le 30 avril dernier et approuvée par les Palestiniens, prévoit l'arrêt total des violences de l'Intifada, le gel de la colonisation juive des territoires palestiniens occupés et la création d'un Etat palestinien d'ici 2005. Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a annoncé cette semaine qu'il acceptait ce plan de paix élaboré par le Quartette (l'Union européenne, la Russie, l'Onu et les Etats-Unis). Koizumi Junichiro a réaffirmé lors de sa présence au Caire la volonté de son pays de jouer un rôle pour la relance du processus de paix au Proche-Orient. « Il existe actuellement un nouveau gouvernement palestinien présidé par Abbass Abou-Mazen, c'est une occasion en or afin de relancer la paix au Proche-Orient et d'appliquer la feuille de route. (...) Les Etats-Unis ont un rôle principal dans la paix, mais le gouvernement japonais a aussi un rôle particulier », a affirmé Koizumi qui a qualifié de fructueuses ses discussions avec le président Moubarak. « Il faut coordonner les efforts entre les Etats-Unis, les pays arabes et la communauté internationale pour parvenir à la paix dans la région », a-t-il affirmé.

Les Etats-Unis avaient affirmé il y a quelque temps partager les préoccupations d'Israël sur la feuille de route et indiqué qu'ils en tiendraient pleinement et sérieusement compte dans la mise en œuvre du plan. Mais selon le président Moubarak, la position américaine a changé. « Actuellement, les Etats-Unis sont très sérieux pour relancer la paix. La preuve en est que le secrétaire d'Etat Colin Powell a affirmé qu'il n'y aura pas de modifications en ce qui concerne le texte essentiel de la feuille de route », a déclaré Moubarak. La direction palestinienne a fait valoir cette semaine qu'elle était toujours attachée à l'application de la feuille de route, mais refusait que des changements y soient apportés. Le gouvernement palestinien a annoncé avoir obtenu des assurances de Washington concernant l'application du plan.

L'Egypte déploie des efforts intenses afin de relancer le processus de paix dans la région. Outre les entretiens avec le premier ministre japonais au Caire, le président Moubarak s'est entretenu au sujet de la paix au téléphone avec plusieurs dirigeants arabes dont le prince héritier saoudien Abdallah bin Abdel-Aziz, le roi de Bahreïn, Hamad bin Issa Al-Khalifa, le roi du Maroc, Mohammed VI et le roi Abdallah II de Jordanie. Le chef de l'Etat a également reçu samedi à Charm Al-Cheikh le sultan Qabous d'Oman. Ces entretiens interviennent alors qu'il est question d'un prochain sommet réunissant le président américain George Bush et les premiers ministres israélien Ariel Sharon et palestinien Mahmoud Abbass à Charm Al-Cheikh pour examiner la feuille de route. Des responsables de l'Administration américaine ont indiqué que Bush pourrait décider de rencontrer Abbass et Sharon en Egypte, après le sommet du G8 qui se tiendra à Evian en France du 1er au 3 juin. Cette rencontre au Caire permettrait de relancer la feuille de route. L'implication de premier plan de l'Egypte, qui avait accueilli depuis 1993 les premiers pourparlers officiels entre Palestiniens et Israéliens et par la suite la signature de différents accords entre les deux parties, a diminué avec le gel du processus de paix depuis l'Intifada palestinienne en l'an 2000. L'Egypte a toutefois continué à utiliser sa carte de premier pays signataire d'un traité de paix avec Israël pour réanimer les pourparlers. Un sommet à Charm Al-Cheikh serait une reconnaissance du rôle égyptien dans les efforts de rapprochement entre Israéliens et Palestiniens.

Chérif Ahmed

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