| Des
lois
en trompe-l'œil |
| Six lois économiques
promulguées et 4 attendent les dernières touches au conseil
des ministres. Créer un dispositif juridique conforme à l'économie
du marché aura été l'action la plus dynamique menée par le
gouvernement Ebeid.
Parmi les lois
les plus importantes qui ont vu le jour, celles sur la propriété
intellectuelle, sur les zones économiques spéciales, sur l'exportation,
la loi du financement immobilier et enfin la loi sur le travail.
La version finale de cette loi a abouti après sept ans de
modifications. Le Bureau international du travail a émis beaucoup
de réserves à son égard.
Parmi les lois
en préparation, la loi sur le secteur bancaire, qui est actuellement
en discussion au Parlement. Quant à loi sur la compétition
et le monopole, elle est en discussion depuis sept ans. Le
gouvernement promet de la présenter au Parlement au cours
de la session prochaine, une promesse déjà faite tout au long
des quatre dernières années. Plusieurs lobbies bénéficient
en fait de report de la promulgation de cette loi, tels ceux
de l'acier, des portables, du ciment, qui ont tous réalisé
d'énormes profits dus à leur position dans le marché.
On attend également
toujours la promulgation de la loi sur l'impôt qui vise à
diminuer l'imposition et du coup à limiter la fraude fiscale
surtout de la part des technocrates et du secteur des affaires.
Une autre loi est parallèlement concoctée sur les taxes douanières,
dans le contexte de la réforme douanière.
Néanmoins, les
milieux des affaires, cible de cette effervescence législative,
ne sont pas satisfaits. Mohamad Youssef, secrétaire général
de l'Association des hommes d'affaires égyptiens, se plaint :
« Les lois promulguées ne sont pas à la hauteur de
nos demandes. Pire encore après une longue attente, elles
sont promulguées par le parlement, mais prennent beaucoup
de temps avant d'entrer en vigueur. La loi sur le financement
immobilier est là depuis trois ans, cependant elle n'entrera
pas en vigueur avant septembre 2003 ». Les exemples
sont en fait nombreux. « Le fonds d'aide aux exportateurs
stipulé par la loi sur l'exportation est en panne depuis plus
d'un an. Le calcul des sommes que j'aurais pu économisées
me rend furieux », continue-t-il. |
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Gouvernement
Ebeid .
Pour nombre d'hommes d'affaires et économistes, la nomination
d'Atef Ebeid comme premier ministre il y a quatre ans représentait
une victoire. Aujourd'hui, ils tempèrent leur enthousiasme.
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Un
bilan en noir
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| Récession
persistante, chômage et dépréciation de Livre égyptienne,
accompagnée d'une inflation croissante. La colère s'est
dernièrement accentuée vis-à-vis de la performance du gouvernement
Ebeid. Même dans les cercles des libéraux, les plus proches
de son programme. L'accumulation des problèmes économiques
n'a fait qu'augmenter les appels à un remaniement ministériel.
« Ceux
qui parlent toujours de la récession doivent arrêter, car
leur discours est devenu ennuyeux. La récession n'existe
plus ». Ce sont les mots exacts d'Atef Ebeid devant
le Parlement, alors qu'il présentait le dernier bilan du
gouvernement, en janvier dernier. Cependant, les chiffres
disent autre chose : la récession s'aggrave. Le taux
de croissance, en baisse, du PIB le révèle clairement. En
1999/2000, à l'arrivée d'Ebeid, l'économie avait enregistré
un taux de croissance de 5,9 %, il est passé à 3,4 %,
puis 3 % consécutivement et prévu d'atteindre en 2002/2003
un taux modeste de 2,5 %. Cela peut être expliqué par
le faible taux d'investissement. En fait, celui-ci était
de 18,3 % en 1999/2000. A l'époque, le gouvernement
Ebeid avait promis de porter ce chiffre à 25 % pour
réaliser un taux de croissance de 7 % ! Pourtant,
ce taux a baissé, pour atteindre 16 % en 2001/2002,
et devrait rester le même cette année.
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Source :
Ministère du Commerce extérieur.
L e taux de change est en hausse continue depuis 4
ans, ce qui a fait perdre à la monnaie égyptienne
60 % de sa valeur. Le système des changes flottants
introduit en mars 2003 n'a pas aidé à éradiquer le
marché noir où le cours du dollar a atteint en mai
2003 6,20 pts, alors qu'il était de 5,95 dans les
banques. |
« Le
secteur privé égyptien a entravé le plan du gouvernement.
Il demeure réticent à créer de vrais projets qui mènent
à un développement réel. Au moment où ce secteur devrait
réaliser près de 60 % des investissements prévus pour
2001/2002, il n'a réalisé que 46 % seulement, selon
les chiffres officiels que je trouve exagérés »,
commente Ibrahim Al-Essawi, expert économique à l'Institut
national de la planification.
Afin
de combler la détérioration des investissements privés,
le gouvernement a dû augmenter l'investissement public.
Le taux de ce dernier est donc passé de 13 % des dépenses
publiques à 18 % durant les quatre dernières années.
Cela a conduit non seulement à creuser le déficit budgétaire,
mais aussi à augmenter le taux d'inflation, qui est passé
de 2,1 % à plus de 5 %. « Je crains que
si cette situation persiste, on tombe dans la stagflation »,
souligne Al-Essawi.
Ces
tempêtes économiques ont mené Ebeid à la direction inverse
de ce qu'il voulait. Ainsi, il n'a pas pu être fidèle à
sa promesse de baisser le taux de chômage. Et il n'a pas
pu réalisé son programme — jugé par plusieurs experts
exagéré — d'embaucher 750 000 par an. Cet échec
est attendu, car les deux obstacles principaux ont persisté
durant les quatre ans du cabinet d'Ebeid. D'une part, le
taux d'investissement modeste et d'autre part, le système
éducatif en panne qui ne répond pas aux besoins du marché.
Conséquence : Le taux de chômage a augmenté de 7,4 %
à 9,1 %, selon les chiffres officiels souvent jugés
sous-estimés.
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Privatisations
au rythme de la croissance
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Un
aspect flagrant de la récession, la défaite du gouvernement
à poursuivre son programme de privatisations. Celui-ci souffre
d'un ralentissement depuis trios ans. Le précèdent ministre
du Secteur public des affaires, qui n'est autre que l'actuel
premier ministre, était censé donner une poussée au programme
et s'est trouvé accusé du rythme
ralenti. Seules 8 entreprises ont été privatisées en 2002,
13 en 2001 et 25 en 2000. Et ce, après avoir atteint son
apogée en 1998 et 1999 avec la privatisation de 32 et 31
entreprises respectivement. Non seulement le nombre des
entreprises privatisées a diminué, mais la valeur des ventes
a également atteint son minimum. L'ensemble des privatisations
effectuées en 2002 n'a rapporté que la modeste somme de
60 millions de L.E., contre 3,4 milliards de L.E. en 1997,
2,4 milliards en 1998 et 2,7 milliards en 1999. Mais le
gouvernement Ebeid a été surtout critiqué pour avoir négligé
la restructuration technique des entreprises en difficulté.
« En 12 ans d'existence du plan de privatisation,
le gouvernement s'est abstenu de développer la performance
des entreprises qu'il n'a pas pu vendre, les équipements
n'ont jamais été améliorés et les méthodes de production
demeurent traditionnelles. La performance des entreprises
publiques se dégrade et personne ne réagit », explique
Amin Moubarak, président de la commission de l'industrie
et de l'énergie à l'Assemblée du peuple.
Connu
pour ses déclarations enthousiastes, Ebeid avait déclaré
en février 2002 que le gouvernement lancerait 2 privatisations
par mois. Une ambition démesurée qui s'est heurtée au mur
de la récession.
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Taux
de change, un échec cuisant
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En
quatre ans, la Livre égyptienne a perdu près de 60 %
de sa valeur et les transactions sur le dollar sur le marché
noir battent leur plein.
En
fait, quand Ebeid a été nommé, une pénurie de dollars suffoquait
le marché et a aidé à la réapparition du marché noir après
huit ans de sommeil.
Le
gouvernement précédent avait sacrifié le tiers des réserves
internationales afin de défendre la monnaie égyptienne,
sans pourtant résoudre le problème. En revanche, Ebeid a
choisi de maintenir les réserves internationales au niveau
de 13 milliards de dollars, tout en introduisant plus de
flexibilité dans le système de change. Selon ce système,
annoncé en janvier 2001, la Banque Centrale égyptienne précisait
de temps à autre un prix central du dollar, tout en donnant
au marché une marge de flexibilité de 3 %. Il en a
résulté une dépréciation de la monnaie égyptienne de près
de 30 % en deux ans, passant de 3,41 à 4,15. « On
aurait pu éviter cette perte de valeur si le gouvernement
n'avait pas tardé à introduire ce système », rappelle
Ahmed Galal, directeur du Centre égyptien des recherches
économiques.
« Et
même après avoir introduit le système de change flexible,
le gouvernement n'a pas voulu, pendant une année entière,
de réviser à la hausse le taux de change central, ni étendre
sa marge de fluctuation à 5% au lieu de 3 % Et c'est
pourquoi ce système a fini par échouer complètement »,
continue-t-il. En janvier 2003, le premier ministre a déclaré
une nouvelle ère sur le marché des changes complètement
libre. Cette décision a fait se déprécier de nouveau la
Livre, pour atteindre 6 L.E. pour un dollar. « Là,
encore une fois, il y a un problème dans la prise de décision.
Pour assurer sa réussite, un tel changement devrait être
accompagné par des mesures complémentaires, comme l'élévation
du taux d'intérêt et l'augmentation des flux supplémentaires
de devises, à travers par exemple l'endettement extérieur »,
juge Galal. Et puisque cela n'a pas été le cas, la pénurie
en dollars se poursuit, et le marché noir contrôle toujours
la plus grande part des transactions.
Ironiquement,
dans son premier discours devant le Parlement en octobre
1999, Ebeid avait promis d'un ton rassurant de ne pas dévaluer
la Livre. |
Les
exportations stagnent
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| C'est
la scène la plus animée depuis la nomination d'Ebeid. Peut-être
à cause de la présence du dynamique, médiatique, Youssef
Boutros-Ghali, en tête du dossier comme ministre de l'Economie
et du Commerce extérieur d'abord, ensuite comme ministre
dévoué seulement à l'exportation. Beaucoup de changements
ont vu le jour dès lors. Une nouvelle loi pour la promotion
des exportations, avec un Fonds pour le financement des
exportateurs. Parallèlement, le président a annoncé la création
de la première zone économique spéciale, inspirée du modèle
des zones libres qui ont pu attirer à la Chine des dizaines
de milliards de dollars en investissements étrangers et
lui ont permis de réaliser un boom énorme des exportations.
En plus, la libéralisation graduelle du marché des changes,
que réclamait depuis toujours Ghali, est devenue aujourd'hui
une opportunité en or, pour donner aux prix des produits
égyptiens plus de compétitivité sur les marchés extérieurs.
Qu'en est-il alors pour le développement des exportations ?
La résultante semble être nulle. Les chiffres des exportations
non pétrolières révèlent une stagnation tenace aux alentours
de 2,7 milliards de dollars. Alors la stratégie mise en
place par les experts du ministère du Commerce extérieur
prévoyait des hausses annuelles consistantes pour arriver
à 6 milliards de dollars en 2006.Pour Ahmad Galal, « le
dossier des exportations renferme toujours des entraves
structurelles qui me font demander pourquoi est-ce qu'il
existe toujours des exportateurs ». Mohamad Youssef,
secrétaire général de l'Association égyptienne des hommes
d'affaires, partage cette opinion, il rappelle que les taxes
douanières sur les biens intermédiaires et les équipements
importés sont plus élevés que le coût d'importations des
biens finis. De même, les exportateurs empruntent auprès
des banques à un taux d'intérêt très élevé, soit 10-15 %,
et doivent encore payer des taxes sur les profits de 34-42 %.
« Il faut baisser les coûts des transactions, douanes,
impôts, transports, tout, sinon, les réformes seront manquées »,
conclue Galal. |
| Salma
Hussein
et Marwa Hussein
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