La
mort pullule à Bunia. De 300 à 350 cadavres ont été
retrouvés depuis le 4 mai à la suite d'affrontements
inter ethniques dans ce chef-lieu du district de l'Ituri,
dans le nord-est de la République Démocratique du
Congo (RDC). Mais le bilan pourrait être « beaucoup
plus élevé qu'annoncé », selon une porte-parole
de la Mission
des Nations-Unies en RDC (Monuc).
Le 12
mai, l'Union des Patriotes Congolais (UPC), une faction
soutenue par le Rwanda, a conquis Bunia, six jours
après le retrait des forces ougandaises qui, auparavant,
occupaient la ville. L'UPC est composée de Hema, ethnie
minoritaire opposée à la majorité Lendu.
Depuis
la signature, le 15 mai, d'un cessez-le-feu entre
les milices ethniques, la ville vit un calme précaire.
Cependant, la plupart des rues sont toujours aux mains
des miliciens et le pillage, accompagné de violences
auquel se livrent notamment des enfants soldats, se
poursuit. Cela fait que les habitants qui avaient
fui la ville sont peu nombreux à avoir regagné leurs
domiciles, toujours selon la Monuc.
Des dizaines
de milliers d'habitants avaient fui les combats, cherchant
un refuge incertain en brousse ou dans la ville de
Beni, située à environ 250 km plus au sud. Et les
deux camps de déplacés mis en place par la Monuc près
de son Quartier Général et de l'aéroport accueillent
quelque 17 000 personnes.
« Parce
qu'il est impossible de sécuriser cette zone, notre
action dans les camps de déplacés, où s'entassent
les gens, se limite à des visites. Il est hors de
question d'organiser une action comme l'apport de
nourriture », a affirmé le responsable de
l'Unicef en RDC, Gianfranco Rutigliano, déplorant
une situation humanitaire alarmante.
Si l'appel
du secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, demandant
aux Etats membres de participer à une opération militaire
d'urgence en Ituri, a reçu l'aval du Conseil de sécurité,
peu de pays se sont montrés prêts à envoyer leurs
soldats dans cette région à haut risque.
Selon
le Secrétaire général adjoint des Nations-Unies chargé
des opérations de maintien de la paix, Jean-Marie
Guehenno, qui effectue une tournée dans les pays de
la région, le rôle essentiel de cette force sera de
« stabiliser la situation à Bunia et de permettre
au processus politique déjà entamé en Ituri d'arriver
à son terme ». M. Guehenno a toutefois estimé
que « ce n'est pas la communauté internationale
qui peut assurer la sécurité d'un pays aussi vaste
que la RDC », soulignant que la sécurité
du pays « relevait de la responsabilité des
Congolais ». |
A
Paris, le ministère français de la Défense a indiqué
que l'envoi d'une force multinationale en Ituri serait
d'une « très grande complexité »
en raison notamment du mauvais état de l'aéroport
de Bunia. Le ministère faisait état des premiers éléments
fournis par des experts militaires français qui effectuaient
depuis plus d'une semaine une mission de reconnaissance
logistique sur le terrain.
Mais
ces considérations stratégiques ne sont pas les seuls
obstacles qu'aurait à surmonter la France si elle
intervient dans la région des Grands Lacs, déchirée
par des tensions aiguisées par de gros appétits économiques
de pays voisins. L'aventure pourrait être périlleuse,
étant donné que sur le plan diplomatique, le terrain
n'est pas moins « miné ». L'annonce
d'une probable intervention française a déjà provoqué
les remous de Kigali qui reproche à la France un rôle
d'appui aux génocidaires de 1994. Le Rwanda, pays
voisin soutenant la minorité Hema, qui contrôle actuellement
la ville, a jugé « malvenu » l'éventuel
déploiement d'un bataillon français au Congo.
A part
la France, l'Afrique du Sud est jusqu'ici le seul
pays à s'engager à envoyer un contingent de son armée
pour participer à cette éventuelle force internationale
en RDC.
De son
côté, le premier ministre britannique, Tony Blair,
a déclaré que son pays « réfléchit »
à la contribution qu'elle peut faire « en
fonction de ses autres engagements ». Son
homologue canadien, Jean Chrétien, tout en affirmant
examiner « les aspects techniques »
d'une collaboration avec la France au sein de cette
force, a précisé que la contribution canadienne resterait
« petite ». Tandis que l'Allemagne
et la Belgique se sont limitées à des propositions
de soutien logistique et financier au déploiement
d'une mission de paix internationale en RDC.
Enfin,
quelle que soit l'ampleur de la contribution proprement
militaire de ces pays, sa signification politique
sera non négligeable dans la mesure où elle éviterait
à l'intervention française d'être vue comme une action
unilatérale.
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