La
nouvelle « chasse aux sorcières » |
| Joignant
l'acte à la parole, les autorités américaines d'occupation
qui ont annoncé vouloir « éradiquer »
le parti Baas (ex-formation politique de Saddam
Hussein), ont sommé les quelque 200 000 cadres du
parti de se rendre immédiatement aux forces de la coalition,
dans le cadre des mesures visant à extirper l'ancien régime
de Saddam Hussein. « Les forces de la coalition
ordonnent à tous les membres à part entière du parti Baas
ainsi qu'aux officiers des services de renseignement à
se présenter immédiatement devant les responsables de
la coalition et d'attendre les instructions qui leur seront
données », a affirmé jeudi la directive du chef
du Commandement central américain Tommy Franks. L'expression
« membre à part entière » désigne les
cadres du parti, soit quelque 200 000 personnes.
800 000 autres personnes avaient le statut de sympathisants
ou de collaborateurs du Baas, un parti utilisé
pendant 24 ans par Saddam Hussein pour gouverner le pays
d'une poigne de fer.
De
petits groupes de membres du parti, visiblement effrayés,
se sont aussitôt présentés à l'entrée du complexe abritant
le QG de la coalition à Bagdad. « Nous sommes
des membres importants du parti Baas. Penses-tu
que nous devons entrer, car d'autres l'ont fait et ne
sont pas sortis ? », a demandé l'un deux.
« Ils vont peut-être nous arrêter. Nous avons
peur car nous avons des familles », a souligné
un autre. En fait, l'objectif de Washington est de ficher
tous les membres du Baas, afin de leur interdire
tout rôle dans le futur régime politique.
Le
général Franks a en outre demandé aux Iraqiens « de
fournir de manière détaillée toute information dont
ils disposeraient sur les chefs militaires et civils
de l'ancien régime ou sur n'importe quelle personne
pouvant avoir commis des crimes et atrocités contre
le peuple d'Iraq, d'Iran et du Koweït ou les installations
économiques de l'Iraq ». La semaine dernière,
la coalition avait annoncé une récompense à quiconque
fournirait des informations permettant l'arrestation
d'anciens responsables du Baas. De son côté,
l'administrateur américain pour l'Iraq, Paul Bremer,
a publié un décret interdisant à tous les hauts responsables
du Baas de travailler dans la fonction publique,
une mesure susceptible de frapper 15 000 à 30 000
membres.
Cette
nouvelle politique intransigeante contre les Baassistes
est intervenue après une campagne intense des opposants
à l'ancien dictateur Saddam Hussein, qui ont fait valoir
que les membres du Baas pouvaient saboter le
passage à la démocratie. « Le parti le plus
riche et le mieux organisé reste toujours le Baas
tant qu'il n'a pas été démantelé », a affirmé
Goran Talabani, un haut responsable du Congrès national
iraqien. Adnane Pachachi, un ex-ministre des Affaires
étrangères pro-occidental rentré en Iraq après 33 ans
d'exil, a affirmé soutenir cette politique à l'égard
du Baas. « Il ne fait qu'aucun doute
que ceux qui ont commis des crimes seront jugés et les
autres seront bannis de la fonction publique. Leur statut
pourra être revu quand la situation sera stabilisée
s'ils ne constituent plus une menace », a-t-il
dit.
Outre
la politique américaine de « chasse aux sorcières »,
des dizaines de Baassistes ont été assassinés
ces derniers jours dans les quartiers chiites pauvres
de Bagdad, mais aussi dans plusieurs villes iraqiennes.
Cette épuration a toutefois entraîné des réactions négatives
dans certains secteurs économiques et sociaux. Des manifestations
des employés d'un hôpital, de postiers et de conducteurs
d'autobus ont eu lieu pour soutenir leurs directeurs
licenciés pour leur appartenance au Baas. « Tous
les membres du Baas ne sont pas des criminels »,
a souligné le directeur de l'hôpital Al-Kindi, Hamid
Hussein Al-Araji, après le licenciement de son adjoint.
En fait, comme le soulignent beaucoup d'Iraqiens, l'appartenance
au Baas a souvent été une condition nécessaire
pour faire une maîtrise, un doctorat ou recevoir une
bourse pour étudier à l'étranger. « Avec ses
punitions collectives, la coalition se conduit comme
l'ancien régime », a souligné l'un d'eux. Sous
la férule de Saddam Hussein, il était quasiment impossible
de bénéficier d'avancement dans sa carrière sans être
membre actif du Baas. Mais il est difficile aujourd'hui
de distinguer entre ceux qui avaient adhéré au parti
pour des raisons professionnelles et ceux qui ont été
partie prenante du régime dictatorial déchu.
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Iraq
. Les forces politiques
iraqiennes de l'ex-opposition ont du mal à s'imposer
face à la coalition dont elles critiquent de plus
en plus la tutelle. |
La
grogne des Iraqiens |
| Près
de deux mois se sont écoulés depuis la chute du régime
de Saddam Hussein, et les traits du nouvel Iraq ont
toujours du mal à se dessiner. Les autorités américaines
en Iraq s'efforcent de relancer l'activité économique,
leur administrateur en chef, Paul Bremer, a entamé
la troisième semaine de sa mission en multipliant
les déplacements et les initiatives pour la reconstruction
du pays. Pourtant, la population et les factions iraqiennes
sont de plus en plus mécontentes. Les forces politiques
iraqiennes ayant émergé après
la guerre peinent toujours à s'imposer face à la coalition
américano-britannique, comme à Bassora (sud de l'Iraq),
où le conseil local a été dissous, ou à Kirkouk (nord)
en raison d'un différend ethnique. Le conseil local
de Bassora, la deuxième ville du pays, mis en place
après l'entrée des troupes britanniques, s'est vu
reprocher son autonomie d'action par le commandement
de la coalition qui a décidé de lui substituer un
comité de technocrates présidé par un officier britannique.
« Il s'agira d'une entité non politique qui
prendra des décisions sur des questions techniques,
comme l'eau, l'électricité », a tenté d'expliquer
un porte-parole de l'armée britannique. Mais cette
décision, annoncée samedi soir, a provoqué la colère
des partisans d'un chef tribal, cheikh Mouzahem Al-Tamimi,
à la tête du Conseil local. « C'est le conseil
qui avait remis en route tous les services »
publics, a précisé l'un de ses partisans, Abdel-Mahdi
Souadi Al-Jabri, pour qui l'ancien conseil allait
désormais cesser toute collaboration avec les forces
d'occupation.
A Kirkouk,
les élections du Conseil local se sont achevées dimanche
après que six membres contestés la veille eurent prêté
serment devant un responsable militaire américain.
Seuls 24 des 30 membres du conseil avaient prêté serment
samedi après que des délégués représentant la communauté
arabe eurent contesté la liste des candidats « indépendants »,
qui selon eux, étaient pour la plupart des Kurdes.
A Kerbala, à 80 km au sud de Bagdad, un dirigeant
chiite, l'ayatollah Mohammad Baqer Al-Hakim, récemment
rentré d'un exil de 23 ans en Iran, a critiqué la
mise sous tutelle du pays par la coalition américano-britannique.
« Les Iraqiens ont atteint l'âge de la raison.
Pourquoi n'ont-ils pas le droit de former un gouvernement
et de gérer leurs affaires ? », s'est
interrogé l'ayatollah Al-Hakim lors de sa première
visite samedi dans la ville sainte de Kerbala (sud
de Bagdad) après son retour d'exil. « Le pouvoir
en Iraq s'est transformé en un pouvoir d'occupation »,
a accusé le dirigeant chiite devant des milliers de
partisans de l'Assemblée suprême de la révolution
islamique en Iraq (Asrii), qui était le principal
mouvement d'opposition chiite au régime de Saddam
Hussein.
En outre,
preuve que le mécontentement augmente, des officiers
iraqiens ont manifesté lundi à travers tout le pays
et certains ont évoqué des opérations suicides contre
l'armée américaine après la décision de la coalition
de dissoudre l'armée et de supprimer les soldes. « Nous
demandons la formation rapide d'un gouvernement, le
retour de la sécurité, la remise en état des institutions
publiques et le paiement des rémunérations de tous
les militaires », a déclaré le général Saheb
Al-Moussaoui à l'adresse des militaires qui ont défilé
entre l'hôtel Palestine et le palais présidentiel
à Bagdad. « Si nos demandes ne sont pas respectées,
lundi prochain marquera la date de la rupture entre
l'armée et le peuple iraqiens d'un côté et les occupants
de l'autre », a-t-il ajouté en référence
aux forces américano-britanniques. « Si notre
situation n'est pas réglée, nous menaçons de prendre
les armes », a déclaré le colonel Ahmad Abdallah.
« Nous sommes des militaires habitués au combat
et nous avons des candidats au martyr »,
a renchéri de son côté le lieutenant-colonel Ziad
Khalaf, en référence à des attentats suicides, avant
d'ajouter : « Nous récupérerons par la
force ce que nous avons perdu par la force ».
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Le congrès national retardé
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L'administrateur
civil de l'Iraq, l'Américain Paul Bremer, a annoncé
vendredi la dissolution des forces armées iraqiennes
(environ 400 000 membres), et des services de
sécurité. Un porte-parole de la coalition a précisé
que les militaires toucheraient un seul paiement à
l'exception des officiers supérieurs qui sont frappés
par la débaassification. Bremer avait indiqué
qu'une nouvelle armée, sans appartenance politique,
serait constituée « dans un proche avenir ».
Le général David McKiernan, chef des forces terrestres
de la coalition, a précisé qu'elle pourrait commencer
à être constituée cet été. L'un des adjoints de Paul
Bremer a estimé que la dissolution de l'ancienne armée
iraqienne était « un premier pas vers la création
d'une force nationale de défense pour l'Iraq libre ».
La coalition américano-britannique a aussi décidé
d'interdire la possession d'armes lourdes et automatiques
en Iraq, et exigera des permis pour les armes légères
dans un délai de 30 jours.
Autre
sujet sensible, la coalition a lancé un nouvel appel
à la population iraqienne pour obtenir des informations
sur les armes de destruction massive. Une des principales
justifications de la guerre était la possession présumée
d'armes prohibées par Saddam Hussein. Aucune trace
de ces armes n'a été trouvée dans le pays depuis la
chute du régime, le 9 avril. A ce propos, la commission
du Renseignement de la Chambre des représentants a
demandé à la centrale de renseignement américaine
(CIA) de « réévaluer » la qualité
du renseignement américain concernant les armes de
destruction massive en Iraq et ses liens avec le réseau
terroriste Al-Qaëda.
Autre
raison qui a provoqué l'insatisfaction des Iraqiens,
sur le plan politique, Bremer a retardé la tenue d'un
congrès national que les groupes politiques iraqiens
espéraient tenir fin mai pour la formation d'un gouvernement
intérimaire, que son prédécesseur avait publiquement
promis. De plus, depuis l'arrivée de Paul Bremer,
la coalition américano-britannique parle, non pas
d'un gouvernement iraqien mais d'une autorité intérimaire
avec des pouvoirs limités.
D'autre
part, la résolution votée jeudi par le Conseil de
sécurité de l'Onu, levant les sanctions imposées depuis
13 ans à l'Iraq a accordé à la coalition la tutelle
économique et politique du pays. Un nouveau représentant
spécial de l'Onu en Iraq, Sergio Vieira de Mello,
a été nommé. Brésilien et actuel haut commissaire
de l'Onu pour les droits de l'homme, Sergio Vieira
de Mello, 55 ans, a été choisi vendredi par le secrétaire
général de l'Onu Kofi Annan, selon un diplomate. Il
est nommé pour une période initiale de quatre mois
et gardera ses fonctions de haut commissaire aux droits
de l'homme.
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| Abir
Taleb |
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