Nous avons
souvent applaudi Amira dans les différents rôles qu'elle
a interprétés à l'Opéra du Caire, comme Rosina dans le Barbier
de Séville, Adina dans L'Elisir d'Amore et Gilda
dans Rigoletto, etc. Mais c'est la première fois
que nous l'avons écoutée chanter des Lieder en langue
allemande, ainsi que des Mélodies françaises. La
cantatrice a été accompagnée au piano par l'excellente pianiste
française Pascale Rozier, dont le programme, peut-être peu
familier, correspond à ses propres aspirations et convictions
musicales. Pour commencer la soirée musicale, Amira a choisi
le Lied Hans et Grethe du compositeur autrichien
Gustave Mahler (1860 - 1911) et c'est avec une voix douce
et beaucoup de grâce qu'elle interpréta cette musique dans
un vrai style campagnard. C'est surtout dans les deux Mélodies
françaises que nous avons découvert ses dons d'interprétation
de la musique française. La première, Green, de Claude
Debussy (1862 - 1918) fait partie d'un ensemble de mélodies
intitulées Ariettes oubliées, elle est basée sur
un poème de Paul Verlaine (1844 - 1896). C'est grâce à sa
bonne connaissance de la langue française et à l'acuité
de la sensibilité de la pianiste qu'Amira exprima, avec
tellement d'émotion, les paroles du poète « Voici
des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches, et
puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous ».
Quant à la Sérénade d'Ernest Chausson (1835 - 1899),
sa voix paraissait déjà prendre plus d'ampleur et de chaleur
en chantant avec beaucoup de passion les paroles du poète
Jean Lahor : « Tes grands yeux semblent des îles
qui nagent dans un lac d'azur ». Dans les deux
Romances de Rachmaninof (1873 - 1943), sa voix se
faisait toujours plus profonde et sonore, surtout dans le
médium.
Après l'introduction de mélodies intimes
et imprégnées de belles poésies, Amira entama son premier
opéra avec L'Air de Nanetta, la reine des fées, dans
le dernier opéra « verdien », Falstaff.
Là aussi, elle captiva le public avec la finesse et
la délicatesse de sa voix qui semblait s'évaporer petit
à petit dans un espace féerique. Elle fut très applaudie.
Avec l'air de Juliette, Oh Quante volte (Oh !
Que de fois), tiré de l'Opéra de Bellini (1801 - 1835) I
Capuletti e i Montecchi, qui raconte l'histoire de Romeo
et Juliette, Amira fut emportée par une grande émotion et
une passion, fortement impressionnée de la tragédie de Juliette.
Sa sensible interprétation lui valut encore une fois de
forts applaudissements.
Pour la seconde partie du concert, c'est
la musique de Mozart qui nous a beaucoup touchés. Amira,
d'une voix pure et simple, chanta l'air Dors en paix
mon amour de l'Opéra Zaïde, avec un phrasé et
un style tout à fait « mozartiens ». Rossini
(1792 - 1868) eut aussi sa part de succès avec l'air Giusto
ciel, in tal periglio (Juste ciel, dans un tel péril !)
tiré de l'Opéra Mahomet II. Le public fut plongé
dans une atmosphère de recueillement alors que la voix d'Amira
priait et implorait la pitié du ciel La Tua pieta
.
Elle termina la soirée avec l'opérette
Candide (d'après Voltaire) du compositeur américain
Léonard Bernstein. C'est l'histoire de Cunégondé qui se
plaint de son triste sort, elle est riche mais ne trouve
pas le véritable amour. Pour la chanson Gilter and be
gay, Amira, avec ses dons innés d'actrice, improvisa
une petite mise en scène, soit une chaise, une coupe de
champagne à la main, des bijoux ... Sa voix se déplaçait
avec agilité du plus grave au plus aigu. Ses mouvements
gracieux et une petite danse improvisée à l'américaine ont
été accueillis par un grand bravo et des fleurs du public.
Comme Bis, Amira a chanté une chanson albanaise, Tadish
(Viens à moi), au caractère oriental et passionnant.
Notre jeune cantatrice a eu l'occasion
d'étudier le chant à l'étranger. Avec Gabriella Ravazzi,
elle a appris le Bel Canto italien, et avec Caroline
Dumas, la musique française. Nous lui souhaitons un bon
séjour à Paris, où elle pourra continuer à perfectionner
son art et réaliser enfin toutes ses ambitions.
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