G8 . Le sommet des pays les plus industrialisés, qui a lieu début juin à Evian en France, doit donner une nouvelle impulsion à la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad).
Rendez-vous décisif
pour l'Afrique

Les Français, hôtes du sommet, entendent bien placer l'Afrique au centre des priorités des sept pays les plus industrialisés du monde qui se réunissent avec la Russie. Mais il reste à voir dans quelle mesure les retombées de la querelle entre Paris et Washington à propos de la guerre en Iraq et le coût de la reconstruction de ce pays vont accaparer l'attention des participants. Pierre-André Wiltzer, ministre français délégué à la Coopération et à la Francophonie, s'est toutefois montré confiant malgré les inquiétudes africaines, à l'issue d'une réunion, à Paris fin avril, de ministres et autres responsables de la coopération et du développement des pays membres du G8. La rencontre s'est tenue en présence notamment de Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI et « sherpa » du président français Jacques Chirac pour l'Afrique auprès du G8, et du président du comité de pilotage du Nepad, le professeur sud-africain Wiseman Nkuhlu.

Résumant les travaux devant les journalistes, Pierre-André Wiltzer a salué les progrès dans la mise en place de ce nouveau partenariat, notamment en ce qui concerne la « revue par les pairs », c'est-à-dire le mécanisme de contrôle des engagements et des performances de chaque pays africain. Selon lui, les Africains poursuivent la réflexion sur ce concept et il s'en dégage l'idée de créer une instance compétente composée de personnalités indépendantes pour vérifier l'exécution des engagements pris.

Le ministre français a affirmé que l'Iraq n'avait pas pesé sur les discussions, soulignant que tous étaient conscients de la nécessité d'aider l'Afrique et d'augmenter les efforts des pays industrialisés à l'égard des pays pauvres. « En Afrique, il y a une guerre contre la pauvreté qui est difficile à gagner mais qu'il faut absolument gagner », a-t-il dit. La réunion, qui était la dernière de son genre au niveau du G8 avant le sommet d'Evian, a été précédée par une série de rencontres préparatoires.


Les infrastructures en priorité

Les représentants du G8 pour l'Afrique et de plusieurs gouvernements africains avaient fait le point, à la mi-avril à Bamako, sur l'état d'avancement des relations entre les deux groupes de pays. Le sujet a également été abordé par les ministres des Finances de la zone Franc début avril à Niamey au Niger. Dès le sommet France-Afrique à Paris fin février, Jacques Chirac avait déclaré que « le Nepad est la priorité de la France à Evian », proposant en même temps à ses partenaires industrialisés d'accorder des facilités commerciales aux produits agricoles africains.

La France a aussi réuni en mars dernier les responsables des agences d'aide et d'autres bailleurs de fonds intéressés par le Nepad pour notamment aborder le problème des infrastructures en Afrique sans lesquelles le développement économique du continent serait inconcevable. « Cette réunion a permis de lever le tabou sur les infrastructures qui comprennent à la fois de petits et de grands projets, comme l'électrification en Afrique de l'Ouest et australe ou l'aménagement du bassin du Niger », a estimé un participant. Il s'est aussi félicité que les Africains ait placé le problème des infrastructures parmi leurs priorités « alors qu'ils voulaient au départ tout présenter à la fois ».


L'augmentation de l'aide

Le Nepad résulte de la fusion du plan du Millénaire présenté par le président sud-africain Thabo Mbeki et les chefs d'Etat du Nigeria et d'Algérie Olusegun Obasanjo et Abdelaziz Bouteflika, auxquels s'est joint par la suite l'Egyptien Hosni Moubarak, et du plan Omega du président sénégalais Abdoulaye Wade. Adopté en juin 2001 par le dernier sommet de l'OUA, devenue depuis l'Union africaine, à Lusaka en Zambie, puis endossé en juillet de la même année par le sommet du G8 à Gênes (Italie), ce plan a déjà été à l'ordre du jour du G8 à Kananaskis (Canada) en juin 2002 après la conférence sur le financement du développement à Monterrey (Mexique). « Il faut que les bailleurs de fonds tiennent les engagements de Monterrey et de Kananaskis d'augmenter de 25 % l'aide au développement et de consacrer la moitié de ces nouveaux financements aux pays africains qui appliquent la bonne gouvernance politique et économique », souligne un responsable africain. « Le Nepad est une démarche et non un simple catalogue de projets à financer », répliquent des représentants du G8. Les pays du continent ont certes été déçus par les lenteurs de la mise en œuvre du Nepad, qui tient en fait du plan d'action multiforme. Mais ils réalisent qu'ils doivent se mobiliser encore davantage pour attirer les investissements publics et privés et donner de l'Afrique une image différente de celle d'un continent ravagé par les conflits.

Marie Joannidis
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