| « Il
ne faut pas s'arrêter à la restauration d'un édifice historique
puis l'abandonner à son sort. En tirant profit de ces monuments,
on
les conserve mieux. La réutilisation est une partie principale
dans les étapes de la conservation d'un monument restauré »,
souligne Aymane Abdel-Moneim, responsable du projet de rénovation
et de restauration du Caire islamique. Suite à la première
phase du projet, 47 édifices ont été restaurés. Une fois
que la restauration a été terminée, une question se pose
avec insistance : comment garantir une bonne réexploitation
des édifices historiques pour éviter qu'ils ne retombent
dans l'oubli ? Devant cet état de fait, le ministère
de la Culture propose une solution : un projet qui
vise à la réutilisation des bâtiments. Les sabils,
ou fontaines publiques, figurent en tant que premier exemple
d'une réutilisation « cette réhabilitation doit
obéir à plusieurs conditions dont le fait que la nouvelle
vocation corresponde au caractère de l'édifice, son environnement
et le style ancien du Caire islamique. Des activités qui
doivent répondre aux attentes des habitants de la région
et aux touristes, sans représenter de danger pour les bâtiments
historiques », affirme Moustapha Hassan Khalifa,
directeur des antiquités de la zone de la Citadelle.
Ce
projet de réutilisation des sabils doit être financé
par le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) en collaboration
avec le Fonds de développement culturel. Cette démarche
présente un double intérêt. D'une part la préservation de
ces monuments, fleurons de l'architecture islamique, d'autre
part la sensibilisation de la population à l'importance
de la richesse du patrimoine. Comme point de départ, une
dizaine de sabils, faisant essentiellement partie
des 47 monuments islamiques restaurés dans le cadre du projet
de la rénovation du Caire islamique, ont été choisis pour
commencer le projet. « Ce choix des sabils
n'est pas le fruit du hasard. Ceux-ci se trouvent en grand
nombre dans Le Caire islamique. D'autre part, l'architecture
du sabil possède beaucoup d'avantages qui rendent
sa réutilisation plus facile que les autres édifices islamiques ;
d'abord sa structure qui aménage beaucoup d'espaces vides,
sa surface assez importante, ainsi que son important emplacement
dans des lieux très fréquentés », explique Salah
Zaki, professeur d'architecture à l'université Misr International
et un des participants au projet. A l'origine, les sabils
ont été annexés à des kottab (écoles coraniques),
l'écriture et autres sciences. En les transformant en centres
culturels, on maintient donc leur vocation culturelle.
Les
sabils choisis pour accomplir le projet serviront
à des activités diverses. Le sabil-kottab
Qaïtbay de la rue Al-Saliba, dans le quartier de la Citadelle,
a été aménagé pour abriter une grande bibliothèque consacrée
aux patrimoines islamiques et coptes. C'est en fait une
branche de la grande Bibliothèque du Caire. Le sabil
Mohamad Ali (appelé aussi sabil de Tossone pacha),
situé rue Al-Nahassine, sera bientôt transformé en musée
du tissu et tapis islamiques. C'est un nouveau type de musées
spécialisés qui sera inauguré en août ou septembre prochain.
Quant à la madrassa (école) d'Al-Aïni, annexée à
un sabil, avec sa grande surface et sa position,
entre la maison Zeinab Khatoun et celle d'Al-Harrawi, servira
de centre pour l'enseignement de l'informatique aux étudiants
d'Al-Azhar et aux habitants de la région. Il s'agira de
centre très moderne avec ordinateurs et accès à Internet
pour faciliter la tâche des chercheurs et des étudiants
dans tous les domaines.
D'autres
sabils de dimensions plus restreintes seront utilisés
comme centre pour l'enseignement du oud (luth), de
la flûte ou du dessin. Le sabil Aboul-Ekbal sera
transformé en « Club du crayon international ».
Il s'agira donc d'un lieu où se regrouperont les écrivains
et les hommes de lettres. Cela sera ainsi une bonne occasion
pour ces élites culturelles de prendre contact avec la société.
D'autres sites serviront de bureau d'inspection pour les
fonctionnaires du CSA. Les sabils serviront de centres
culturels dans des quartiers qui en sont dépourvus. Ils
combleront ainsi une lacune.
Les
responsables du projet œuvreront pour que ces lieux exceptionnels
deviennent de nouvelles destinations touristiques hors pair.
Toutes ces nouvelles idées dans la réutilisation des édifices
donnent un cachet de renouveau et attireront un grand nombre
de touristes.
« En
cas de succès, cette expérience sera généralisée aux autres
monuments islamiques restaurés. Ce projet n'est pas le premier
du genre. On a déjà commencé dans quelques wékalas
et demeures historiques ; citons entre autres
Wékalet Al-Ghouri, la maison Zeinab Khatoun, d'Al-Séheimi
et celle d'Al-Harrawi », espère Aymane Abdel--Moneim.
Ce
projet ne consiste pas uniquement à faire des sabils
des centres culturels. Il vise aussi, dans sa deuxième phase,
à trouver d'autres vocations. « Il ne faut pas transformer
tous les monuments restaurés en des centres culturels. Ce
serait ennuyeux. Des objectifs sociaux seront aussi nécessaires
pour les gens. On peut les transformer en des hôpitaux et
des banques », suggère Salah Zaki.
L'idée
du projet de réutilisation des édifices antiques a suscité
de vives critiques. Cette réhabilitation comporte parfois
des risques. Elle constituera un va-et-vient continuel dans
l'édifice. Seront-ils préservés ou auront-ils besoin d'une
nouvelle restauration ?
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