Palestine . Après avoir obtenu des assurances américaines sur ses propositions d'amendements, le cabinet israélien a assorti de réserves son approbation de la « feuille de route ». Ce qui a provoqué une insatisfaction palestinienne.
Le « oui, mais » d'Israël

Le gouvernement israélien a approuvé dimanche avec réserves la « feuille de route », un plan de paix international visant au règlement du conflit israélo-palestinien. Toutefois, son « oui, mais » a été jugé insuffisant par les Palestiniens. Apparemment, l'approbation du cabinet d'Ariel Sharon ne faisait aucun doute pour deux raisons. D'une part, parce que les Etats-Unis le demandaient avec insistance, conscients que le gouvernement palestinien de Mahmoud Abbass (Abou-Mazen), qui a approuvé le document fin avril, refuserait de l'appliquer si Israël ne l'adoptait pas d'abord. D'autre part, parce qu'Israël ne pouvait pas se permettre d'apparaître aux yeux de Washington et de l'opinion publique internationale comme le responsable de l'échec de ce nouveau plan de paix et qu'il était vital pour l'Etat hébreu d'ôter à M. Abbass tout prétexte pour ne pas tenir ses engagements, le premier étant de mettre fin aux violences de l'Intifada.

Quoi qu'il en soit, en donnant son accord, le gouvernement israélien s'est engagé pour la première fois de son histoire à la création d'un futur Etat palestinien. La « feuille de route » prévoit l'arrêt total des violences de l'Intifada, le gel de la colonisation israélienne des territoires occupés et la création par étapes d'un Etat palestinien indépendant d'ici à 2005, sans toutefois en préciser les frontières.

La motion stipulant ces réserves a été adoptée par douze voix contre sept — celles des ministres les plus nationalistes du gouvernement Sharon — et quatre abstentions, parmi lesquelles celle du ministre des Finances, Binyamin Netanyahu (Likoud, droite).

Le cabinet a également voté une motion — adoptée, elle, à une écrasante majorité — rejetant par avance le « droit au retour » des millions de réfugiés palestiniens en Israël même.

Israël s'est toujours opposé à un retour des réfugiés qui sont aujourd'hui avec leurs descendants 3,7 millions, considérant qu'un tel retour remettrait en question le caractère juif de l'Etat hébreu. Cette question du droit au retour des réfugiés, qui doit être discutée lors de la troisième et dernière étape de ce plan de paix, constituait l'obstacle principal à l'approbation de la « feuille de route » par le gouvernement israélien.

L'approbation du gouvernement israélien est intervenue après l'annonce faite vendredi par le premier ministre Ariel Sharon selon laquelle il acceptait ce plan de paix compte tenu des assurances américaines sur les réserves émises par Israël sur ce texte. M. Sharon a assuré que les 14 réserves émises par Israël à propos de la « feuille de route » constituaient « une ligne infranchissable » et que « rien de rien ne sera décidé sans l'aval d'Israël ». Les Etats-Unis avaient affirmé, vendredi, tenir pleinement et sérieusement compte des réserves israéliennes dans la mise en œuvre du plan.


Les Palestiniens sceptiques

Cet engagement a été salué par la Maison Blanche — qui y a vu « un important pas en avant » — ainsi que par la Russie, l'Allemagne, l'Union européenne et la France. Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin a ainsi estimé que cette décision « marque une étape majeure pour la relance du processus de paix ». Néanmoins, ce n'est point l'opinion des Palestiniens qui estiment que l'approbation israélienne n'est pas suffisante. « Nous voulons qu'ils approuvent la feuille de route à la lettre, sans conditions, comme l'ont fait les Palestiniens », a déclaré Nabil Abou-Roudeina, conseiller du président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat.

Le premier ministre palestinien Mahmoud Abbass a également assuré que le document « doit être accepté tel quel. Aucune modification des articles ne sera acceptée par la partie palestinienne ».

C'est sans doute pour tenter de sortir de cette impasse, émanant des divergences entre les deux parties que le président américain a indiqué vendredi qu'il envisageait « sérieusement » de rencontrer MM. Abbass et Sharon. Ce sommet tripartite est prévu à Aqaba dans trois semaines.

De son côté, la presse du Golfe, jetant le doute sur l'approbation israélienne, a souligné que Sharon a voulu faire croire au monde qu'il a fait un grand sacrifice pour la paix.

De même, le chef du bureau politique du mouvement islamiste radical palestinien Hamas, Khaled Mechaal, a estimé samedi à Doha que la « feuille de route » était « un grand piège ». « Ariel Sharon cherche à gagner du temps », a ajouté M. Mechaal, en accusant le premier ministre israélien de « chercher seulement l'application de la première phase de la feuille de route, pour frapper la résistance palestinienne ».

Le premier ministre palestinien avait rencontré jeudi à Gaza une délégation du Hamas, sans parvenir à un résultat concret sur une éventuelle suspension des violences. « Dès que l'ennemi sioniste arrêtera de tuer des civils palestiniens, cessera ses assassinats et ses incursions et libérera les prisonniers, alors le Hamas pourra arrêter ses opérations militaires contre les civils israéliens », a déclaré Ismaïl Haniya, un responsable du mouvement.

La position de Hamas est justifiée par la situation sur le terrain. L'armée israélienne a lancé samedi à l'aube une importante opération dans le camp de réfugiés palestiniens de Tulkarem en Cisjordanie, procédant à de nombreuses perquisitions. Une cinquantaine de chars, de transports de troupes et jeeps participaient à l'opération menée par plusieurs centaines de soldats. Le couvre-feu a été imposé sur le camp de réfugiés ainsi que sur la ville de Tulkarem. Vendredi, l'armée israélienne a indiqué avoir émis un ordre d'expulsion de la Cisjordanie vers la bande de Gaza, à l'encontre de cinq détenus palestiniens membres de groupes armés. En Cisjordanie, l'armée israélienne a dynamité, vendredi, la maison familiale d'une jeune kamikaze qui avait commis la semaine dernière un attentat suicide dans le nord d'Israël, et a arrêté 21 Palestiniens.

Rania Adel

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