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Les
mouvements islamistes en quête d'un statut légal
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| Des
réformes seraient-elles en mesure de canaliser les tendances
islamiques de la société égyptienne en les légalisant ?
Exclus depuis toujours de la scène politique, des groupes
ayant pour base l'idéologie islamique traditionnelle, ainsi
que ceux qui expriment de nouvelles tendances et se présentent
sous des dehors un peu plus modérés, ne cessent de chercher
une forme institutionnelle, par laquelle ils peuvent émerger
comme force politique légitime. Au cours des dernières années,
des partis tels qu'Al-Islah, Al-Charia (islamisme
traditionnel) et Al-Wassat (modéré) ont présenté leur
candidature à la commission des partis. Et l'autorisation
leur a été refusée au nom de nombreux arguments, dont celui
de représenter des courants islamiques politiques radicaux,
inacceptables par la Constitution égyptienne. « La
première fois que nous avons demandé une autorisation pour
la formation d'un parti en 1996, on nous l'a refusée, parce
ils n'ont pas su faire la différence entre nous les frères
musulmans. A l'époque, on nous avait même jetés en prison
avant de réaliser l'erreur. Et la deuxième fois, on nous a
refusé l'autorisation sous un prétexte plutôt vague qui était
celui de non différentiation entre notre programme et celui
des autres partis existant déjà », explique Aboul-Ela
Madi, secrétaire général adjoint du parti Al-Wassat.
Les
polémiques en cours et la tendance de plus en plus admise
d'accorder plus de liberté à tous les courants existant dans
la société ont fait que ces partis non encore autorisés sont
revenus sur le devant de la scène. « Nos groupes ont
toujours été traités avec beaucoup de suspicion. Notre but
est d'accéder à une condition de légitimité et de prouver
à tous qu'il n'y a pas de raison de nous craindre »,
affirme de son côté Gamal Sultan, secrétaire général adjoint
du parti Al-Islah. Selon lui, le programme de son parti
ne diffère pas de celui des nombreux partis à tendance conservatrice
en Europe, comme par exemple la Démocratie chrétienne en Italie.
« Il est vrai que nous défendons les valeurs traditionnelles
de la société musulmane mais ceci ne veut pas dire que nous
avons l'intention d'exclure ou de marginaliser les citoyens
égyptiens appartenant aux autres confessions, comme les coptes »,
explique-t-il. Constamment accusés « d'opportunisme
politique », et de tenir un discours libéral de façade
uniquement, avec pour but véritable d'arriver au pouvoir,
ces formations essayent de se démarquer de ce stéréotype.
« Nous sommes complètement différents des modèles
algérien ou iranien », ajoute Sultan.
Pour
Aboul-Ela Madi., le programme de son parti par exemple peut
être plutôt comparable à Al-Adala wa al-tanmiya (Justice
et développement) au Maroc, ou celui au pouvoir actuellement
en Turquie. Avec un programme présenté comme islamique modéré,
Al-Wassat essaye de s'adapter à la modernité en offrant
une alternative au discours des courants islamiques traditionnels.
Ainsi, il défend le programme d'un parti civil normal, mais
qui a pour référence la charia islamique. Ce qui le distingue
des autres partis religieux. « Dans ce parti, contrairement
aux autres, nous avons des musulmans et des coptes. Des femmes
et des hommes. Et nos membres représentent un échantillon
de la société arabe », poursuit Madi. Le projet du
parti Al-Wassat aborde, selon Madi, des questions modernes
avec une perspective islamique éclairée. On veille au respect
de la liberté d'expression, celui du rôle de la femme, ainsi
que des non musulmans. « Nous considérons que la femme
est comme l'homme. La femme peut assumer n'importe quelle
position dans la société, juge ou même président de la République.
Le même droit est offert aux non musulmans. Ceci pourvu qu'il
soit un citoyen avec ses droits reconnus », continue
Madi Et finalement pour ce qui est du regard sur l'autre,
il explique qu'Al-Wassat ne voit pas l'Occident comme
un bloc monolithique. Et pense qu'il est parfaitement possible
d'entretenir des rapports équilibrés et des échanges avec
ce monde « pourvu qu'on respecte les particularités
de notre culture ».
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Les
autorités méfiantes
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Ces
courants éveillent cependant de grands soupçons non seulement
auprès des autorités mais aussi de la part de certains spécialistes
des mouvements religieux. « La plupart d'entre eux
possèdent des programmes qui n'ont pas une grande originalité
comme la mise en place de la charia Islamique. Mais c'est
avec cela qu'ils s'attirent des adeptes, le continuel appel
aux slogans et clichés religieux », estime Nabil
Abdel-Fattah, chercheur au Centre d'études politiques et stratégiques
d'Al-Ahram. Selon lui, la raison pour laquelle le gouvernement
refuse à ces groupes le statut de parti, c'est parce que donner
une légitimité et un statut officiel à ces groupes signifierait
leur donner la liberté d'action aidant à propager des idées
religieuses extrémistes. « Ceci leur permettrait de
parvenir à une force de mobilisation politique à travers la
propagation de leurs idées. Ils feraient cela par un recrutement
au sein de la nouvelle génération. Et ceci parce que la meilleure
manière d'assurer une forte pénétration dans toute la société
est de passer par le biais des milieux universitaires »,
poursuit Abdel-Fattah.
Qu'on
le veuille ou non, les membres des factions des frères musulmans
sont une réalité au sein des milieux syndicaux, et monopolisent
la direction des syndicats des avocats, des médecins, des
dentistes et des ingénieurs. « Même lorsque le gouvernement
essaye de compliquer leur accès à la direction de ces institutions,
en changeant les lois électorales des syndicats, ils s'organisaient
toujours de manière à assurer leur accès à ces places »,
explique Diaa Rachwan, expert de l'islam politique au Centre
d'études politiques et stratégiques d'Al-Ahram. Des
critiques contre lesquelles les protagonistes des divers courants
religieux se défendent avec l'argument que leur rôle n'est
pas celui de propager des idées islamistes mais plutôt celui
de canaliser des tendances existant dans la société égyptienne.
Quoi qu'il en soit, les islamistes sont une force indéniables
au sein de celle-ci. Rester dans la clandestinité, ou sortir
sous une forme plus modérée et moderne sont sans doute les
options qui se présentent actuellement. Reste à savoir si
leur discours ne se limite pas au plan théorique. Et les propos
lancés sur le respect des libertés personnelles et politiques
ne changeraient pas au cas où ils accéderaient éventuellement,
un jour, au pouvoir. |
| Randa
Achmawi |
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Vie
politique . Conséquence de la guerre en Iraq,
la question d'une réforme politique est à l'ordre du jour
en Egypte. Elle met en cause le parti au pouvoir, mais aussi
l'opposition. Les changements opérés jusque-là restent en
deçà des attentes. |
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Démocratie
en transition |
| Annuler
les tribunaux de sûreté de l'Etat et les peines de travaux
forcés, ou encore créer un Conseil national des
droits de l'homme, autant de projets ambitieux que le parti
au pouvoir a pris en charge, mais qui restent en deçà des
aspirations. La réforme politique en Egypte est encore à
l'état stagnant : encre sur papier. En tenant en septembre
dernier son huitième congrès général, après dix ans d'interruption,
le Parti National Démocrate (PND) a laissé les promesses
aller bon train. Assoiffée de démocratie et épaulée par
les changements qui ont agité le PND lui-même, la scène
politique égyptienne s'attendait depuis à un changement
radical. Une métamorphose ... des réformes qui s'attaquent
au fond. Mais jusque-là, celles-ci se sont limitées aux
seules apparences.
Il
est vrai que les projets qu'entend présenter à l'Assemblée
du peuple le parti au pouvoir ont été qualifiés de positifs
par les observateurs, et aussi par l'opposition. Ils restent
cependant incomplets. « La suppression des tribunaux
de sûreté de l'Etat doit aller avec celle de la loi d'urgence
en vigueur depuis plus de 20 ans. Car celle-ci donne au
gouvernement le pouvoir de traduire des accusés devant des
cours militaires, dix fois plus impitoyables »,
précise le politologue Abdel-Salam Noweir. Pour lui, le
projet sur les droits de l'homme ou sur les travaux forcés
doit être aussi précédé d'une révision de la situation des
prisons et des violations flagrantes des droits de l'homme
que dissimulent leurs murs.
Qu'elles
soient suffisantes ou pas, ces démarches ont poussé l'opposition
à en réclamer davantage. « Il faut que le processus
électoral soit dans son intégralité sous contrôle judiciaire
pour garantir son intégrité », réclame Wahid Al-Oksori,
chef du parti Misr Arabe Socialiste. En effet,
pour la première fois en 2000, les législatives ont été
supervisées par la justice, mais uniquement à l'intérieur
des bureaux de vote. Les portes, elles, sont restées aux
mains des forces de l'ordre, choisissant à leur guise les
électeurs. Le gouvernement l'a toutefois dit, il entend
réformer la loi électorale. Le PND proposera probablement
de passer à un mode de scrutin par liste, un système qui
selon lui vise à renforcer le contrôle judiciaire et traduire
la volonté des citoyens. L'opposition y voit un seul objectif
du gouvernement : éradiquer le phénomène des indépendants
qui se sont accaparés 219 des 448 sièges à pourvoir au Parlement,
poussant le PND à la deuxième place pour la première fois
de son histoire.
Mais
un scrutin de liste signifierait une campagne électorale,
un énorme financement. Et l'opposition fait face à de sérieux
problèmes budgétaires. Seules quelques 50 000 L.E.
sont allouées tous les ans à chaque parti. « Une
somme pour subventionner son journal alors que le PND bénéficie
de tout l'appui du gouvernement, ainsi que de toutes les
ressources de l'Etat, radio, télévision et presse écrite,
même la possibilité de transporter les électeurs vers les
bureaux de vote et autres lieux de rassemblement »,
relève Mohamad Youssef, du Parti nassérien. Pire encore,
aucun parti de l'opposition ne peut investir son argent
en dehors d'un projet de publication. Il ne peut non plus
recueillir des fonds égyptiens ou autres tant que l'identité
du donateur n'est pas dévoilée. Al-Oksori estime que « c'est
une politique d'intimidation. Car celui qui finance un parti
et se retrouve soumis à une sorte d'interrogatoire, n'aura
plus le courage de renouveler la chose ». |
Une
opposition ligotée
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Mais
ce n'est pas uniquement le financement qui fait défaut.
Toujours en vertu de la loi d'urgence, l'opposition ne peut
organiser des conférences qu'au siège des partis, le plus
souvent quadrillés par les forces de police. « Pas
de réunions publiques avec des étudiants ou des ouvriers,
pas de marche pacifiste et donc pas de contact direct avec
les électeurs », ajoute Al-Oksori. De fait, l'opposition
en Egypte s'est limitée à une simple opposition de journaux.
Affaiblie, elle n'a pas pu tenir face au PND et présenter
de véritables programmes. Elle reste absente de la scène
politique. Sur les 17 partis, seuls cinq ou six sont connus
et le plus souvent en raison de divergences profondes qui
les secouent et passent parfois devant la justice, à l'exemple
du parti Wafd (libéral) ou des Nassériens. On entend
parler aujourd'hui de néo-Wafd ou néo-Nassériens.
Et alors que les opposants critiquent la gérontocratie de
l'élite politique, leurs dirigeants, eux, ne sont plus très
jeunes. La conséquence en est des luttes de pouvoir internes
sur les rôles de leadership, au lieu de promouvoir leurs
idées auprès de la population.
Les
partis de l'opposition ont à présent conscience de cet état
de choses. Certains d'entre eux se sont efforcés de former
un front uni pour mettre fin au monopole du PND. Les présidents
de quatre partis, Noamane Gomaa (néo-Wafd), Khaled
Mohieddine (Rassemblement, RPU, gauche), Diaeddine Daoud
(Arabe Nassérien) et Ibrahim Choukri (Travail, islamiste
et socialiste) ont pris l'initiative de se rencontrer pour
appeler à la création d'un Front national afin de mener
une réforme politique. Ils entendent tenir un congrès à
la mi-juin pour lancer un appel au président Moubarak sur
l'urgence d'un renforcement de la démocratie.
Une
idée qui, loin d'inquiéter le parti au pouvoir, l'a cependant
indisposé. Son secrétaire général, Safouat Al-Chérif, a
déclaré : « Nous ne préférerons pas l'idée
d'alliance, car nous sommes tous sur le même bateau ».
L'opposition peut encore profiter de la manne de la guerre
en Iraq qui a suscité un appel à la démocratie dans les
pays arabes pour donner un élan à sa démarche. Eclipsés
par le conflit à Bagdad, les scandales de corruption de
figures de proue du PND ont resurgi. Le plus récent en date
est celui touchant Tareq Al-Séweissi, responsable du parti
dans le quartier de Haram. Il est accusé d'avoir fait une
fortune de 3 milliards de dollars dans un trafic d'antiquités.
Cette affaire fait suite à une série d'autres malversations.
Six mois auparavant, Abdallah Tayel et Abdel-Wahab Qouta,
respectivement président et vice-président de la commission
économique du Parlement, ont été présentés à la justice
dans une affaire de fraude. Ils ont été accusés d'avoir
fourni ou obtenu frauduleusement des crédits bancaires.
Cette affaire, qui a impliqué d'anciens députés du PND,
des responsables et des hommes d'affaires s'est retrouvée
sur le devant de la scène avec un nouveau verdict qui les
condamne à des peines allant de 5 à 15 ans de prison. Le
PND est donc sur la sellette. Ce qui favoriserait les autres
partis politiques. |
PND :
les anciens et les modernes |
| Mais
le gouvernement accepterait-il un affaiblissement du parti
qui domine depuis la fin des années 1970 ? Le PND aussi
n'ignore pas tous ces indices. Des changements successifs
se sont produits au sein de ses rangs provoquant même un
duel entre ce qu'on appelle la vieille garde, avec les figures
emblématiques de Youssef Wali et Kamal Al-Chazli, et la
nouvelle génération emmenée par Gamal Moubarak, fils du
président. Aujourd'hui, il est le président du comité politique
du parti qui prépare les projets qui seront présentés au
Parlement. Il a encore créé une commission de formation
politique. Il propose d'accorder 50 % des nouvelles
sections du PND aux jeunes et aux femmes.
La
réforme politique se déroule toutefois au ralenti. Par le
passé, le gouvernement l'a justifié par la situation sécuritaire
précaire en raison des menaces terroristes. Aujourd'hui
encore, en dépit de l'absence d'une telle menace, il avance
le même argument. « Les exigences de sécurité poussent
à plus de prudence, pour que cette liberté ne soit pas utilisée
à des fins qui menacent la sûreté de l'Etat »,
estime Ahmad Al-Fadali, cadre du PND. Il va encore plus
loin en affirmant que pour réaliser des réformes politiques
majeures, non seulement l'Egypte mais toute la région doit
êtrprête « en ayant réalisé le plus haut degré de
stabilité ». Le politologue Abdel-Salam Noweir
estime qu'aucune société n'est à l'abri de la menace d'instabilité
et qu'une société démocratique est plus apte à l'affronter.
Mais, le pouvoir essaye d'apporter d'autres justifications,
comme le fait que la réforme politique doit aller de pair
avec une réforme sociale et économique, arguant du risque
de voir le capitalisme dominer les urnes en l'absence d'une
vraie culture politique. Noweir estime que lier les réformes
politiques à d'autres critères qui peuvent durer encore
longtemps traduit la crainte du pouvoir qu'une réforme entière
n'engendre un débordement ou une instabilité à l'exemple
de ce qui s'est passé en ex-Union soviétique. Et pour l'éviter,
il faut procéder par étapes, selon le gouvernement. Les
analystes soulignent qu'on ne peut passer par séquences
pour instaurer la démocratie. C'est un tout à prendre ou
à laisser. Il faut juste lui ouvrir la porte, la soumettre
à l'expérience. Corriger ses erreurs, c'est ça qui doit
se faire par étapes. |
| Samar
Al-Gamal |
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