Les Français,
hôtes du sommet, entendent bien placer l'Afrique au centre
des priorités des sept pays les plus industrialisés du monde
qui se réunissent avec la Russie. Mais il reste à voir dans
quelle mesure les retombées de la querelle entre Paris et
Washington à propos de la guerre en Iraq et le coût de la
reconstruction de ce pays vont accaparer l'attention des
participants. Pierre-André Wiltzer, ministre français délégué
à la Coopération et à la Francophonie,
s'est toutefois montré confiant malgré les inquiétudes africaines,
à l'issue d'une réunion, à Paris fin avril, de ministres
et autres responsables de la coopération et du développement
des pays membres du G8. La rencontre s'est tenue en présence
notamment de Michel Camdessus, ancien directeur général
du FMI et « sherpa » du président français
Jacques Chirac pour l'Afrique auprès du G8, et du président
du comité de pilotage du Nepad, le professeur sud-africain
Wiseman Nkuhlu.
Résumant les
travaux devant les journalistes, Pierre-André Wiltzer a
salué les progrès dans la mise en place de ce nouveau partenariat,
notamment en ce qui concerne la « revue par les
pairs », c'est-à-dire le mécanisme de contrôle
des engagements et des performances de chaque pays africain.
Selon lui, les Africains poursuivent la réflexion sur ce
concept et il s'en dégage l'idée de créer une instance compétente
composée de personnalités indépendantes pour vérifier l'exécution
des engagements pris.
Le ministre
français a affirmé que l'Iraq n'avait pas pesé sur les discussions,
soulignant que tous étaient conscients de la nécessité d'aider
l'Afrique et d'augmenter les efforts des pays industrialisés
à l'égard des pays pauvres. « En Afrique, il y a
une guerre contre la pauvreté qui est difficile à gagner
mais qu'il faut absolument gagner », a-t-il dit.
La réunion, qui était la dernière de son genre au niveau
du G8 avant le sommet d'Evian, a été précédée par une série
de rencontres préparatoires. |
| Les représentants
du G8 pour l'Afrique et de plusieurs gouvernements africains
avaient fait le point, à la mi-avril à Bamako, sur l'état
d'avancement des relations entre les deux groupes de pays.
Le sujet a également été abordé par les ministres des Finances
de la zone Franc début avril à Niamey au Niger. Dès le sommet
France-Afrique à Paris fin février, Jacques Chirac avait
déclaré que « le Nepad est la priorité de la France
à Evian », proposant en même temps à ses partenaires
industrialisés d'accorder des facilités commerciales aux
produits agricoles africains.
La France a
aussi réuni en mars dernier les responsables des agences
d'aide et d'autres bailleurs de fonds intéressés par le
Nepad pour notamment aborder le problème des infrastructures
en Afrique sans lesquelles le développement économique du
continent serait inconcevable. « Cette réunion a
permis de lever le tabou sur les infrastructures qui comprennent
à la fois de petits et de grands projets, comme l'électrification
en Afrique de l'Ouest et australe ou l'aménagement du bassin
du Niger », a estimé un participant. Il s'est aussi
félicité que les Africains ait placé le problème des infrastructures
parmi leurs priorités « alors qu'ils voulaient au
départ tout présenter à la fois ». |
Le Nepad
résulte de la fusion du plan du Millénaire présenté par
le président sud-africain Thabo Mbeki et les chefs d'Etat
du Nigeria et d'Algérie Olusegun Obasanjo et Abdelaziz Bouteflika,
auxquels s'est joint par la suite l'Egyptien Hosni Moubarak,
et du plan Omega du président sénégalais Abdoulaye
Wade. Adopté en juin 2001 par le dernier sommet de l'OUA,
devenue depuis l'Union africaine, à Lusaka en Zambie, puis
endossé en juillet de la même année par le sommet du G8
à Gênes (Italie), ce plan a déjà été à l'ordre du jour du
G8 à Kananaskis (Canada) en juin 2002 après la conférence
sur le financement du développement à Monterrey (Mexique).
« Il faut que les bailleurs de fonds tiennent les
engagements de Monterrey et de Kananaskis d'augmenter de
25 % l'aide au développement et de consacrer la moitié
de ces nouveaux financements aux pays africains qui appliquent
la bonne gouvernance politique et économique »,
souligne un responsable africain. « Le Nepad est
une démarche et non un simple catalogue de projets
à financer », répliquent des représentants du G8.
Les pays du continent ont certes été déçus par les lenteurs
de la mise en œuvre du Nepad, qui tient en fait du plan
d'action multiforme. Mais ils réalisent qu'ils doivent se
mobiliser encore davantage pour attirer les investissements
publics et privés et donner de l'Afrique une image différente
de celle d'un continent ravagé par les conflits.
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