Les six recommandations

Mais comment éviter le pire ? C'est-à-dire le gaspillage et la dilapidation du patrimoine iraqien. Les experts proposent six suggestions :

— Que tous les musées, bibliothèques, archives, monuments et sites en Iraq soient immédiatement gardés et sécurisés par les forces sur place.

— Que l'exportation de toutes les antiquités, œuvres d'art, livres et archives provenant d'Iraq, soit immédiatement prohibée.

— Qu'une interdiction immédiate frappe le commerce international des objets provenant de l'héritage culturel iraqien.

— Qu'un appel soit lancé pour le retour volontaire et immédiat de tous les objets culturels volés ou exportés illégalement d'Iraq.

— Qu'une mission de reconnaissance placée sous la coordination de l'Unesco pour évaluer l'étendue des dommages et des pertes culturels en Iraq soit immédiatement établie.

— Que soient facilités les efforts internationaux pour aider les institutions culturelles en Iraq.

Iraq . L'Unesco crée un fonds spécial pour le patrimoine culturel iraqien et décide des mesures d'urgence pour éviter le trafic des objets dérobés.

Mobilisation suite à la catastrophe

Le directeur général de l'Unesco, Koïchiro Matsuura, a annoncé à Paris la création d'un « Fonds spécial pour le patrimoine iraqien » et proposé la mise en place de « mesures d'urgence ». Ce fonds spécial sera alimenté par les contributions de nombreux pays dont l'Italie « qui a été la première à offrir une contribution de 400 000 dollars » et d'autres pays « dont la liste grandit chaque jour » émanant d'Etats comme le Qatar, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Egypte et diverses institutions.

« Des mesures d'urgence s'imposent, comme la mise en place par les autorités sur place, et sur tout le territoire iraqien d'une police du patrimoine chargée de veiller sur les sites et institutions culturels, y compris les bibliothèques et les bâtiments abritant des archives », a affirmé M. Matsuura.

La réunion de jeudi au siège de l'Unesco intervient une semaine après le pillage notamment des Musées de Bagdad et de Mossoul (nord), au lendemain de la chute de Bagdad et des principales villes iraqiennes aux mains des troupes américaines.

« Le plan d'action d'urgence devra bien entendu être élaboré en coordination avec le plus grand nombre possible de partenaires et d'institutions (...). La situation est très certainement confuse en Iraq, mais nous avons déjà hélas des certitudes préoccupantes : le pillage des Musées de Bagdad et de Mossoul, l'incendie de la Bibliothèque nationale. Sans parler des dommages subis par nombre de sites patrimoniaux et de leur pillage », a souligné M. Matsuura. « Ces derniers jours, a-t-il poursuivi, nous avons multiplié les contacts avec les autorités américaines et britanniques, afin qu'elles prennent immédiatement des mesures de surveillance des sites archéologiques et des institutions culturelles en Iraq. Afin d'empêcher l'exportation et le trafic des œuvres dérobées, nous avons alerté les autorités des pays limitrophes, ainsi que les autorités de police et de douane internationales tels Interpol et l'Organisation mondiale des douanes ». M. Matsuura a indiqué qu'il s'apprêtait à « demander au secrétaire général des Nations-Unies de soumettre la question du trafic illicite au Conseil de sécurité afin qu'une résolution puisse être adoptée qui impose un embargo, pour une période déterminée, sur l'acquisition de tout objet culturel en provenance de l'Iraq, et qui demande le retour de tels biens culturels en Iraq si de telles acquisitions ou exportations ont déjà eu lieu ». Selon lui, « cette résolution pourrait ainsi s'appliquer aux 191 Etats membres des Nations-Unies et non seulement aux 97 Etats parties à la Convention de 1970 ». A ce propos, il a lancé un appel à tous les Etats pour adopter « les mesures d'urgence pour prévenir l'importation sur leur territoire de tout bien culturel, archéologique et bibliographique ayant quitté l'Iraq dans la période présente », et il a renouvelé son appel « à tous les musées, négociants d'art et collectionneurs privés pour qu'ils considèrent ces biens comme ne pouvant faire l'objet de transaction commerciale ». M. Matsuura a enfin indiqué que « l'inscription de la ville d'Assur (nord) sur la liste du patrimoine mondial et sur la liste du patrimoine en danger sera proposée à la prochaine session du Comité du patrimoine mondial qui se tiendra en Chine en juin prochain ».

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