Syrie . Les menaces américaines contre Damas font le jeu d'Israël, souligne-t-on dans le monde arabe.
Washington sert les
intérêts de Sharon

Les pressions et les menaces faites dernièrement à la Syrie se justifient-elles seulement par les liens entre ce pays et des membre de l'ancien régime iraqien comme le disent les responsables américains ? Ne sont-ils pas plutôt une manière voilée de punir le régime de Damas pour ses positions considérées comme radicales vis-à-vis d'Israël ? « Pour l'aile des faucons prépondérante au sein de l'Administration américaine, le régime syrien est lui aussi contrôlé par le parti Baass. Ils proposent toujours un discours extrémiste (de leur point de vue), qui refuse un règlement politique avec Israël, qui a des liens avec le Hezbollah, qui laisse opérer sur son sol une dizaine d'organisations palestiniennes opposées à Oslo. C'est pour cela que Washington exerce une grande pression sur ce régime. Pour lui, il est essentiel qu'il y ait des changements importants dans la politique étrangère syrienne ». Emad Gad, chercheur au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram et rédacteur en chef du Israeli Digest, est affirmatif à cet égard.

Ainsi, pour Washington, il faut mettre Damas au pas, dans l'intérêt d'Israël. On a vu le premier ministre israélien, Ariel Sharon, faire des discours virulents dans ce sens. Dans le sillage des menaces américaines contre Damas, il a qualifié le président syrien Bachar Al-Assad d'individu « dangereux » et a appelé les Etats-Unis à exercer des « pressions très fortes sur la Syrie, pas nécessairement en allant vers la guerre ». Le gouvernement syrien a rejeté pour sa part les menaces et les accusations des responsables américains contre la Syrie, estimant que celles-ci étaient « sans fondement » et inspirées par Israël. Le chef de la diplomatie syrienne, Farouq Al-Chareh, s'en était pris avec virulence aux Américains et aux Israéliens. La Syrie est « le dernier bastion » face à Israël. « Au fil des ans, des pays arabes voisins d'Israël ont des accords de paix avec Israël, puis l'Iraq, maintenant, a été réduit par la force », note un analyste arabe.


L'Axe Washington - Tel-Aviv

Une politique américaine qui s'est mue en stratégie et qui fait que Washington et Tel-Aviv sont toujours dans le même camp. « Non que les Etats-Unis obéissent aux ordres d'Israël, comme disent certains. Mais on ne peut pas nier qu'il existe, surtout à la suite des événements du 11 septembre, une vision commune sur les événements de la région et qui a fait de sorte que les agendas de deux pays sur le Moyen-Orient coïncident quasi totalement », relève Gad. Dans la pratique, on a vu les Etats-Unis, sur demande d'Israël, inclure le Hamas, le Djihad et le Hezbollah dans la liste les organisations terroristes. « En fait, ce sont les Israéliens eux aussi qui ont été les premiers à accuser les Syriens de faciliter les transports des armes de destruction massive iraqiennes à travers leurs territoires. Un discours adopté par la suite par l'Administration américaine », fait remarquer Gad.

Côté syrien, ce genre de position ne surprend pas. « Nous sommes tous conscients des relations entre l'Amérique et Israël. Elles sont connues de tous. Ce sont des relations stratégiques privilégiées que les deux pays ne sont pas capables de nier. Il faut que nous sachions bien que le conflit israélo-arabe est pratiquement considéré comme une question interne, aux Etats-Unis. Ceci parce qu'Israël est lui-même une partie du conflit. Et nous savons bien aussi que les Israéliens font eux-mêmes partie du processus de prise de décision dans l'Administration américaine », a souligné le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouq Al-Chareh, lors d'une conférence de presse au siège de la Ligue arabe au Caire, en ajoutant : « C'est pour cette raison que nous n'écartons pas la possibilité de l'utilisation du veto de la part des Etats-Unis pour notre projet de résolution visant à rendre le Moyen-Orient exempt d'armes de destruction massive. Là où nous disons que le désarmement est dans l'intérêt de tous. Notamment de la sécurité du développent du Moyen-Orient ». La Syrie a déposé devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies un projet de résolution demandant l'application des textes de l'Onu faisant du Moyen-Orient, y compris Israël, une zone sans armes de destruction massive. Une initiative significative si l'on songe qu'Israël n'a jamais caché qu'il détenait des armes nucléaires et que, de surcroît, il n'a pas adhéré au Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires (TNP).

L'Administration américaine tente de voiler son alignement total sur Israël. En essayant de masquer ses desseins par un certain souci de sécurité, de désarmement et de lutte contre le terrorisme. « Le comportement affiché des Etats-Unis vis-à-vis de la Syrie en ce moment est guidé par la crainte que la Syrie abrite des réfugiés des cercles de pouvoir proches de Saddam, aussi bien que par le soupçon que des armes iraqiennes aient été transportées en Syrie. Ceci tout comme le soutien accordé par la Syrie au Hezbollah », explique une source diplomatique occidentale au Caire. Mais cette source reconnaît que « les gens autour de Bush sont décidés à faire un grand nettoyage dans la région », poursuit le diplomate.

La même source occidentale n'écarte pas la possibilité que les Syriens, ouverts au dialogue, puissent se saisir de l'occasion pour rouvrir les négociations avec Israël. Et reparler de certains obstacles à la paix. « Ils sont conscients que certains membres du Likoud voudraient régler d'abord le volet syrien, qui paraît relativement facile, pour se concentrer ensuite sur le volet palestinien ». Mais les choses ne paraissent pas aussi simples du côté arabe. On affirme toujours qu'une nouvelle carte de la région est en train d'être élaborée, basée sur un accord entre le président américain George W. Bush et les premier ministre britannique Tony Blair et israélien Ariel Sharon. Ce serait là la clef de cette furie américaine contre Damas.

Randa Achmawi

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