Ils
ont dits |
| « Aucun
responsable qui aurait joué un rôle dans l'invasion du Koweït
en 1990 et dans la guerre entre l'Iraq et l'Iran (1980-1988)
n'essaiera d'entrer en Syrie ». « Ils
ne peuvent pas venir en Syrie, alors même qu'ils savent que
la Syrie a dénoncé ces deux guerres et pour notre part, nous
ne pouvons pas donner asile à ces individus ». |
| Farouq
Al-Chareh
ministre syrien des Affaires étrangères. |
« Nous
soutenons la Syrie, qui est en première ligne contre les sionistes
(Israël) et dans la défense de la cause palestinienne
(...), mais cela ne veut pas dire que (nos relations avec
les Etats-Unis) entreront dans une phase militaire ».
« J'espère que les menaces américaines contre la Syrie
sont du bluff (...) je ne pense pas que les Etats-Unis
aient la capacité d'attaquer la Syrie, car la situation dans
le monde ne permet pas la répétition de ce qui s'est passé
en Iraq ». |
Mohammad
Khatami,
président iranien. |
« Comme
au poker menteur, la Syrie se retrouve face au gagnant américain,
sans savoir s'il bluffe, ou s'il mûrit un ultimatum et qu'après
la leçon de Bagdad, le cas de Damas offre aux idéologues une
autre occasion de remodeler le Proche-Orient selon les intérêts
des Etats-Unis et ceux aussi d'Israël ». |
Le
Figaro. |
« Tout
se passe à première vue comme si la Syrie allait bientôt constituer
la troisième cible, après l'Afghanistan et l'Iraq, de l'ire
américaine post-11 septembre ». |
Le
quotidien belge
Le Soir. |
« L'appétit
vient en guerroyant (...) La Syrie, qui ne faisait pas
partie de « l'Axe du mal », est brusquement
devenue « le principal mal de tête des Américains »
qui gardent encore l'Iran « pour le dessert ».
|
Le
journal russe des milieux d'affaires Kommersant. |
« Un
des avantages d'avoir libéré Bagdad, c'est que nous pourrons
peut-être améliorer l'attitude de ces pays sans avoir à nous
battre (...) L'exemple iraqien pourrait les amener
à repenser quels sont les coûts et les avantages d'apporter
un soutien à la terreur et autre chaos ». |
Wall
Street Journal. |
|
|
Syrie .
Les menaces américaines contre ce pays, accusé des mêmes
torts que l'Iraq, font renaître les craintes d'une nouvelle
opération militaire américaine. Si Damas et Washington modèrent
un peu leur discours, le fond du problème demeure.
|
|
Le
spectre d'une nouvelle guerre |
| A
peine Bagdad investie et contrôlée par les forces américaines
et à peine les craintes de voir ces troupes, venues soi-disant
pour
libérer les Iraqiens, se transformer en force d'occupation
confirmées, Washington a franchi un nouveau palier dans
sa politique proche-orientale. Un coup de semonce est adressé
à la Syrie. Non seulement ce pays est accusé d'avoir soutenu
le régime de Saddam Hussein en accueillant certains de ses
cadres en fuite, mais il doit répondre aux yeux de l'Administration
américaine à d'autres chefs d'accusation : la possession
d'armes de destruction massive et l'abri et le soutien offerts
à des organisations terroristes. Du déjà vu et dit ?
Certainement. Les Etats-Unis procèdent comme ils l'ont déjà
fait avec l'Iraq, bien que jusqu'à présent ils n'aient pas
trouvé la moindre trace d'armes prohibées, ni le moindre
rapport entre l'ancien régime de Bagdad et des terroristes
de l'acabit d'Al-Qaëda.
De
faux arguments, du moins trop fragiles pour un nouveau cas,
l'Amérique semble lancée dans ses menées impériales et sa
volonté déjà annoncée de remodeler la carte géopolitique
de la région. Une surprise ? Alors que les combats
n'étaient pas encore terminés, analystes et opinions arabes
se demandaient déjà à qui serait le tour après l'Iraq. Mais
c'est sans doute la hâte avec laquelle Washington a désigné
sa future cible qui étonne. « Dès le départ, nous
avions dit que les choses n'allaient pas s'arrêter à l'Iraq.
L'élimination du régime de Saddam ne réalise pas tous les
objectifs de la stratégie américaine. Mais c'est la rapidité
et l'agressivité avec laquelle les Américains ont agi avec
la Syrie qui nous ont surpris », souligne Ahmad
Youssef, directeur du Centre d'études arabes basé au Caire.
Pour lui, la politique de Damas ne convient pas à la stratégie
américaine. Il s'agit notamment du règlement du conflit
arabo-israélien ; Damas représente l'un des pays les
plus fermes sur la question et revendique notamment le retour
du Golan occupé dans sa totalité (lire encadré).
Mais
cela n'est qu'un aspect, même s'il est fondamental, du procès
fait à Damas par les Américains. D'autres griefs sont apparus,
représentant autant de points faibles pour la Syrie. Il
y a notamment la présence — ou domination — syrienne
au Liban, pays voisin. Il y a aussi le soutien — d'autres
parlent de manipulation — apporté au Hezbollah
qui figure sur la liste des organisations terroristes dont
la tête est mise à prix par Washington. |
Bras
de fer américano-syrien |
| Pour
le moment, c'est un bras de fer qui s'engage. Après les
premiers échanges véhéments, l'heure est à une accalmie ...
provisoire. Si la Syrie et les Etats-Unis semblent avoir
choisi de baisser le ton et d'engager le dialogue, ils n'ont
rien cédé toutefois sur le fond.
« La
Syrie, qui avait parié sur un enlisement de la coalition
américano-britannique en Iraq, est forcée de s'adapter à
la nouvelle situation créée par l'effondrement plus rapide
que prévu du régime de Saddam Hussein », a déclaré
à l'AFP un diplomate occidental, sous réserve de
l'anonymat.
Lâchant
du lest, Damas a affirmé avoir fermé ses frontières tant
aux dignitaires en fuite du régime iraqien déchu qu'aux
« volontaires » arabes désireux d'aller
se battre contre les soldats de la coalition. Un pragmatisme
dont la Syrie est coutumière : en témoigne l'accalmie
à la frontière libano-israélienne, où son protégé, le Hezbollah
chiite libanais, n'a mené depuis un an que de rares attaques
contre les soldats israéliens.
Les
Etats-Unis, ayant vérifié sur le terrain que la Syrie avait
bien fermé ses frontières, ont annoncé que le secrétaire
d'Etat, Colin Powell, envisageait de se rendre à Damas à
une date indéterminée, façon de dire que la diplomatie reprenait
ses droits. A Damas, le même jour, la porte-parole du ministère
des Affaires étrangères Boussaïna Chaabane soulignait que
la Syrie privilégiait le « dialogue ». |
Un
calme apparent
|
Avec
les contacts diplomatiques amorcés, Washington et Damas
ont cessé leur surenchère verbale, qui avait vu le porte-parole
de la Maison Blanche, Ari Fleischer, traiter la Syrie d'« Etat
terroriste » et « voyou » et Farouq
Al-Chareh comparer la montée en puissance des Etats-Unis
du président George W. Bush à celle de l'Allemagne hitlérienne
dans les années 1930. Mais ce n'est qu'une accalmie, la
tempête étant loin d'être terminée même si l'hypothèse d'une
autre guerre « préventive », menée cette
fois contre la Syrie, a été écartée, au moins pour le moment,
par Washington. Syriens et Américains n'en ont pas pour
autant renoncé à leurs points de vue respectifs. Washington
ne relâchera pas la pression sur la Syrie, afin de la dissuader
d'avoir une action déstabilisatrice en Iraq et, au-delà,
pour l'amener à abandonner son soutien aux groupes « terroristes »
palestiniens et au Hezbollah. Damas, de son côté,
n'est prête ni à se désintéresser de son arrière-cour iraqienne
ni à accepter le « diktat » que serait
pour elle un règlement de paix global au Proche-Orient imposé
par les Etats-Unis et basé sur les exigences d'Israël.
Un
scénario ou une approche à l'iraqienne n'est pas exclu dans
ce cas si l'on songe que les Américains voudront en découdre
avec la Syrie, forts de leur expérience en Iraq où ni leurs
alliés ni l'Onu n'ont pu empêcher de mener une invasion.
Ainsi, Mohamad Al-Sayed Saïd, vice-directeur du Centre d'Etudes
Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, considère
que « les Etats-Unis veulent battre le fer alors
qu'il est chaud et profiter de la confusion que la chute
de Saddam a provoquée et de la frustration née dans la rue
arabe pour lancer les mêmes accusations à Damas. Parce que
le régime syrien représente le même modèle politique que
celui de Saddam ». De plus, ajoute le politologue,
il existe de « graves écarts entre les intérêts
américains et syriens ». Damas est l'un des principaux
pays à avoir opposé une fin de non-recevoir à la légitimité
de la présence israélienne dans la région |
La
machine de propagande américaine
|
Ainsi,
on a vu certains analystes américains qui avaient soutenu
idéologiquement Washington dans sa campagne contre l'Iraq
se lancer contre la Syrie. Et les accusations n'ont cessé
de pleuvoir avec pour but de dissuader la Syrie d'entraver
le processus de stabilisation en Iraq et les efforts de
paix que les Etats-Unis s'apprêtent à relancer entre Israël
et les Palestiniens. Ces derniers jours, des mises en cause
en rafales émanant de Washington ont pris pour cible le
régime de Bachar Al-Assad, les Etats-Unis allant jusqu'à
qualifier la Syrie — avec laquelle ils entretiennent
des relations diplomatiques — d'Etat « voyou »
et « terroriste ».
« La
Syrie a été oubliée de l'Axe du mal établi par l'administration
Bush entre l'Iraq, l'Iran et la Corée du Nord »,
explique le professeur Marius Deeb, spécialiste du Proche-Orient
à l'Université Johns Hopkins de Washington.
« Et
cet oubli, poursuit l'universitaire, est en passe
d'être réparé ». Car, précise-t-il, « Damas
est capable de déstabiliser la région », alors
que les Américains opèrent en Iraq pour la mise en place
d'un nouveau régime. Et un autre intellectuel américain
appartenant à la mouvance de droite qui soutient les faucons
du Parti républicain de dire : « En faisant
preuve de cynisme, on peut dire qu'abriter d'anciens nazis,
des dirigeants terroristes, et maintenant des responsables
iraqiens, constitue une longue tradition syrienne »,
estime Scott Lasensky, qui dirige la section « Proche-Orient »
au Council on Foreign Relations, un groupe de réflexion.
Et
Washington d'évoquer le soutien syrien aux chiites anti-américains
du sud de l'Iraq, qui est aussi sujet de préoccupation pour
Washington. Ces franges de la population iraqienne ont d'ailleurs
une représentation en Syrie (et à Téhéran), un pays gouverné
par une branche du chiisme, les Allaouites. Damas soutient
par ailleurs le Parti des travailleurs kurdes (PKK), des
séparatistes considérées parWashington comme des terroristes,
et abrite les organisations palestiniennes du « refus »,
notamment le FPLP-CG (Front Populaire de Libération de la
Palestine-Commandement Général), le Djihad islamique
et le Hamas. |
Le
facteur libanais
|
L'autre
point qui pour les Etats-Unis constitue un argument contre
la Syrie est son attitude vis-à-vis du Liban. Le soudain
changement de gouvernement au Liban, pays où la Syrie exerce
une forte influence depuis 14 ans, illustre la volonté syrienne
de serrer les boulons. Au lieu de s'ouvrir à l'opposition
chrétienne modérée comme certains l'avaient pronostiqué,
le nouveau cabinet de Rafiq Al-Hariri formé jeudi est encore
plus pro-syrien que le précédent.
Pour
Mohamad Al-Sayed Saïd, le lobby maronite aux Etats-Unis
est très influent : « Il est le partenaire
de la droite américaine conservatrice et du christianisme
de tendance sioniste. Ce lobby est derrière les menaces
américaines contre la Syrie pour provoquer le départ des
Syriens du Liban ». |
Les
pressions américaines
|
Mais
d'ici à dire que les Marines vont débarquer tout de suite
sur les côtes syriennes il n'y a qu'un pas, que les analystes
se refusent de franchir. Ahmad Youssef estime ainsi qu'il
« n'y aura pas de guerre ouverte contre la Syrie
à l'instar de celle en Iraq. L'Amérique aura plutôt recours
aux sanctions économiques et politiques. Pour le moment,
le pétrole iraqien ne coule plus dans les pipelines syriens,
ce qui constitue la première étape des pressions américaines
sur la Syrie ».
De
toute façon, l'option militaire n'est pas exclue, selon
lui, mais elle interviendrait plus tard.
Même
son de cloche du côté du chef de la diplomatie américaine.
Colin Powell avait affirmé lundi que Washington allait « examiner
de possibles mesures de nature diplomatique, économique
ou autre » contre Damas. Ce que croit Al-Saïd.
Pour lui, « les pressions contre la Syrie prendront
la forme de pressions économiques et diplomatiques qui iront
en crescendo, avec un soutien du lobby anti-arabe au Congrès
américain ». D'ailleurs, des parlementaires américains
démocrates et républicains ont décidé de lancer une nouvelle
offensive au Congrès pour pénaliser la Syrie économiquement
et diplomatiquement. Ce texte, qui pourrait être adopté
rapidement après la rentrée des parlementaires fin avril,
prévoit également d'interdire tout investissement et exportation
américaine à l'exception de produits alimentaires et de
médicaments ainsi que le gel des avoirs syriens aux Etats-Unis.
Selon des responsables parlementaires cités par le New
York Times vendredi, l'administration Bush risque de
se montrer réticente à l'égard de ce projet de loi qui pourrait
limiter sa marge de manœuvre diplomatique avec la Syrie.
Selon
Marc Ginsberg, ancien ambassadeur américain au Maroc pendant
l'administration Clinton, l'intérêt des Syriens pour les
aides d'organisations, comme le Fonds Monétaire International
(FMI), pourrait être exploité par Washington.
« Nous
pourrions dire très clairement que nous ne comptons pas
approuver des prêts supplémentaires pour la Syrie »,
affirme M. Ginsberg. Mais, selon Jon Alterman, du Center
for Strategic and International Studies (CSIS), ces
dissensions américano-syriennes vont se terminer comme les
précédentes.
Plus
vague, mais plus menaçante est la conseillère de George
W. Bush pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice. Dans
une interview à la télévision égyptienne, elle a affirmé
que le président américain garde « toutes les options »
ouvertes pour traiter avec la Syrie. En fait, tous les choix
sont possibles, celui de la guerre aussi, même si l'on tente
d'en écarter le spectre. Mohamad Al-Sayed Saïd n'exclut
pas des « frappes sélectives contre des objectifs
précis en Syrie ». |
| Ahmed
Loutfi
Nada
Al-Hagrassy |
|
| Retour
au sommaire |
|