Diplomatie. Le président Moubarak a effectué une tournée de deux jours dans le Golfe ainsi qu'en Syrie centrée sur la situation en Iraq.
Pour un Iraq uni et souverain

« Il y a un consensus arabe et international sur le fait que l'Iraq doit être gouverné par les Iraqiens », a déclaré le président Moubarak. « Aucun pays ou peuple arabe n'acceptera que l'Iraq soit gouverné par des étrangers. Même les pays européens et les médias américains n'accepteront pas cela », a ajouté le chef de l'Etat. La situation en Iraq après le départ de Saddam a été au centre des préoccupations du président Moubarak en visite dimanche et lundi en Syrie, au Bahreïn, aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite. Objectif de cette tournée arabe : réunir un front commun pour un départ rapide des troupes américaines stationnées en Iraq. La tournée du président Moubarak a commencé dimanche 20 avril par une courte visite à Damas puis à Bahreïn. Le lendemain, le chef de l'Etat s'est rendu aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite.

En Syrie, Moubarak et son homologue syrien, Bachar Al-Assad, ont souligné la nécessité de mettre fin à l'occupation de l'Iraq par les forces américano-britanniques et d'établir un gouvernement iraqien représentatif. Selon le chef de la diplomatie Ahmad Maher, Le Caire rejette la nomination d'un gouverneur militaire américain en Iraq. Maher a souligné qu'« aucun gouvernement à Bagdad ne serait reconnu s'il ne reflétait pas la volonté du peuple iraqien ». Il a appelé à mettre fin à l'occupation et demandé aux troupes américaines de respecter la Convention de Genève, concernant le maintien de l'ordre public et la protection des civils en Iraq. Le chef de la diplomatie a appelé en outre la communauté internationale à œuvrer pour garantir l'unité, l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Iraq. « Nous allons discuter des moyens d'aider l'Iraq à sortir de la crise », a-t-il déclaré. L'Egypte, tout comme ses partenaires arabes, s'inquiète d'une domination américaine sur la région du Proche-Orient.

Le conseiller politique du président Moubarak, Ossama Al-Baz, a appelé à la tenue d'un congrès auquel participeraient toutes les forces et les parties iraqiennes sous l'égide de l'Onu pour décider de l'avenir de l'Iraq. « Les Iraqiens doivent pouvoir gouverner eux-mêmes leur pays et au plus vite », a ajouté Ossama Al-Baz. Il a estimé que le gouvernement intérimaire que doivent mettre en place les Etats-Unis ne doit pas durer plus de quelques semaines.


De l'Iraq à la Syrie

Les responsables syriens affirment que certains membres de l'Administration américaine considèrent l'occupation de l'Iraq comme un point de départ pour remodeler la région du Proche-Orient. Les menaces proférées contre la Syrie ont également été au centre des discussions lors de la tournée de Moubarak. En effet, les responsables américains multiplient depuis quelques jours les menaces de sanction contre la Syrie qu'ils accusent de soutenir le terrorisme international, de donner refuge à des hauts responsables du régime déchu de Saddam Hussein et de détenir des armes de destruction massive. Accusations rejetées en bloc par Damas : « Tout le monde sait que ces accusations sont sans fondement. A supposer que les Arabes possèdent des armes de destruction massive, celles-ci ne constitueraient que 10 % de ce que possède Israël », a déclaré le chef de la diplomatie syrienne, Farouq Al-Chareh. Il a estimé que ces accusations reflètent l'état de confusion de l'Administration américaine, après ce qui s'est passé en Iraq où elle a été surprise par des manifestations contre l'ancien régime mais également contre la présence américaine. De son côté, Maher a dénoncé les menaces américaines et réaffirmé la solidarité du Caire avec Damas. « Lorsqu'il y a des problèmes, il faut les régler d'une façon diplomatique et non par la politique de menaces », a déclaré Maher.

« Moubarak et Assad ont également évoqué les réformes de l'Autorité palestinienne ainsi que le nouveau gouvernement palestinien dont la formation doit permettre l'annonce de la feuille de route qui pourrait contribuer à arrêter les actes de violence et d'entamer des mesures concrètes permettant d'aboutir à l'instauration d'un Etat palestinien », a déclaré le ministre de l'Information Safouat Al-Chérif.

Les mêmes questions évoquées en Syrie l'ont été à nouveau à Bahreïn aux Emirats et en Arabie saoudite. C'est ainsi que le président Moubarak a souligné avec son homologue bahreïni, Hamad bin Issa Al-Khalifa, la nécessité de préserver l'intégrité territoriale de l'Iraq, de donner au peuple iraqien la possibilité de décider de son avenir politique et de construire un Etat doté d'institutions démocratiques. Bahreïn assure actuellement la présidence de la Ligue arabe.

Par ailleurs, l'Egypte — représentée par le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Maher — et Bahreïn ont participé vendredi dernier à une réunion à Riyad avec les six voisins de l'Iraq (l'Arabie saoudite, la Turquie, l'Iran, la Syrie, la Jordanie et le Koweït). Les participants à cette réunion ont demandé le retrait des troupes américaines et la formation rapide d'un gouvernement provisoire en Iraq.

Chérif Ahmed

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