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Le
vrai du faux |
Les statistiques
ne sont jamais précises en Egypte. Il n'y a qu'à comparer
entre les rapports de « La stratégie de l'exportation »,
publié de 2001 et de 2002.
Premièrement,
l'un note une différence entre les objectifs des exportations,
publiés en 2001, et ces mêmes objectifs parus dans le bilan
détaillé dans le dernier rapport en date. A titre d'exemple,
la stratégie de 2001 fixe un objectif des exportations de
textile de 1,4 milliard de dollars en 2002. Or, les calculs
du bilan dans le dernier rapport sont basés sur un objectif
de 1,05 seulement pour la même année. Il en est de même pour
d'autres secteurs. Cela peut être interprété comme une ruse
qui aide à donner l'impression de meilleures résultats. Cependant,
Hani Qadri, assistant technique en chef du ministre du Commerce
extérieur, donne une autre justification : « Ces
objectifs ont été modifiés. Les nouveaux chiffres prennent
en considération les résultats sur la période 1999-2001, alors
que les premières estimations étaient basées sur les exportations
de 2000 seulement qui avaient connu un boom exceptionnel.
Nous avons réalisé qu'il est plus raisonnable de prendre une
moyenne ».
Deuxièmement,
pour la troisième année, une grande différence entre les chiffres
comptés en Egypte des exportations égyptiennes, et ces mêmes
chiffres comptés par les partenaires commerciaux. « Les
valeurs mentionnées dans les statistiques de nos partenaires
commerciaux dépassent toujours celles mentionnées dans les
statistiques locales », précise le rapport. Il a
étudié les cas des Etats-Unis et de l'Union Européenne (UE)
qui absorbent ensemble environ deux tiers des exportations
égyptiennes. Selon les chiffres de l'UE, Les différences moyennes
entre les statistiques des deux parties étaient de 87 %
entre 1997 et 2001. Durant les sept premiers mois de 2002,
l'UE a enregistré que la valeur des exportations égyptiennes
est effectivement le double de celles enregistrées
en Egypte. « Il faut revoir les moyens et le
degré de précision de l'enregistrement des statistiques dans
les ports égyptiens », note la stratégie. En fait,
la fraude peut être l'une des raisons principales de ces lacunes.
Il existe des exportateurs qui présentent de fausses factures
aux autorités égyptiennes pour payer moins d'impôts et moins
de taxes douanières.
Troisième et
dernier jeu de chiffres dans le rapport, la différence entre
les chiffres des exportations révélés par la Banque Centrale
Egyptienne (BEC) et ceux révélés par l'Organisme central de
mobilisation et des statistiques (CAPMAS). La BCE a enregistré
des exportations de 6,4 milliards de dollars en 1999/2000,
de 7,1 milliards l'année suivante et de 6,6 en 2001/02, tandis
que le CAPMAS a enregistré 4,3, 4,5 et 4,3 milliards de dollars
respectivement. L'interprétation présentée par le rapport
« ne suffit pas pour comprendre la grande différence »,
en utilisant ses termes. Mais c'est la seule réponse valide
jusqu'à présent : CAPMAS enregistre les produits qui
sortent de l'Egypte à travers les issues douanières, tandis
que la BCE détecte le flux des transferts banquiers, valeur
de ces exportations qui entrent en Egypte.
Pour mettre fin
à ces lacunes qui peuvent entacher la crédibilité du rapport,
Hani Qadri assure : « L'Organisation générale
de contrôle des exportations et des importations et l'administration
des douanes coopèrent actuellement pour améliorer les systèmes
d'évaluation du commerce extérieur. Elles auront recours aux
aides d'une entreprise internationale spécialisée ».
En attendant, nous n'avons qu'à accepter ces chiffres sans
être trop méticuleux. |
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Exportations
. Plus d'un an après sa
mise en place par le gouvernement, la stratégie de développement
des exportations égyptiennes n'a pas réalisé tous les objectifs
qu'elle s'était fixés. |
Bilan
mitigé
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« Si
rien ne marche, c'est à cause des répercussions de la guerre
contre Iraq et des attentats du 11 septembre ».
Une phrase passe-partout, qui intervient comme une explication
à tous nos maux : récession, hausse du dollar, et même
trébuchement des exportations égyptiennes. Celles-ci ne
se portent en effet pas très bien. C'est ce que vient de
révéler un rapport publié fin mars par le ministère du Commerce
extérieur et qui évalue les exportations égyptiennes lors
des 9 premiers
mois de 2002. Il évalue ainsi les résultats de l'application
de la stratégie de développement des exportations égyptiennes
mise en place il y a un an et demi. Cette stratégie comporte
un plan quinquennal qui vise à promouvoir les exportations
égyptiennes et diminuer le déficit de la balance commerciale.
Le rapport
annonce que le déficit commercial a diminué de 8,6 %
pour atteindre 5,7 milliards de dollars entre janvier et
septembre 2002, contre 6,2 milliards de dollars au cours
de la même période de l'année précédente. A l'origine de
cette baisse, une augmentation de 14 % des exportations.
Les exportations non pétrolières ont à elles seules augmenté
de 25 % pour atteindre 2 439 millions de dollars
au cours des 9 premiers mois de 2002. Une augmentation certes,
mais qui n'atteste pas du succès de la stratégie de développement
des exportations.
Lorsqu'elle
a été mise en place, cette stratégie, dans sa première phase,
misait sur la promotion des exportations de 5 secteurs :
le textile, l'agriculture, l'agro-alimentaire, les industries
chimiques et les matériaux de construction. Selon le rapport
du ministère du Commerce, entre janvier et septembre 2002,
ces secteurs n'ont pas tous réalisé les objectifs qu'ils
s'étaient fixés. Le secteur du textile a seulement réalisé
54 % de l'objectif initialement prévu : des exportations
d'une valeur de 568 millions de dollars contre les 1,4 milliard
de dollars prévus. « Cette mauvaise performance
du secteur du textile ne me trouble pas du tout, car elle
est due à des raisons extérieures et non pas à des problèmes
locaux. Premièrement, les Etats-Unis, notre plus grand marché,
ont diminué le volume de leurs importations en textile.
En plus, Il y a également l'émergence de nouveaux exportateurs
comme les pays subsahariens, ceux de la zone Caraïbe et
surtout la Jordanie. Certains produits jordaniens ont l'avantage
d'accéder aux marchés américains sans imposition de tarifs
douaniers ni de quotas, ce qui donne à ce pays un avantage
compétitif de 15 a 35 %, selon les Jordaniens eux-mêmes »,
explique Hani Qadri, économiste et senior assistant du ministre
du Commerce extérieur. Pour ce qui est de l'industrie chimique,
les exportations ont régressé de 10 %, pour se limiter
a quelque 276 millions de dollars au cours des 9 premiers
mois de l'année contre 308 millions de dollars au cours
de la même période l'année précédente. Selon l'objectif
fixé par la stratégie, elles devaient atteindre 539 millions
de dollars en 2002. De même, l'industrie agro-alimentaire
a enregistré un léger recul de 1,2 % au cours de la
même période (84 millions de dollars). En revanche, pour
ce qui est des matériaux de construction, ils ont fait un
grand saut et ont réalisé, au cours des 9 premiers mois
de 2002, 86 % des exportations prévues pour toute l'année
(469 millions de dollars).
Le secteur
agricole a connu la progression la plus importante en réalisant
90 % de l'objectif fixé par la stratégie. A noter toutefois
que les exportations de coton, qui ont nettement progressé
en 2002 (voir encadré), ont été considérées cette année-là
comme étant des exportations du secteur agricole alors qu'elles
étaient considérées comme faisant partie du secteur textile
l'année précédente. « Ce changement de classification
du coton explique en partie le bond qu'ont réalisé les exportations
agricoles. D'autre part, la dévaluation de la livre face
au dollar a eu des effets positifs sur ce secteur, d'autant
plus que dans ce secteur, il n'y a pas de matières intermédiaires
importées. Aussi, c'est le premier secteur qui a obtenu
les subventions gouvernementales aux exportations »,
commente Ahmad Ghoneim, professeur d'économie à la faculté
des sciences politiques de l'Université du Caire.
Il explique
également que les objectifs fixés par la stratégie sont
« beaucoup trop optimistes ». Le ministère
prévoit une augmentation annuelle moyenne de 22 % des
exportations des 5 secteurs en question entre 2002 et 2006
pour atteindre 6 milliards de dollars par an à la fin de
cette période contre 2,2 milliards en 2001. Cependant, rien
n'explique pas sur quelles bases ces prévisions ont été
faites. De plus, entre 1999 et 2001, soit la période de
référence selon laquelle ces prévisions ont été calculées,
les exportations dans ces secteurs oscillaient rudement.
Après une baisse de 1 % en 1999 des exportations, il
y a eu une augmentation de 27 % en 2000 puis finalement
une baisse de 14 % en 2001. Ce qui rend les prévisions
dénuées de toute crédibilité. « Ces prévisions sont
en réalité sans fondement, elles visent à satisfaire les
milieux d'affaires et à faire de la propagande »,
juge un expert économique qui a requis l'anonymat. Or, Hani
Qadri assure que ces prévisions sont basées sur les estimations
des exportateurs eux-mêmes et leurs plans pour augmenter
leurs investissements dans certains secteurs. « Par
exemple, nous prenons en considérations les grands projets
comme Tochka et l'avantage relatif d'être un des rares pays
qui peut cultiver tout au long de l'année. Cela entre en
considération dans les prévisions du secteur agricole ou
de l'agroalimentaire », ajoute-t-il. |
Les entraves à l'exportation |
| Pour
ce qui des entraves à l'exportation, il s'agit entre autres
de la bureaucratie et des difficultés administratives mais
aussi du système douanier et la multiplicité des taxes imposées
sur les exportations. A cela s'ajoutent les problèmes techniques
de production, le manque de technologies, et les problèmes
de marketing; comme nous informe la stratégie.
Ce ne sont
pas là toutes les raisons. Répondant à ceux qui disent que
la conjoncture internationale n'est pas favorable, Ahmad
Ghoneim explique : « L'économie mondiale était
en récession même avant le 11 septembre. A cela s'ajoutent
d'autres facteurs internes tel le retard dans le remboursement
des fonds consacrés au soutien des exportations, les fluctuations
du taux de change ainsi que la grande différence entre le
taux officiel et celui du marché noir surtout que les industriels
et les exportateurs égyptiens dépendent en grande partie
sur des matières intermédiaires importées ». Pour
Ahmad Ghoneim donc, les problèmes sont d'abord d'ordre interne.
Il résume le problème essentiel des exportations dans le
fait que le gouvernement n'envisage pas la promotion des
exportations comme un but principal. Il cite la récente
décision du gouvernement de contraindre les exportateurs
à transférer 75 % de leurs revenus aux banques comme
exemple des contradictions des politiques économiques. « Cette
décision affectera sûrement les exportations. Il n'est pas
logique qu'un gouvernement qui tente encourager les exportations
adopte de telles mesures. Si on considère que les exportations
sont un but stratégique pour l'Egypte, il faut donc voire
les autres problèmes qui surgissent comme un coût que nous
devons payer pas comme des buts parallèles », se
lamente Ahmad Ghoneim avant d'ajouter : « les
exportations ne prendront pas un vrai élan si on n'ouvre
pas la porte aux importations, et cela parce que les industries
intermédiaires locales ne sont pas capables de satisfaire
les besoins des marchés internationaux ».
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En
milliards de dollars
Source :
L'Organisme central des statistiques et de mobilisation
(CAPMAS).
*Les
9 premiers mois de 2002
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L'année
passée, un décret présidentiel a transformé le ministère
de l'Economie en ministère du Commerce extérieur, et le
président Moubarak a lancé le slogan « Les exportations :
question de vie ou de mort ». Ainsi, le dossier principal
de Youssef Boutros-Ghali, ministre du Commerce extérieur,
est devenu les exportations. Depuis 1997, les exportations
égyptiennes n'ont pas réalisé de saut spectaculaire ;
elles tournent autour des 2 milliards de dollars. Même en
2000, considérée comme année phare, les exportations non
pétrolières n'ont pas dépassé les 2,7 milliards de dollars.
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| Marwa
Hussein |
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