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C'est
à nouveau la descente aux enfers au Burundi. Le principal
mouvement rebelle, les Forces pour la Défense de la
Démocratie (FDD) a déclenché des tirs d'artillerie
jeudi, samedi et dimanche, qui ont fait onze morts
et quarante et un blessés dans la capitale, Bujumbura,
et des dégâts matériels dans les villes de Gitega
(centre) et Ruyigi (est). La réplique de l'armée burundaise
ne s'est pas fait attendre causant, selon Bujumbura,
vingt-six morts parmi les rebelles et plusieurs autres
blessés.
Avec
la reprise de ses attaques meurtrières, les FDD se
démarquent davantage du processus de transition qui
doit se traduire par un changement de chef d'Etat
dans une semaine. Le 1er mai, le président Pierre
Buyoya, un Tutsi, doit laisser son fauteuil à son
vice-président, Domitien Ndayizeye, un Hutu. Les FDD
veulent montrer que leur détermination ne sera pas
entamée par l'accession d'un représentant de leur
ethnie à la tête de l'Etat. « Que le président
soit le Tutsi Buyoya ou le Hutu Ndayizeye, c'est bonnet
blanc et blanc bonnet », a déclaré le major
Gélase Daniel Ndabirabe, porte-parole des FDD. « Nous
avons pris les armes pour lutter contre un système,
le système reste exactement le même avec Domitien
à sa tête », a-t-il ajouté. « La
date du 1er mai ne nous concerne pas, elle fait partie
du processus d'Arusha dont nous ne sommes pas partie
prenante », a-t-il rappelé.
L'accord
signé à Arusha (Tanzanie) le 28 août 2000 partage
plus équitablement le pouvoir au Burundi entre Hutus
et Tutsis. Il a été signé par le gouvernement d'alors
et l'opposition politique hutue et tutsie, mais pas
par les deux mouvements rebelles hutus, les FDD et
les Forces Nationales de Libération (FNL).
Les
FDD veulent montrer aussi que ce n'est pas « par
faiblesse », a expliqué M. Ndabirabe, qu'ils
ont signé le 3 décembre dernier avec le gouvernement
un accord de cessez-le-feu, auquel les FNL ne se sont
pas associés. Un cessez-le-feu bafoué depuis à nombreuses
reprises, rebelles et armée s'accusant mutuellement
de le violer.
Les
FDD s'élèvent enfin contre le déploiement, déjà commencé,
d'observateurs militaires internationaux du processus
de transition, et contre l'arrivée toute proche d'une
Force Africaine (FA) de l'Union Africaine (UA), alors
que ces interventions n'ont pas fait l'objet de négociations,
soulignent-ils. « On est en train de déployer
des observateurs qui passent leur temps à boire de
la bière avec les officiers de l'armée, et la Force
africaine ne va pas favoriser la paix puisqu'il s'agira
de soldats sud-africains en renfort à l'armée de Buyoya »,
accuse le major Ndabirabe. « La médiation
sud-africaine et le gouvernement ont fait la sourde
oreille », affirme-t-il.
L'armée,
en la personne de son porte-parole, le colonel Augustin
Nzabampema, a rétorqué en soulignant que « les
FDD violent massivement l'accord de cessez-le-feu
en occupant de nouvelles zones, en continuant à recruter
des combattants ». « Nous constatons
que les FDD se dirigent progressivement vers la rupture
de l'accord de cessez-le-feu. (...) Ils cherchent
à saboter le processus de paix actuel »,
a déclaré Albert Mbonerane, ministre de la Communication
et porte-parole du gouvernement. « Les FDD
ont l'impression d'être marginalisées par la médiation
qui n'a eu d'yeux que pour Buyoya, et le retour d'un
Hutu au pouvoir peut couper leurs assises auprès de
la population », a estimé un diplomate occidental
en poste à Bujumbura et qui a requis l'anonymat.
Les
FDD, qui rejettent l'accord d'Arusha, veulent cependant
négocier avec le gouvernement un autre accord de paix
qui prendrait en compte leurs intérêts. Le mouvement
rebelle justifie ainsi la multiplication de ses attaques
meurtrières : faire pression sur le gouvernement
pour entamer des négociations de paix. C'est ainsi
que les FDD ont lancé dimanche un appel international
à l'organisation « le plus rapidement possible »
de négociations avec Bujumbura pour « l'arrêt
définitif de la guerre » dans le pays. « Nous
sommes en train d'exercer des pressions sur le pouvoir
de Bujumbura, et nous appelons les Nations-Unies et
l'Union africaine à demander au président ougandais,
Yoweri Museveni, d'organiser le plus rapidement possible
des négociations décisives avec le gouvernement »,
a déclaré le major Ndabirabe. Le président Museveni
préside l'Initiative régionale des pays des Grands
Lacs sur le Burundi.
La
guerre civile au Burundi qui oppose depuis 1993 des
mouvements rebelles hutus à l'armée, dominée par la
minorité tutsie, a déjà fait, selon les Nations-Unies,
300 000 morts, essentiellement des civils.
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