| Olusegun
Obasanjo, candidat à sa propre succession, arrivait
nettement en tête de l'élection présidentielle nigériane
organisée samedi, selon des résultats encore pa rtiels
portant sur environ un tiers des bulletins. La Commission
nationale électorale indépendante créditait le président
sortant de 66 % des suffrages, contre 29 %
à son principal adversaire, Muhammudu Buhari.
Elu
en 1999 au terme de quinze ans de régime militaire,
M. Obasanjo affrontait dix-neuf autres candidats,
dont l'ex-général Buhari qui se détachait nettement
en tant que sérieux adversaire. La présidentielle
se résumait ainsi à un match nord-sud : d'obédience
chrétienne, Obasanjo est massivement soutenu par le
sud-ouest du pays, tandis que Buhari, un musulman,
est plébiscité par le Nord. Si ces deux hommes ont
par le passé dirigé le pays à la tête d'une junte
militaire, ils participent cette fois à un scrutin
mettant à l'épreuve la capacité du Nigeria à garder
un régime civil, après la transition démocratique
effectuée en 1999.
Ces
élections constituent le deuxième volet des élections
générales. Une semaine après avoir donné la victoire
au Parti Démocratique du Peuple (PDP) de M. Obasanjo
dans les deux chambres du Parlement, les électeurs
nigérians (quelque 61 des 126 millions d'habitants)
étaient appelés à nouveau samedi dernier à désigner
leur chef d'Etat et les gouverneurs des 36 Etats fédéraux
qui composent leur pays.
Le
scrutin s'est globalement déroulé dans le calme dans
le nord et le sud-ouest du pays. Bien que des responsables
aient estimé que la participation avait été forte,
le taux de participation est pour l'instant inconnu.
En revanche, les élections ont été très perturbées
dans le sud-est, région traditionnellement instable,
où au moins six personnes, des partisans de l'opposition,
ont été tuées samedi. Les bureaux ont ouvert tardivement,
voire pas du tout, dans cette zone, des urnes ont
été bourrées ou volées et des actes d'intimidation
et de violences commis, selon des observateurs. Dans
le sud-est, « tous les observateurs mentionnent
des fraudes massives. C'est une imposture totale là-bas »,
a affirmé un observateur occidental, qui a requis
l'anonymat.
Si
dans l'ensemble, les scénarios les plus catastrophiques
ont été démentis, les observateurs restent toutefois
prudents, estimant que le test-clé réside dans l'attitude
des perdants, y compris celle des gouverneurs susceptibles
de perdre leur poste très lucratif. Des responsables
politiques et des politologues ont exprimé leur inquiétude
en raison des menaces voilées de désobéissance ou
de violence brandies par l'opposition, ainsi que des
menaces de répression formulées par le chef de l'Etat
sortant. Le Parti de tout le peuple du Nigeria (ANPP)
de Buhari et d'autres formations d'opposition ont
menacé de déclencher une « action de masse »
si la présidentielle et l'élection des gouverneurs
étaient entachées d'irrégularités.
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Même
si, après le succès de son parti aux élections parlementaires,
le président sortant réussit à obtenir un nouveau
mandat via les urnes, il est vrai qu'Olusegun Obasanjo,
cet ancien militaire appartenant à l'ethnie yoruba,
ne déclenche plus le même enthousiasme qu'en 1999.
Ses réformes timorées pour la liberté de parole et
de la presse, les télécommunications et l'énergie
sont occultées par l'échec de la lutte contre la corruption
généralisée et la pauvreté, ses deux principaux chevaux
de bataille électorale. Le Nigeria reste l'un des
pays les plus démunis et les plus corrompus alors
qu'il est aussi l'un des premiers exportateurs de
pétrole du monde avec 2,15 millions de barils par
jour. De plus, depuis l'arrivée d'Obasanjo au pouvoir,
la violence politique, religieuse et ethnique n'a
pas cessé, provoquant la mort de plus de 10 000
personnes, notamment dans la région du Delta, au sud.
L'introduction de la charia (loi islamique) dans 12
Etats de la fédération, principalement dans le Nord,
en était l'une des raisons. Une polarisation confessionnelle
qui s'est encore accrue après les attentats du 11
septembre 2001 et que ces dernières élections ont
mis plus que jamais en évidence.
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