Palestine . Le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, et le premier ministre Abou-Mazen s'opposent sur le choix du ministre de l'Intérieur sur fond de nouvelles violences israéliennes.
Abou-Mazen fait le forcing

La formation du nouveau cabinet palestinien piétine et ne manque pas de susciter une crise entre le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, et le premier ministre Mahmoud Abbass (alias Abou-Mazen). Ce dernier a quitté de façon ostentatoire samedi soir une réunion avec M. Arafat à Ramallah pour exprimer son mécontentement et a même menacé, dimanche, de démissionner si Arafat insiste sur son refus de la nomination comme ministre de l'Intérieur — coiffant les services de sécurité et la police — Mohamad Dahlane, ex-chef du service de la Sécurité préventive dans la bande de Gaza. M. Dahlane est membre du Fatah, mais il n'appartient pas à son puissant comité central. Il est enclin à s'opposer aux groupes qui contestent les appels de Mahmoud Abbass pour une suspension des attaques contre Israël.

Des responsables palestiniens s'efforçant de réduire le fossé entre les deux ont proposé à Abou-Mazen de confier à M. Dahlane le portefeuille de la Sécurité, tandis que le ministère de l'Intérieur resterait aux mains de Hani Al-Hassan, un fidèle d'Arafat, selon des sources proches de la direction palestinienne.

La divergence entre Abbass et Arafat sur cette nomination n'est pas la première. Depuis sa désignation à son poste le 19 mars, M. Abbass s'est heurté à de nombreuses difficultés pour former son gouvernement. Début avril, il a déjà menacé de démissionner pour protester contre les manœuvres de M. Arafat visant à le priver du contrôle des services de sécurité.

Mais le conflit interpalestinien ne cesse pas d'être exploité par Israël qui jette de l'huile sur le feu en prétendant qu'Arafat refuse tout changement. Le ministre israélien de la Défense, Shaoul Mofaz, a appelé lundi à une pression internationale sur le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, pour le forcer à accepter un nouveau gouvernement palestinien sous la direction de Mahmoud Abbass.

Pour montrer son soutien à Abou-Mazen contre l'autorité d'Arafat, Israël a annoncé sa disposition à lever les barrages routiers, relâcher des prisonniers et transférer aux Palestiniens des fonds qui leur sont dus seulement si Abou-Mazen dispose de pouvoirs effectifs et entreprend de lutter contre le terrorisme et de faire respecter la loi et l'ordre.


Ingérence flagrante d'Israël

Contrairement à Arafat, Abou-Mazen, premier ministre désigné, est considéré par Israël comme un interlocuteur valable, compte tenu de ses positions en faveur d'un arrêt des violences pour relancer des négociations. Selon le projet d'Abou-Mazen, les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, groupe radical lié au Fatah, devraient déposer les armes.

Toutefois, la déclaration du ministre israélien a été critiquée par les Palestiniens. Le principal négociateur palestinien Saëb Eraqat, un proche de M. Arafat l'a qualifiée d'« ingérence flagrante dans les affaires intérieures » de l'Autorité et a affirmé que « le peuple palestinien choisit sa direction d'une manière démocratique et rejette toute pression de l'occupant israélien ».

Outre l'Etat hébreu, les Etats-Unis se rallient au clan d'Abou-Mazen en voyant d'un bon œil M. Dahlane, un colonel considéré comme un homme à poigne, qui a quitté ses fonctions à la tête de la Sécurité préventive dans la bande de Gaza à la suite d'un conflit avec M. Arafat.

Le président américain George W. Bush s'était engagé à publier la « feuille de route », plan de paix international prévoyant la création d'un Etat palestinien d'ici 2005, immédiatement après l'investiture du gouvernement d'Abou-Mazen.

L'émissaire de l'Union européenne pour le Proche-Orient, Miguel Angel Moratinos, a pour sa part pressé jeudi la direction palestinienne d'approuver le nouveau cabinet afin d'accélérer la publication de la « feuille de route », lors d'une rencontre avec Yasser Arafat à Ramallah.

Israël a présenté quinze remarques sur ce plan de paix et estime que l'application de ce texte ne pourra pas commencer si le prochain gouvernement palestinien ne prouve pas qu'il est décidé à mener la guerre au terrorisme. En revanche, les Palestiniens sont pour la publication de la « feuille de route » comme telle.


Violente incursion à Gaza

Sur le terrain, la violence israélienne se poursuit. Six Palestiniens ont été tués et une trentaine blessés samedi et dimanche lors d'une incursion de grande ampleur à Rafah dans le sud de la bande de Gaza. Deux tunnels ainsi que la maison d'un chef local du mouvement islamiste Hamas ont été détruits, a indiqué le général Gadi Shamni à la radio militaire. Selon des responsables des services de sécurité palestiniens, cinq maisons à Rafah ont été détruites et une dizaine endommagées par les chars israéliens.

Des responsables des services de sécurité palestiniens ont confirmé que les soldats israéliens avaient tiré à l'arme automatique et aux obus de chars, en progressant dans Rafah.

En Cisjordanie, un Palestinien de 16 ans, Abderrahman Abed, qui lançait des bouteilles incendiaires vers des voitures israéliennes, a été tué dimanche par des soldats israéliens prés de Naplouse, a-t-on indiqué de sources israéliennes et palestiniennes.

Le vice-ministre de la Défense israélien, Zeev Boïm, a prévenu que l'armée continuerait à « frapper constamment et avec détermination les organisations terroristes ».

Par ailleurs, l'armée israélienne a arrêté dans la nuit de dimanche à lundi en Cisjordanie une jeune femme qui s'apprêtait à commettre une attaque suicide et quatre autres Palestiniens, a annoncé un porte-parole militaire israélien. C'est la cinquième femme arrêtée dans la région de Naplouse au cours des derniers jours.

Rania Adel

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