Le 25 avril à 20h, Petite salle de l'Opéra. Concert de Charbel Rohana, avec d'autres joueurs.

 

 

Musique arabe . Jusqu'au 24 avril, le luthiste libanais Charbel Rohana anime un atelier de perfectionnement à l'Institut de Musique arabe. A l'issue de l'atelier, un concert est prévu le 25.
Jouer de la sixième corde

« Ce genre d'atelier vise souvent à donner une meilleure connaissance des nouvelles techniques de l'instrument et à s'ouvrir aux différentes écoles de luth. Par son biais, on cherche à accumuler une richesse musicale parmi les étudiants du Moyen-Orient. De quoi mener à une continuité et un vrai contact. Car le luth ne connaît pas de frontière », précise Charbel Rohana, luthiste libanais de passage au Caire et auteur de 8 ouvrages de spécialisation sur l'enseignement du luth. Tout comme son instrument, Rohana ne connaît pas de frontière, il répond souvent à toutes les invitations qui lui sont adressées.

Diplômé d'un master de sciences musicales et actuellement professeur de luth à l'Institut supérieur national de musique (Faculté du Saint-Esprit de Kaslik), le musicien ne manque pas de participer à divers festivals internationaux, dont les plus récents ont été celui de Prague en 2003, et la rencontre de luth « Tassaloniki » en Grèce.

Invité pour la deuxième fois, à l'Opéra du Caire, il y revient pour organiser un atelier de perfectionnement. « Je suis venu au Caire pour la première fois pour un concert de luth donné en duo avec mon cousin Marcel Khalifé en 1999 ».

Ceci dit, Rohana fait partie d'une famille très musicale. Il est entouré de ses frères également musiciens : de luth, de percussions et de nay (flûte orientale). « Pour être un vrai luthiste, on doit défier soi-même d'abord, ensuite son public. La guerre du Liban en 1975 a étouffé beaucoup de mes rêves et mes ambiances. J'ai régressé, car elle provoquait en moi les sensations les plus douloureuses. Seule la persévérance est venue à mon secours ».

Disciple du maître luthiste, Fouad Awwad, à la Faculté du Saint-Esprit à Kaslik, il avait toujours l'impression que les matières enseignées n'étaient pas suffisantes. Il se nourrissait alors de la musique orientale des Frères Rahbani, de Fayrouz, des cantiques religieux, des compositions de Marcel Khalifé et des exercices de violon, appliqués au luth de Gamil Bachir. Ainsi, conclut-il que toute technique doit être au service de la pensée. « Jouer du luth ne veut pas dire se livrer à un jeu de jongleur ». Et à Rohana de se demander après de longues années de recherche : « Que puis-je ajouter de nouveau ! Que puis-je enseigner à un étudiant de luth à part les méthodes traditionnelles ! ».

Pour ce faire, il a préparé tout un programme pour enseigner le luth en 1995, auprès de l'institut patriotique de Kaslik. « Ce qui compte le plus, ce n'est pas le niveau du musicien, mais plutôt la technique recherchée et bien étudiée. Il y a des génies du luth qui se disent ne pas avoir besoin de poursuivre des études académiques ». Toutefois pour Rohana, les études académiques sont primordiales. « Il faut évoluer jusqu'à pouvoir se doter d'un style : improviser, jouer en solo ou avec un orchestre ... ». Et d'ajouter : « Une semaine et demie, qui est la durée de mon atelier cairote, n'est certes pas suffisante. Mais nous avons une façon commune pour enseigner le luth au Liban et en Egypte. Pourtant, il y a une petite différence de style à la libanaise, sans oublier la nature du programme enseigné ».

Au Liban et en Iraq, l'instrument se dote de six cordes. Alors que le luth égyptien traditionnel est de cinq cordes uniquement. Donc, en Egypte, seuls ceux qui ont suivi les cours du luthiste iraqien Nassir Chamma maîtrisent le jeu à six cordes. « Cette sixième corde enrichit le son et le rythme du luth, modifiant également la position des doigts de la part du musicien ».

Malgré un contexte politique fâcheux, Rohana tente de par ses compositions d'ajouter un brin d'espoir, et se dit optimiste de nature.

« Je m'adapte aisément à la tristesse et à la joie », affirme Rohana, lauréat de la compétition Hirayama au Japon, pour sa chanson Nachid al-salam (Hymne de la paix) et de la « Musique de l'an » du Club Lion's du Liban en 1999. Ses œuvres, malgré des titres un peu affligés, portent en elles beaucoup d'espoir. « Nous sommes un peuple qui vit chaque jour la guerre. On ignore ce qui surviendra le lendemain. Donc, il ne faut pas se laisser briser par la guerre », dit Rohana, lequel a signé depuis 1990 nombre de morceaux tels Mohamad Al-Dorra (2001), Mazag alani (Humeur plénière, 2000), Mada (Horizon, 1998) et Zékra (Mémoire, 1993).

Névine Lameï

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