| « Ce
genre d'atelier vise souvent à donner une meilleure
connaissance des nouvelles techniques de l'instrument et
à s'ouvrir aux différentes écoles de luth. Par son biais,
on cherche à accumuler une richesse musicale parmi les étudiants
du Moyen-Orient. De quoi mener à une continuité et un vrai
contact. Car le luth ne connaît pas de frontière »,
précise Charbel Rohana, luthiste libanais de passage au
Caire et auteur de 8 ouvrages de spécialisation sur l'enseignement
du luth. Tout comme son instrument, Rohana ne connaît pas
de frontière, il répond souvent à toutes les invitations
qui lui sont adressées.
Diplômé
d'un master de sciences musicales et actuellement professeur
de luth à l'Institut supérieur national de musique (Faculté
du Saint-Esprit de Kaslik), le musicien ne manque pas
de participer à divers festivals internationaux, dont les
plus récents ont été celui de Prague en 2003, et la rencontre
de luth « Tassaloniki » en Grèce.
Invité pour
la deuxième fois, à l'Opéra du Caire, il y revient pour
organiser un atelier de perfectionnement. « Je suis
venu au Caire pour la première fois pour un concert de luth
donné en duo avec mon cousin Marcel Khalifé en 1999 ».
Ceci dit, Rohana
fait partie d'une famille très musicale. Il est entouré
de ses frères également musiciens : de luth, de percussions
et de nay (flûte orientale). « Pour être
un vrai luthiste, on doit défier soi-même d'abord, ensuite
son public. La guerre du Liban en 1975 a étouffé beaucoup
de mes rêves et mes ambiances. J'ai régressé, car elle provoquait
en moi les sensations les plus douloureuses. Seule la persévérance
est venue à mon secours ».
Disciple du
maître luthiste, Fouad Awwad, à la Faculté du Saint-Esprit
à Kaslik, il avait toujours l'impression que les matières
enseignées n'étaient pas suffisantes. Il se nourrissait
alors de la musique orientale des Frères Rahbani, de Fayrouz,
des cantiques religieux, des compositions de Marcel Khalifé
et des exercices de violon, appliqués au luth de Gamil Bachir.
Ainsi, conclut-il que toute technique doit être au service
de la pensée. « Jouer du luth ne veut pas dire se
livrer à un jeu de jongleur ». Et à Rohana de se
demander après de longues années de recherche : « Que
puis-je ajouter de nouveau ! Que puis-je enseigner
à un étudiant de luth à part les méthodes traditionnelles ! ».
Pour ce faire,
il a préparé tout un programme pour enseigner le luth en
1995, auprès de l'institut patriotique de Kaslik. « Ce
qui compte le plus, ce n'est pas le niveau du musicien,
mais plutôt la technique recherchée et bien étudiée. Il
y a des génies du luth qui se disent ne pas avoir besoin
de poursuivre des études académiques ».
Toutefois pour Rohana, les études académiques sont primordiales.
« Il faut évoluer jusqu'à pouvoir se doter d'un
style : improviser, jouer en solo ou avec un orchestre ... ».
Et d'ajouter : « Une semaine et demie, qui
est la durée de mon atelier cairote, n'est certes pas suffisante.
Mais nous avons une façon commune pour enseigner le luth
au Liban et en Egypte. Pourtant, il y a une petite différence
de style à la libanaise, sans oublier la nature du programme
enseigné ».
Au Liban et
en Iraq, l'instrument se dote de six cordes. Alors que le
luth égyptien traditionnel est de cinq cordes uniquement.
Donc, en Egypte, seuls ceux qui ont suivi les cours du luthiste
iraqien Nassir Chamma maîtrisent le jeu à six cordes. « Cette
sixième corde enrichit le son et le rythme du luth, modifiant
également la position des doigts de la part du musicien ».
Malgré un contexte
politique fâcheux, Rohana tente de par ses compositions
d'ajouter un brin d'espoir, et se dit optimiste de nature.
« Je
m'adapte aisément à la tristesse et à la joie »,
affirme Rohana, lauréat de la compétition Hirayama au
Japon, pour sa chanson Nachid al-salam (Hymne de
la paix) et de la « Musique de l'an »
du Club Lion's du Liban en 1999. Ses œuvres,
malgré des titres un peu affligés, portent en elles beaucoup
d'espoir. « Nous sommes un peuple qui vit chaque
jour la guerre. On ignore ce qui surviendra le lendemain.
Donc, il ne faut pas se laisser briser par la guerre »,
dit Rohana, lequel a signé depuis 1990 nombre de morceaux
tels Mohamad Al-Dorra (2001), Mazag alani
(Humeur plénière, 2000), Mada (Horizon, 1998) et
Zékra (Mémoire, 1993).
|