Pour
partir, il doit avoir sur ses papiers le sceau d'un service
gouvernemental. Or, son rendez-vous au service devient un
long cauchemar dont les héros sont le président du service,
Abdel-Aal (interprété par Diaa Al-Mirghani), Abdel-Salam,
son adjoint (Kamal Attiya), et les autres fonctionnaires
tous caricaturés.
« Pourquoi veux-tu quitter la patrie
après tout ce qu'elle a fait pour toi ? As-tu les papiers
qui prouvent que tu es fiancé ? Mais tu as l'air d'un
islamiste ! Mais pourquoi ne restes-tu pas en Egypte
et ne deviens-tu pas chanteur ? ». Ainsi le
pauvre jeune homme se retrouve encerclé par d'interminables
questions. L'atmosphère dans laquelle se déroulent les interrogatoires
des responsables varie d'une phase à l'autre. Au début de
la pièce c'est le burlesque qui règne, ensuite l'absurde
et les visions cauchemardesques donnent le ton ...
Enfin, toute bonne humeur disparaît quand les interrogatoires
prennent la forme d'une garde à vue et d'un procès kafkaïen.
Devant l'insistance d'Ahmad pour obtenir
que les fonctionnaires apposent le sceau sur ses papiers,
Abdel-Aal finit par accepter.
Alors les fonctionnaires arrivent portant
un énorme sceau qui ressemble à un phallus avec lequel ils
marquent agressivement son dos et son derrière.
« Bien qu'elle ait été présentée
la première fois il y a une vingtaine d'années, la pièce
peut être présentée n'importe quand parce qu'elle traite
un point caractéristique de notre société : la soumission
au système totalitaire et bureaucratique », confirme
Hossam Al-Chazli, le jeune metteur en scène de la pièce.
Mais quelques touches ont quand même été
ajoutées à la pièce en collaboration avec son auteur, Mohamed
Salmawy, qui assistait régulièrement aux répétitions. « On
devait dire que même le voyage à l'étranger ne représente
plus maintenant le plus grand rêve des jeunes comme il l'était
avant », dit Hossam. On voit bien que les ajouts
n'ont pas touché le corps même de la pièce.
Cette pièce, bien qu'étant la première
écrite du dramaturge Mohamed Salmawy, reflète cette grande
maîtrise sur le rythme de l'action et la souplesse de la
transformation d'une situation à une autre, caractéristiques
auxquelles on reconnaît d'emblée l'écriture de Salmawy,
en plus de cette touche profondément humaine qui a fait
que le grand critique de théâtre Louis Awad appelle son
théâtre celui de la noblesse humaine. L'écrivain, malgré
ses visions teintées de noir, ne perd jamais de vue sa sympathie
pour son héros ni sa croyance en un certain salut pour lui.
Le cauchemar dans lequel vit son héros est celui de l'être
humain et d'un système qui mène à son aliénation. Il y a
moyen de le changer. Ce message est souvent présent de manière
implicite dans les pièces de Salmawy. C'est l'une des raisons
qui encouragent les jeunes à reprendre ses pièces.