Salle Youssef Idriss, théâtre Al-Salam,

jusqu'au 30 avril.

de 9h à 10h

 

 

Théâtre . Fout aleina bokra (Passe nous voir demain), de Mohamed Salmawy, est une comédie noire où un jeune homme se trouve prisonnier des filets de la bureaucratie et des systèmes policiers.
Un sceau pour fuir

Ahmad (interprété par Ahmad Safwat) est un jeune homme qui vient de terminer ses études d'ingénieur. Faute de piston, il n'a pas trouvé de travail convenable en Egypte, alors il a décidé de partir dans un pays du Golfe. Comme tous les jeunes de sa génération, il cherche un appartement pour se marier et une voiture mais également sa dignité d'homme.

Pour partir, il doit avoir sur ses papiers le sceau d'un service gouvernemental. Or, son rendez-vous au service devient un long cauchemar dont les héros sont le président du service, Abdel-Aal (interprété par Diaa Al-Mirghani), Abdel-Salam, son adjoint (Kamal Attiya), et les autres fonctionnaires tous caricaturés.

« Pourquoi veux-tu quitter la patrie après tout ce qu'elle a fait pour toi ? As-tu les papiers qui prouvent que tu es fiancé ? Mais tu as l'air d'un islamiste ! Mais pourquoi ne restes-tu pas en Egypte et ne deviens-tu pas chanteur ? ». Ainsi le pauvre jeune homme se retrouve encerclé par d'interminables questions. L'atmosphère dans laquelle se déroulent les interrogatoires des responsables varie d'une phase à l'autre. Au début de la pièce c'est le burlesque qui règne, ensuite l'absurde et les visions cauchemardesques donnent le ton ... Enfin, toute bonne humeur disparaît quand les interrogatoires prennent la forme d'une garde à vue et d'un procès kafkaïen.

Devant l'insistance d'Ahmad pour obtenir que les fonctionnaires apposent le sceau sur ses papiers, Abdel-Aal finit par accepter.

Alors les fonctionnaires arrivent portant un énorme sceau qui ressemble à un phallus avec lequel ils marquent agressivement son dos et son derrière.

« Bien qu'elle ait été présentée la première fois il y a une vingtaine d'années, la pièce peut être présentée n'importe quand parce qu'elle traite un point caractéristique de notre société : la soumission au système totalitaire et bureaucratique », confirme Hossam Al-Chazli, le jeune metteur en scène de la pièce.

Mais quelques touches ont quand même été ajoutées à la pièce en collaboration avec son auteur, Mohamed Salmawy, qui assistait régulièrement aux répétitions. « On devait dire que même le voyage à l'étranger ne représente plus maintenant le plus grand rêve des jeunes comme il l'était avant », dit Hossam. On voit bien que les ajouts n'ont pas touché le corps même de la pièce.

Cette pièce, bien qu'étant la première écrite du dramaturge Mohamed Salmawy, reflète cette grande maîtrise sur le rythme de l'action et la souplesse de la transformation d'une situation à une autre, caractéristiques auxquelles on reconnaît d'emblée l'écriture de Salmawy, en plus de cette touche profondément humaine qui a fait que le grand critique de théâtre Louis Awad appelle son théâtre celui de la noblesse humaine. L'écrivain, malgré ses visions teintées de noir, ne perd jamais de vue sa sympathie pour son héros ni sa croyance en un certain salut pour lui. Le cauchemar dans lequel vit son héros est celui de l'être humain et d'un système qui mène à son aliénation. Il y a moyen de le changer. Ce message est souvent présent de manière implicite dans les pièces de Salmawy. C'est l'une des raisons qui encouragent les jeunes à reprendre ses pièces.

Hayssam Khachaba

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