Al-Taam lekol fam, mise en scène de Mohamad Métoualli, tous les mercredi, jeudi vendredi et dimanche à 21h30, au théâtre Al-Ghad, Agouza.

Tél. : 304 31 87.

 

Théâtre . Dans son adaptation de l'œuvre de Tewfiq Al-Hakim, Al-Taam lekol fam, (De La nourriture pour chaque bouche), le jeune metteur en scène Mohamad Métoualli a respecté le texte original mais en l'imprégnant des circonstances actuelles.
La noble cause

Revenir aux œuvres théâtrales du pionnier du théâtre égyptien, Tewfiq Al-Hakim, constitue certainement un défi pour chaque metteur en scène, vu la particularité du théâtre d'Al-Hakim. C'est un théâtre varié, fantaisiste, absurde, qu'on désigne par « le théâtre d'esprit », mais qui puise profondément dans la société égyptienne. Représenter l'œuvre intégralement ou en faire une adaptation au niveau du texte est un autre défi. Le jeune metteur en scène, Mohamad Métoualli a choisi de présenter, sur les planches du théâtre Al-Ghad, sa propre adaptation de l'œuvre d'Al-Hakim Al-Taam lekol fam (De La nourriture pour chaque bouche) écrite en 1963. Dans cette pièce, Al-Hakim présente deux récits, à travers le jeu du théâtre dans le théâtre. L'histoire principale qui forme le récit-cadre introduit la vie monotone et banale d'un fonctionnaire et sa femme. Un jour, il remarque que le mur de la salle de réception est complètement mouillé : c'est la faute de la voisine du dessus qui, en faisant le ménage, a inondé son appartement d'eau. Sur ce mur humide se dessinent les silhouettes de 3 personnes qui constituent une famille : le frère, la sœur et leur mère. C'est ainsi qu'on passe au récit enchâssé. Le frère vient d'arriver de l'étranger. Savant, il parle avec fierté de son projet De La nourriture pour chaque bouche où il sera possible d'assouvir la faim de tout le monde. Un projet qui mettra fin à la pauvreté et qui changera les rapports de force économiques entre les pays. D'un autre côté, on apprend la mauvaise relation entre la mère et sa fille. Cette dernière trouve que la mort de son père est étrange : elle suspecte un complot entre la mère et son bien-aimé, qu'elle épouse rapidement après la mort de son mari.

Le metteur en scène Mohamad Métoualli a gardé l'histoire d'Al-Hakim telle qu'elle mais pour que la pièce soit plus accessible, son adaptation, contrairement au texte d'Al-Hakim écrit en arabe soutenu mais clair, est basée sur une langue dialectale et familière. Métoualli a par ailleurs donné à son adaptation un ton humoristique qui n'est pas présent dans le texte d'Al-Hakim. Cela se ressent surtout dans la performance des acteurs du récit-cadre, dans la gestuelle et les grimaces des visages. Par exemple, la voisine est une jeune veuve séduisante non cultivée. Sa prononciation est trop populaire, elle en arrive parfois aux mains pendant ses conversations banales avec le fonctionnaire, à le pousser, à lui faire peur.

Toujours dans le même but de toucher beaucoup plus le public, des sujets de la vie sociale d'aujourd'hui, qui n'existaient pas dans la version originale, sans aucun intérêt dramatique, sont abordés dans le dialogue entre les acteurs. La veuve raconte ainsi ses problèmes avec son mari impuissant et la femme du fonctionnaire déplore le fait de ne pas avoir d'enfants.

Malgré ces ajouts, Métoualli a respecté l'enchaînement des événements de la pièce d'Al-Hakim, à l'exception de la fin. En effet, dans l'œuvre d'Al-Hakim, la sœur, dévoilant ses soupçons à son frère, réclame vengeance et châtiment, comme une allusion au mythe grec d'Electre. Mais finalement elle et son frère quittent tous les deux la maison familiale. Le fonctionnaire et sa femme suivent cette histoire attentivement. Une couche du mur mouillé tombe, et les silhouettes disparaissent à jamais. Dès lors, la vie du fonctionnaire et de sa femme est bouleversée. Le fonctionnaire adopte alors le projet de la nourriture pour chaque bouche et se met à écrire un livre.

Métoualli a en outre choisi d'adapter sa fin aux circonstances politiques actuelles. Dans une conversation entre la sœur et son frère, l'équité sociale à laquelle aspire ce jeune savant est synonyme de la justice à laquelle aspire la sœur. Ils parlent de la paix. Une noble cause n'est-ce pas ? On entend la jeune fille demandant : « la paix, et qu'est ce qu'on fait ; si ce sont eux qui viennent chez nous pour déclencher une guerre ». L'insinuation est claire. On parle de la guerre que les Américains mènent contre l'Iraq. Et dans une phrase finale qui clôture la pièce, la sœur trouve soudainement la solution qui réalisera la paix sur la planète. C'est l'union entre elle et son frère — sans doute entre les pays arabes. Un bon appel à la solidarité, mais qui apparaît malheureusement comme un slogan éculé dépourvu de profondeur, qu'on répète seulement pour monter un spectacle qui correspond aux circonstances actuelles.

May Sélim

Haut de page

Retour au sommaire

La Une    L'événement   Le dossier   L'enquête   Nulle part ailleurs    L'invité   L'Egypte   Affaires   Finances   Le monde en bref   Points de vue   Commentaire   Carrefour   Portrait   Littérature   Livres   Arts   Société   Sport   Patrimoine    Loisirs   Echangez, écrivez   La vie mondaine  
Al-Ahram Hebdo
hebdo@ahram.org.eg